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Israël : des étudiants en uniforme et en arme

« Le seul tort de Nizar Hassan est d’avoir pointé le phénomène grave de l’immixtion de l’armée dans la vie du campus ». Ainsi plaident les dizaines de professeurs signataires d’une initiative de soutien à un professeur qui a été suspendu par la commission de discipline.

Le cinéaste Nizar Hassan « est un créateur talentueux et courageux dont le seul tort est d’avoir tenté de préserver des valeurs civiles universelles et qui a, par son acte, pointé le phénomène grave de l’immixtion importante de l’armée dans la vie du campus » - ainsi plaident les dizaines de professeurs, juifs et arabes, qui ont signé une initiative de soutien au professeur qui a été suspendu et qui fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour avoir exigé d’un étudiant - alors en service comme réserviste - du collège académique « Sapir », à Sderot, de ne pas venir en classe, armé et en uniforme.

« Pour un professeur arabe qui ne s’identifie pas à l’armée israélienne et qui ne partage pas ce naturel avec lequel beaucoup d’entre nous acceptons, parmi nous, des gens portant une arme, il est aisé de comprendre que ce soit précisément quelqu’un comme lui qui demande à ce que l’on veille scrupuleusement aux nécessaires lignes de démarcation entre l’armée et le milieu académique, et qui nous rappelle, à nous tous, leur caractère essentiel. Ces lignes de démarcations sont indispensables à l’instauration d’un monde académique digne de ce nom », peut-on en outre lire dans la lettre des professeurs.

Les professeurs déclarent qu’ « il est difficile de croire que, sur des campus américains ou européens, on pourrait voir des soldats se rendre aux cours avec leur arme de combat. Le port d’armes par des étudiants est une expression concrète de ce qu’en Israël, l’importante distinction entre monde académique et militarisme s’est brouillée ». Selon eux, ce phénomène se manifeste « également par des études spéciales que les campus organisent pour les forces de sécurité, autrement dit l’armée, la police, la Sûreté générale (Shabak) et autres.

Il y a en Israël une tendance dangereuse à accepter l’entrée de l’armée dans des domaines qui ne sont pas les siens et il nous incombe, en tant que membre du monde académique, de marquer à nouveau la frontière qui a été franchie ». Les professeurs notent par ailleurs dans leur lettre qu’il est arrivé dans le passé, à des professeurs juifs, de faire sortir des auditoires des soldats en armes, mais « personne n’a alors mis sur pied de commissions de discipline ».

Il n’a pas expulsé l’étudiant de la classe mais lui a interdit de se rendre, à l’avenir, au cours en uniforme.

Nizar Hassan organise au collège Sapir un séminaire sur le cinéma documentaire et selon les premières informations publiées dans la presse, il aurait expulsé de la classe l’étudiant en uniforme. Il est apparu ensuite, sur base de témoignages d’étudiants, que le professeur avait effectivement dit à cet étudiant qu’on ne venait pas à son cours en uniforme et armé, mais qu’il avait ajouté qu’en raison du malentendu, il pouvait rester au cours. Il lui avait néanmoins demandé de ne plus venir en uniforme dorénavant. L’étudiant s’est rebellé et a tenté de r&pliquer mais Nizar Hassan l’a interrompu en lui disant qu’il lui permettrait de répondre au cours suivant, quand il viendrait sans uniforme.

A la suite de cet incident, une procédure disciplinaire a été ouverte contre Nizar Hassan et celui-ci a été suspendu par la direction du collège jusqu’à ce que la commission de discipline ait pris une décision à son sujet. La direction du collège a reçu des lettres la critiquant sur le fait d’engager des professeurs comme Nizar Hassan, notamment une lettre du Ministre Yakov Edery [du parti Kadima - ndt]. De même, le député Alex Miller [du parti Yisrael Beitenu - ndt] a exigé qu’il soit congédié. Jeudi prochain, une audience aura lieu et, s’il est jugé coupable, la commission pourra recommander une sanction pouvant aller du blâme jusqu’à l’arrêt de travail.

Le seul contrat au collège « Sapir » dans lequel a été introduit un paragraphe interdisant de mêler la politique au cours.

Au collège « Sapir », il n’y a pas de règlement disciplinaire et un haut responsable du collège a dit à « Haaretz » que la commission de discipline agira « conformément au propos très clair du président du collège et à l’éthique académique selon lesquels on ne fait pas entrer la politique dans les classes et on n’insulte pas un étudiant ». Dans le contrat d’emploi temporaire de Nizar Hassan, il est écrit, sur le ton de la mise en garde, qu’il ne doit pas mêler l’idéologie et la politique à ses cours. C’est le seul contrat au collège « Sapir », et aussi, jusqu’à plus ample informé, dans les autres institutions d’enseignement supérieur, où un tel paragraphe a été introduit.

Le président du collège, le professeur Zeev Tzahor, a dit à « Haaretz » qu’il considérait le cas avec « gravité ». « Nous nous trouvons dans une région où l’armée a une importance que l’on ressent quotidiennement. Nous encourageons les membres de l’armée à étudier chez nous et certains viennent en uniforme. C’est avec fierté que nous les voyons prêts à prendre de leur temps libre pour se rendre de la clôture de frontière aux auditoires. En aucun cas, nous ne permettrons leur expulsion des classes. »

Selon l’avocate Eti Livni, qui représente Nizar Hassan, « l’incident est gonflé hors de toutes proportions. Diverses instances interviennent sur la question afin de réaliser des gains politiques et médiatiques ». L’avocate a encore déclaré qu’on ne voyait pas clairment sur quelle base juridique la commission de discipline opérait.

Sur un thème proche :

- Le militarisme dans la société israélienne - 1e partie

- Le militarisme dans la société israélienne - 2e partie

- « Gadna » : davantage de combativité et de patriotisme

- Oui, commandant professeur

Tamara Traubman - Ha’aretz, le 2 décembre 2007

Traduit de l’hébreu par Michel Ghys

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Article publié le 8 décembre 2007
Commentaires
  • Cet article insiste lourdement sur le fait que l’étudiant en question (un réserviste) avait son arme de service en classe.

    Ce n’est pourtant pas ce qui avait motivé l’hostilité du prof, selon ses propos tenus en classe et rapportés par les autres étudiants (Ynet 19 et 22 novembre) :

    He entered the classroom and was stopped by the Arab lecturer, who refused to let him in," a student at the college recalled. "The lecturer told him, ’I do not teach soldiers, policemen and officers in uniform.’ / L’étudiant réserviste est entré dans la classe et l’enseignant ne voulait pas l’autoriser à entrer ; le prof lui a dit "je ne fais pas cours aux soldats, policiers, et officiers en uniforme" [pas de mention d’arme dans le motif de refus].

    L’élève a tenté, en vain, de protester, mais l’enseignant ne l’a pas laissé parler. Il s’est alors assis, refusant de quitter la classe. Lorsqu’il pose une question, Hassan l’interrompt et lui répète qu’il n’enseigne pas à des soldats et officiers, il ajoute "Next time, come to class in civil clothes and I will give you 10 minutes to talk / la prochaine fois venez en vêtements civils et je vous donnerai 10 minutes pour parler" [toujours pas la moindre mention d’un refus basé sur le port d’une arme].

    Toujours selon Ynet, les étudiants (qui n’ont pas tous, loin de là, soutenu leur camarade réserviste) ont déclaré qu’ils n’avaient pas été surpris par la réaction de Hassan, qui avait déjà, dans le passé, émis de vives critiques envers l’armée israélienne.

    La direction du collège rappelle que 600 soldats et policiers ainsi que nombre de réservistes suivent des cours dans cette institution.

    Ynet a tenté de parler à Hassan, mais celui-ci a refusé de leur donner sa version des faits.

    Quant à la remarque sur une clause du contrat entre Hassan et le collège, qui lui demande de ne "pas mêler l’idéologie et la politique à ses cours", j’y vois un élément en faveur du collège : bien que connaissant l’hostilité de Hassan envers tout symbole ou représentant de l’autorité israélienne (uniforme de soldat, flic etc), alors même que nombre de réservistes et soldats suivent des cours au collège (ce que Hassan ne pouvait ignorer), la direction a engagé Nizar Hassan. Ce qui signifie que le collège a jugé Hassan sur ses qualités professionnelles, pas sur ses opinions politiques. La seule restriction demandée à Hassan était de ne pas utiliser son cours comme une tribune politique ; restriction acceptée par le signataire du contrat, mais violée à plusieurs reprises par le même (selon les témoignages des étudiants).

    "il est difficile de croire que, sur des campus américains ou européens, on pourrait voir des soldats se rendre aux cours avec leur arme de combat"

    1. l’opposition de Nizar Hassan ne concernait pas particulièrement l’arme de service du réserviste, mais son uniforme (c’est-à-dire son statut de réserviste)

    2. peut-être le fait que la France, l’Allemagne ou l’Italie n’ont pas connu de conflit sur le sol depuis 1945 explique l’absence de kaki dans les facs ? Est-ce que ce n’est pas un élément à prendre en compte avant de comparer Israël et l’Europe au détriment du premier ?

  • Bravo ! 9 décembre 2007 23:25, par Le militarisme a de beaux restes

    Belle plaidoirie pour la défense d’un Etat et d’une société totalement militarisés !

    Une apologie du militarisme à Indymedia, il fallait le faire.

    Et naturellement, le fascisme et le surarmement, c’est seulement pour se défendre, jamais pour coloniser et occuper les autres peuples !

  • Mais à quoi peut bien servir cette armée omniprésente 10 décembre 2007 17:51, par Non à l’armée la plus lâche du monde !

    au point de justifier la présence de reîtres armés jusque dans les collèges ?

    Voici à quoi elle est employée dans le mouroir de Gaza :

    […] La fourniture d’électricité a déjà été réduite à 12h sur 24 en signe de punition contre les Kassams. Elle va être à nouveau réduite à 8h par jour. Actuellement n’entrent plus à Gaza depuis juin tous les produits, emballages et matières premières contenant fer ou plastique, y compris dans leur emballage, donc aucun matériel de construction par exemple, mais également bien d’autres produits essentiels à la vie. Les seules nourritures qui peuvent franchir la porte de Gaza sont : farine, sel, sucre, huile, en provenance de l’UNRWA. Ni pain, ni produits laitiers, ni œufs, ni fruits et légumes, ni médicaments, ni vêtements chauds, ni pièces détachées d’aucune sorte, ni rien d’autre. Même la pêche devenue une activité dangereuse en raison des tirs et des morts « collatérales » s’est pratiquement arrêtée.

    […] On voit mal comment des négociations posées dans un tel cadre auraient une chance d’aboutir, justement parce qu’elles ne portent pas sur Gaza définie, rappelons-le, comme « entité hostile ». Terrible expression qui sort Gaza et toute sa population du champ politique et humain, ni Etat ni territoire occupé, ni êtres humains reconnaissables, juste une entité indéfinissable autrement que par son unique caractère d’hostilité : de là à l’extermination il n’y a plus long chemin.”

    http://lille.indymedia.org/spip.php?article11252

  • Omniprésence 11 décembre 2007 13:39

    Si remettre en question "l’omniprésence" de l’armée dans la société israélienne (à mon avis c’est déjà un raccourci idéologique trop rapide) est permis, il doit aussi être permis de rappeler que sans cette armée omniprésente, les Juifs d’Israël auraient été massacrés dès 1948. Ou en 1967. Ou en 1973.

    Les déclarations des dirigeants arabes, notamment la Ligue Arabe, étaient sans ambiguité aucune en 1947-1948 : exterminer les Juifs, chasser les survivants. Et c’est exactement ce qui s’est produit sur la totalité des zones occupées par les armées arabes : 100% des Juifs qui y vivaient ont été tués ou chassés.

    De nos jours l’objectif reste le même pour certains groupes extrêmistes, comme le hezbollah, dont un porte-parole a déclaré :

    "The Jews who survive this war of liberation [de la Palestine] can go back to Germany, or wherever they came from." (H. Ezzedin, porte-parole du hezbollah, 2002) [Les Juifs qui survivront à cette guerre de libération (de la Palestine) pourront retourner en Allemagne, ou en toute autre lieu dont ils sont originaires]

    On pourrait en dire autant d’autres groupes, comme le Hamas.

    Il est donc très facile d’imaginer quel aurait été le sort des Juifs israéliens, s’ils n’avaient pas eu d’armes.

    Alors être pacifiste, militer pour le désarmement, je soutiens entièrement. Mais un peu de réalisme (et de rappels historiques) ne peut pas nuire.

  • Pacifistes exterminateurs 11 décembre 2007 21:12

    Il faut avoir un certain culot pour présenter un des plus grands nettoyages ethniques de la fin du XXe, début du XXIe siècle comme un acte de légitime défense, en quelque sorte un ethnocide préventif.

    Les néocons sionistes sont tellement habitués à l’impunité qu’ils peuvent proférer les pires énormités sans complexes.

    Sur la guerre de conquête coloniale de 48, voir plutôt les confessions d’un sioniste militant : Benny Morris. Pour 67, on a affaire à la première guerre préventive de l’impérialisme occidental contre le tiers-monde. Quant à 73, c’est la cerise sur le gâteau, c’est comme si les Allemands avaient accusé les Alliés de les avoir agressés en Normandie.

    Notre Clausewitz de pacotille a encore raté une occasion de ne pas faire le ridicule.

    Quant aux vantardises du Hezbollah, on ne peut pas les mettre en parallèle avec les réalisations des sionistes sur le terrain, l’expulsion ou l’enfermement de millions de Palestiniens, la mort lente de la population civile de Gaza…

    Le Hamas ou le Hezbollah sont des mouvements de RÉSISTANCE, et qu’on soit d’accord ou en désaccord avec eux, on ne peut pas les comparer avec un occupant qui emploie les méthodes des pires fascismes du XXe siècle.

  • faudrait peut être arrêter les imbécilités du genre "un des plus grands nettoyages ethniques de la fin du XXe, début du XXIe siècle " !!!! Il faut vous rappeler ce qu’il se passe ailleurs qu’au PO ? Ne serait-ce qu’a ! Darfour ou en Tchétchénie ? Combien de milliers de morts et de populations déplacées ?

    Arrêter de considérer Israël comme "le Mal absolu" serait déjà une belle avancée vers des propos dignes d’un site altermondialiste.

  • Le Mal absolu n’existe pas 12 décembre 2007 01:12

    Et personne ne dit qu’Israël est le mal absolu. C’est les sionistes qui prétendent relativiser les crimes d’Israël en nous demandant systématiquement de regarder ailleurs.

  • On peut en effet regarder 1948 comme une guerre coloniale : 5 pays arabes voisins ont attaqué l’ex-zone mandataire dès le départ des trouffions britanniques, alors même que le yishouv devait encore se coltiner les effets du blocus britannique : pas d’armes lourdes, peu de munitions, pas d’avions, etc.

    Mais qui ose encore rappeler les appétits des dirigeants égyptiens d’alors pour le Negev, de la Syrie pour le nord d’Israël, et de la Transjordanie pour le tout ?

    Sans l’incompétence des chefs militaires arabes de l’époque, sans l’absence d’unité dans l’attaque, les Juifs n’auraient pas eu d’autre choix que mourir ou partir, comme à Hébron en 1929.

    Quand on déclenche une guerre d’éradication et qu’on la perd, on a au moins la décence de ne pas reprocher au vainqueur de s’en être sorti !

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