mercredi
16 mai 2012
18h30 : Le marxisme contre l’État
lundi
21 mai 2012
20h00 : Cantine & Infotour Anti-THT
jeudi
24 mai 2012
18h30 : Réunion publique à thème libre du CCI
samedi
2 juin 2012
15h00 : The Last Border Sound (31 mai,1 et 2 juin)

Pour loger les réfugiés, le sous-préfet opposait le 115 à tous ceux qui réclamaient un hébergement collectif.
La réaction des assos ne se fit pas attendre : tout le monde dénonça le refus du 115 de prendre en charge les réfugiés désireux de passer une nuit au chaud.
De mon côté, j’étais chargée de piéger le 115, pour avoir des preuves verbales du discours préfectoral.
Surveillant la circulation, j’avais bien remarqué ces dernières semaines, les allers et retours fréquents de la fourgonnette estampillée "Le Toit", dans les rues de Calais Nord. D’autant que de loin, leur camionnette ressemble à un car de CRS.
Le conducteur m’avait demandé intrigué, il y a presque 15 jours, ce que je faisais auprès des CRS avec un appareil photo. Je pensais qu’il avait été effrayé par les récits des maltraitances des policiers et de l’illégalité des procédures. Le responsable m’avait expliqué qu’il venait au parc le soir pour y convaincre des jeunes de s’abriter au foyer. Et il avait commencé un discours sur les pauvres français que j’avais aussitôt courcircuité par l’exposé des raisons politiques communes aux étrangers et français de leur pauvreté.
Je n’avais pas songé à ce moment précis de lui demander ce qu’il faisait quand il rencontrait des réfugiés.
Quand j’ai su récemment que c’était cette association "Le Toit" qui était chargée de gérer le 115 sur Calais, je contactais un demandeur d’asile sans logement pour élaborer le piège du téléphone et écouter le refus du 115.
Dimanche 23 décembre, vers 22h30, j’avais décidé d’attendre justement l’équipe de rue, je restais près du parc Richelieu. Je voulais enregistrer les propos de l’équipe du TOIT, en ce qui concerne le 115.
Ennuyée par une rencontre inopportune, je décidais de lever le camp et me retrouvais, au pied de la tour du Guet, très heureuse d’y voir leur véhicule garé.
Je ne savais pas comment engager une conversation. Tout le monde était dans la camionnette, installés autour d’une table.
Un type en descend, prêt à me serrer la main. Je le connaissais comme étant une personne vivant dans la rue. Un ancien militaire avec qui j’avais déjà longuement parlé. Il me raconta une nouvelle fois l’histoire de 4 "noirs", des "kosovars" qui l’auraient agressé pour lui voler sa couverture. L’un des "kosovars" africains parlerait bizarrement français. Et pour me prouver qu’il savait se défendre il me montra le couteau de cuisine qu’il promena sous mon nez, tout en proclamant qu’il allait les tuer la prochaine fois et que je devais le leur dire. Je calculais mentalement s’il était possible d’enfoncer dans mon corps recouvert de plusieurs épaisseurs de tissu, un couteau de cuisine et considérais cet homme qui s’agitait devant moi. Je défendis autant qu’il fut possible une autre version des faits et lui indiqua qu’il pourrait aussi tuer de ma part les deux blancs qui m’avaient agressée. Le ton bien sûr montait. Et on aurait pu penser que j’allais bientôt avoir à me battre contre l’homme qui sortait des insultes racistes, bien de chez nous, tandis que moi je l’abreuvais de remarques sur la stupidité de ses propos.
Le responsable de l’équipe descend de la fourgonnette, sans intervenir, écoute l’homme continuer à déverser sa bile tout en le prenant à témoin. Je finis d’ailleurs par lui demander ce qu’il en pensait. Il hausse les épaules et m’apprend que le 115 fonctionne. Il laisse son oeuvre de bienfaisance déblatérer à nouveau sur les réfugiés qui auraient tout, tandis qu’il m’écoute, l’oeil étréci, dénoncer leur attitude de refus d’abri envers les réfugiés, moins d’une semaine plus tôt.
Arrive deux réfugiés érythréens qui croient sans doute que je discute avec des amis. L’un d’eux lance un salut joyeux en français, au militaire. Le militaire s’avance vers eux, provoquant, et aussitôt cherche la bagarre.
Les deux hommes s’éloignent du militaire, retenu par l’un de ses copains. Le responsable de l’équipe se contente d’assister à la scène. L’un des deux érythréens insulte aussi en français le militaire qui se met à les poursuivre. Moi je commence à tenter de sortir rapidement mon appareil photo. J’entends le responsable qui les avait suivis, dire au militaire "Arrête, elle va te prendre en photo !"
Retour immédiat du type sur moi, quelque peu menaçant : "je m’en fous. vous pouvez appeler la police et l’armée !" me crache-t-il à deux centimètres du visage.
Le responsable intervient, la figure inquiète, ses petits yeux rusés : "Vous avez vu ! ils (les africains) ont laissé tomber un couteau !"
Comme je mets en doute aussitôt sa parole, il m’envoie regarder par moi- même. J’entends quelqu’un dire derrière moi : "N’y touchez pas, à cause des empreintes !" Effectivement, un couteau gît près du parking, là où les hommes ont stoppé le début de la bagarre.
Je ramasse le couteau de cuisine et le mets dans ma poche. Dès que je rejoins le groupe, le militaire tend la main pour récupérer son arme. Et me le promène à nouveau sous le nez, tapotant mon poitrail pour bien me montrer comment on doit rendre un couteau, et surtout bien me montrer qu’il est armé, lui, moi, non.
Le responsable ne dit rien et pour cause. Il avait sans doute songé me sortir un autre mensonge sur le propriétaire du couteau, ignorant auparavant que j’avais vu le couteau du monsieur bien français, avant la bagarre. Le militaire a du le lui expliquer avant mon retour.
Et le discours repart sur les pauvres. Le militaire hurle que son copain est mort de froid et que je ne le connaissais pas. Malheureusement pour lui, j’ai pu hurler à mon tour que oui, je connaissais même le lieu où il était mort. Le militaire cotinue : "3 morts de froid par mois en France et tout le monde s’en fiche ! Heureusement qu’ils sont là, eux ! (il regarde avec tendresse le responsable)On ne peut même pas aller au presbytère !" Je tiens à lui dire que si.
Revenant à cette histoire de vol de couverture, le jeune copain du militaire m’assure que l’un des érythréens, celui qui parlait français est l’un des agresseurs (le militaire semble le contredire par des hochements de tête). Je le mets au défi de savoir la vérité en lui expliquant que je connais ces deux hommes et qu’il me sera facile de les retrouver.
Le responsable intervient enfin, mais comme un flic sous surveillance de témoins. "Partez d’ici !" Je lui oppose ma liberté de circuler sur le trottoir comme si je répondais à un policier. Et voilà que ce responsable insinue que je cherchais la bagarre en me tenant à côté de leur fourgonnette. Je lui indique que le militaire me connaissant en est descendu pour me parler. Je m’éloigne tout de même, puis reviens sur mes pas pour continuer la conversation. La fourgonnette n’est plus là, le responsable est sans doute parti engendrer la haine raciste dans d’autres coins de Calais Nord.
L’histoire ne se finit malheureusement pas là, pour ce monsieur aux cheveux longs et aux idées très courtes. J’avais promis retrouver les deux érythréens. Ce fut l’un d’eux qui me demanda des comptes, lundi soir, sur ce qui s’était produit la veille. Il me raconta que le militaire avait tenté de lui donner un coup de couteau au ventre. Le deuxième érythréen était reparti à Paris où il vivait avec des papiers en règle.
Je suppose que le responsable de l’équipe de rue, présent aux côtés de son oeuvre, avait du voir la tentative d’agression de son "militaire". A tout le moins, ce responsable aurait pu lui tenir tout un discours moralisateur. Il n’en a rien fait. Non assistance à personne en danger ? Encouragement à l’agression raciste ?
Pourquoi cet homme est-il responsable d’une équipe de rue ? Pourquoi ne ramassait-il pas les réfugiés qu’il trouvait dans le parc richelieu si le 115 fonctionnait comme il l’a prétendu ? Est-ce risqué de lui envoyer des réfugiés noirs ?
Placer des hommes idéologiquement proches de l’extrême droite à des postes sensibles pour justifier ensuite l’injustifiable et calomnier, est une tactique connue des experts en désinformation continue. Un proche ne me contredirait pas, lui qui a vécu de l’intérieur le FN.
Leur objectif : opposer les pauvres aux pauvres.
Dès que quelqu’un, un salarié des ASSEDIC ou de l’ANPE par exemple, commence à parler des pauvres français quand vous leur parlez des droits des réfugiés, vous pouvez être sûr qu’il s’agit de jaunes qui n’en ont rien à faire des Français, ni de leurs droits, ni de leur pauvreté. Ils sont anti français et méprisent les pauvres qu’ils jugent inutiles et coûteux.