CONFERENCE SUR L’EGALITE ANIMALE
présentée par l’AESPRI (Association des Etudiants en Science Politique et Relations Internationales) et l’APEA (Association pour la Promotion de l’Egalité Animale).
Les animaux ont-ils des droits ? Une éthique les incluant est-elle envisageable ? Nos comportements alimentaires soulèvent-ils des problèmes éthiques ? Sous bien des rapports, les ambitions du mouvement pour l’égalité animale convergent avec celles des autres luttes (antipatriarcale, antisexiste, antiraciste et antifasciste) contre toute forme de domination (et de soumission) injustifiée d’unE individuE sur (à) unE autre. Ces problèmes seront débattus lors de la conférence intitulée :
EGALITE ANIMALE : l’éthique au-delà de l’espèce
du mardi 22 mars à 18h30 en salle MS150 (unimail, 40 bd. Pont d’Arve).
Depuis trente ans, le débat autour de ces questions est intense dans les pays nordiques et anglo-saxons notamment. Il reste par contre étonnamment inexistant en Suisse. On peut pourtant penser qu’il deviendra incontournable dans les années qui viennent. Quels en sont les enjeux théoriques et pratiques ? Le problème sera présenté d’un point de vue théorique par deux militants français du mouvement égalitariste. Par la suite, un philosophe étudiera les possibilités d’une éthique anthropocentriste et leurs critiques à travers les auteurs les plus marquants ayant traité de cette thématique. Enfin, une discussion ouverte au public clora la conférence.
Intervenants :
Pr. Bernard Baertschi Maître d’Enseignement et de Recherche au département de philosophie de l’Université de Genève.
M. Yves Bonnardel Co-fondateur de la revue Les Cahiers Antispécistes, dans laquelle il a publié de nombreux articles. Ecrivain pamphlétaire et éditeur dans les domaines libertaires (éd. Tahin Party).
M. David Olivier Co-fondateur de la revue Les Cahiers Antispécistes, dans laquelle il a publié de nombreux articles.
Un buffet ainsi qu’une table de presse vous attendront à l’issue de la conférence.
PS : l’entrée est gratuite
Ci-dessous : un texte introductif au sujet.
EGALITE ANIMALE : l’Ethique au-delà de l’Espèce
1. introduction : qu’est-ce que l’égalité animale ? (Yves Bonnardel) Si la question du statut moral des non-humains est un des thèmes récurrents chez les penseurs les plus marquants, on dénote un regain d’intérêt pour ce sujet dans la philosophie morale anglo-saxonne de ces trente dernières années. Les auteurs connus pour s’être intéressés à la question sont notamment Peter Singer (optique utilitariste), Tom Regan (optique kantienne) et Steve Sapontzis (optique "intuitionniste"). Ainsi, nous constatons que ce thème a été reconnu comme digne d’intérêt par les diverses approches de la théorie politique normative. Plus concrètement, ce que requièrent les auteurs est une considération égale pour les intérêts de tous les êtres sensibles indépendamment de leur espèce, pour certains des droits pour les animaux non-humains. Ils contestent la légitimité de nos comportements dominateurs à l’égard des non humains.
2. l’égalité humaine et ses lacunes (David Olivier) Pour justifier l’égalité humaine en rejetant l’égalité animale, il faut trouver une qualité commune (i) à tous les humains et (ii) aux seuls humains et (iii) démontrer que cette qualité a une signification pour déterminer le droit d’un individu à être pris en considération. Il apparaît vite qu’aucun des critères répondant à la troisième exigence ne saurait satisfaire aux deux premières. En fait, on ne prend pas un risque énorme si l’on affirme que le champ d’aucun critère (même parmi ceux qui ne signifie rien moralement : rationalité, conscience de soi, socialité, réciprocité, etc.) n’a strictement les mêmes limites que l’espèce humaine ; on trouve toujours des non-humains qui possèdent ces qualités à un degré égal (sinon supérieur) à certains humains (par exemple, les cochons adultes normaux sont plus intelligents que les nouveaux-nés humains ou que certains handicapés mentaux). À cela, on a répondu qu’il n’était pas nécessaire de trouver un critère correspondant à celui de l’humanité, que la qualité de membre de l’espèce humaine était bien suffisante. Égaux parce qu’humains. Que vaut cette définition ? Les humains ont le droit d’être traités de manière équitable parce qu’ils sont des humains. Cette proposition pose deux problèmes : d’une part, elle ne passe pas le test d’universalisabilité (c’est le fait d’appartenir à notre espèce qui nous confère le statut de patients moraux), d’autre part, elle obéit au même schéma de pensée que les opinions sexiste (ce qui donne aux hommes le droit d’être traités comme des égaux c’est qu’ils sont des hommes et non des femmes) et raciste (ce qui donne aux Blancs le droit d’être traités comme des égaux c’est qu’ils sont des Blancs et non des Noirs) les plus extrêmes. Elle est donc simplement intenable. Pourtant, une différence doit bien exister entre les carottes et les humains pour que nous puissions affirmer que les unes n’ont pas de droits tandis que les autres en ont. Cette différence ne peut être que la sensibilité (entendre capacité à ressentir plaisir et souffrance), ce qui, clairement, implique l’inclusion des animaux non humains dans la sphère de l’éthique. En effet, quelle qualité pourrait donner un droit à la considération sinon celle qui confère des intérêts à un être (Si on me frappe, je souffre. J’ai donc un intérêt à ne pas être frappé et donc un droit "circonstanciel" à ne pas être frappé) ; quelle est la fonction d’un principe d’égalité sinon celle de protéger les intérêts de chacun de manière équitable ? Il faut donc avoir des intérêts pour que ceux-ci puissent compter. C’est ce qui permet de ne pas inclure les cailloux dans la sphère de l’égalité (Qui souffre si je frappe deux cailloux l’un contre l’autre ?). Il découle de ces considérations que si tous les humains doivent être traités de manière équitable, c’est également le cas pour tous les êtres sensibles. Un intérêt est un intérêt qu’il soit celui d’une femme noire, d’un homme blanc ou d’une "vache laitière". Quand je dois privilégier un intérêt plutôt qu’un autre, mon choix ne doit pas être effectué en fonction des groupes auxquels appartiennent les titulaires de ces intérêts mais en fonction de l’importance de chacun des intérêts en question. Affirmer que tel intérêt a a priori plus d’importance du simple fait que c’est l’intérêt d’un humain est aussi irrationnel que prétendre que c’est le cas parce qu’il est l’intérêt d’un Blanc. La seule façon de contrer cette argumentation est de démontrer qu’il existe un critère satisfaisant aux exigences (i), (ii) et (iii) ; faute de quoi, on admettra que le spécisme (discrimination envers les non humains) est aussi grave que les discriminations intrahumaines (et peut-être plus étant donné le nombre d’individus concernés et la souffrance occasionnée).
3. l’égale considération des intérêts, ses implications et comparaisons entre rapports humains/non-humains d’une part et hommes/femmes d’autre part (Yves Bonnardel) Selon le philosophe Peter Singer, l’égale considération des intérêts n’implique pas des droits semblables pour tous les individus (de même que l’égalité humaine n’implique pas des droits semblables pour tous les individus humains). Un cheval (pas plus qu’un enfant) ne saurait se voir attribuer le droit de vote. Par contre, ce principe implique que deux douleurs de même intensité seront considérées comme également regrettables. En outre, il est compatible avec le principe aristotélicien d’égalité de traitement, selon lequel il faut traiter de manière semblable les cas semblables et identifier une différence pertinente entre deux cas pour les traiter de manières dissemblables. De ce point de vue, une différence dans les intérêts de deux individus est jugée pertinente quant au traitement moralement adéquat. Selon le fameux exemple de notre philosophe, il est plus grave de gifler (d’une même force) un bébé humain qu’un cheval adulte puisque la souffrance qui en résultera sera plus intense chez le premier que chez le second. Quotidiennement, nous consommons des quantités astronomiques d’animaux non-humains. De manière évidente, nos comportements alimentaires témoignent d’une absence flagrante de considération à l’égard des intérêts de ces êtres sensibles. L’adoption du principe susmentionné impliquerait une vaste reconsidération de ces comportements. Sera ensuite proposée une analyse comparative des pensées antispéciste(s) et féministe(s) ; il sera question des éléments communs aux deux théories.
4. la philosophie à l’épreuve de la question animale (Bernard Baertschi) Comment la philosophie et la politique ont-elles appréhendé ce problème à travers les âges ? Les points de vue de penseurs tels que Emmanuel Kant, Thomas d’Aquin, R. G. Frey ou H. T. Engelhardt ainsi que le statut juridique des non-humains en Suisse seront discutés. C’est à partir de ce survol que sera examinée la possibilité de justifier moralement la discrimination basée sur l’appartenance à l’espèce.
5. discussion avec le public
luttes pour l’égalité animale (protection animale)