mercredi
15 février 2012
19h00 : Apéro Brique : Le sport à la moulinette de la critique sociale
jeudi
16 février 2012
18h30 : "Pour une démocratie réelle maintenant" ? Non, tout le pouvoir aux exploités !
vendredi
24 février 2012
19h00 : Les Sentiers de l’utopie
Correspondance de Katmandou
En ce mois de février, froid et poussiéreux, la capitale népalaise offre un paysage de désolation : des hordes d’enfants, noirs de crasse, sniffent de la colle, presque à chaque coin de rue ; des files de femmes en sari et gilet attendent, à la queue leu leu, leur litre de kérosène ; des « didi » lavent leur linge, dans des Pokharis, au filet d’eau hiératique.
Il faut trois heures pour un Newar, libraire à Thamel, pour remplir le réservoir de sa moto chinoise a une rare pompe a essence encore ouverte.
Partout des immondices, des détritus, auxquels on met le feu le soir pour se réchauffer et éclairer des rues moyenâgeuses sans électricité.
Selon une récente analyse faite par un magazine international : « Katmandou serait devenu un des cinq endroits les plus malfamés au monde ».
La pollution due, en partie, aux manufactures de briques dont les hauts-fourneaux ceinturent la ville est telle qu’un étranger tombe malade après trois jours passés ici.
Mais les problèmes de pollution atmosphérique sont, en ce moment, le cadet des soucis des Katmanduites.
Les habitants de Katmandou connaissent des coupures d’eau, d’électricité, de gaz et de pétrole, sans précédent dans leur histoire.
Des pénuries dont ils ne comprennent pas l’origine.
Les routes de ravitaillement venant d’Inde, traversant le Teraï, sont bloquées par des groupes armés mystérieux comme les tigres Madhesi ; des camions de la Nepal Oil Corporation disparaissent avec leurs chauffeurs ; dans la capitale l’électricité n’est fournie avec parcimonie que quelques heures par jour et l’eau est amenée aux usagers par camion citerne.
Qui cherche donc à rendre la vie impossible aux Katmanduites ?
Le roi Gyanendra, reclus dans son palais, qui passe son temps, paraît-il, à jouer au poker sur le net ?
Les Américains, les Anglais * qui voient d’un mauvais œil la possible victoire électorale des maoïstes ?
*L’ambassade britannique vient, au reste, de suspendre, le 15 février, la délivrance des visas aux Népalais de la capitale.
Les fondamentalistes hindous qui n’ont pas encaissé que le Népal devienne une république laïque en décembre 2007 ?
Selon le chef maoïste Prachanda, « l’impérialisme qui souhaite imprimer sa marque au monde entier est contre les élections népalaises du 10 avril 2008 car il craint que les révolutionnaires ne viennent au pouvoir légitimement avec un agenda radical qui remettrait en cause leur présence dans le pays ».
Face à la déliquescence du pays Gurkha et le risque d’implosion des provinces du sud, le parti communiste maoïste népalais a rétabli, dans la plupart des districts, les gouvernements du peuple, « United Revolutionnary People’s Council »*.
*Les maoïstes avaient suspendu leur administration parallèle après la victoire du Jana Andolan d’avril 2006.
Curieusement, la stratégie des forces réactionnaires qui consiste à armer des groupes ethniques, dans le Teraï, a produit l’effet inverse : les forces armées népalaises et la police se sont rapprochées sensiblement du PCNM.
Nombre de soldats et d’officiers seraient prêts à voter maobaadi lors des prochaines élections nationales, « car le PCNM est le seul parti politique, capable de conserver l’unité et l’intégrité du Népal » dixit un fonctionnaire.
Certains observateurs notent que les divisions, gens des collines, Pahadi, versus gens des plaines, Madhesi - chose très nouvelle dans l’histoire du pays - interviennent au moment où la révolution maobbaadi propage la thèse d’un Grand Népal qui regrouperait les terres annexées par les Anglais, au XIXème siècle, les collines du Garawl, du Kumaon et de Darjeeling appartenant, depuis l’Indépendance, à l’Union indienne.
La déclaration est plus tactique que réelle ; elle permet de gagner à la cause les nationalistes et tous ceux qui nourrissent un fort ressentiment à l’égard de l’Inde par-delà les frontières*.
*Il y a sept à dix millions de Népalais qui vivent en Inde.
La convergence entre les maoïstes et l’armée népalaise, d’une part, et leur rapprochement avec les militants du Gorkhaland, à Darjeeling, et les Lhotsampas (1) du Bhoutan, d’autre part, sont les deux cauchemars auxquels sont confrontés les stratèges de New Delhi dont certains envisagent à mi voix le démantèlement de la nation Gurkha à partir du Teraï.
Devant la contagion communiste et la montée en puissance des mouvements syndicaux, couplés à une fièvre nationaliste, une politique du chaos est sciemment organisée par l’Inde qui possède les banques, les réservoirs d’eau, les barrages et l’unique compagnie pétrolière au Népal.
La Nepal Oil Corporation (NOC) dépend complètement de l’Indian National Oil and Gaz Corporation (ONGC).
La compagnie indienne peut, à tout moment, bloquer les fournitures en carburants fossiles sur Katmandou.
Le gouvernement Rajiv GANDHI l’a déjà fait, en 1989, lors d’un conflit qui opposait le roi BIRENDRA au parti du Congrès de KOIRALA.
En outre, depuis le traité de Mahakali de 1990, l’Inde est propriétaire des ressources hydro-électriques du pays…
De plus, c’est l’Inde qui fixe le taux de change de la roupie népalaise.
Selon Matthew KAHANE, le chef de la mission de l’ONU, UNMIN, au Népal, « les groupes armés madhesi, qui sèment la terreur dans le Teraï, trouveraient refuge du côté indien* et seraient protégés par la police indienne ».
*Certains parlent de connexion des « madhesis » avec le mahant de Gorakpur, connu pour être proche du Vishnu Hindu Parishad.
En organisant des guérillas « madhesis », dans le Terai, on coupe les routes d’accès à la capitale et on exerce un chantage sur les populations mécréantes « pahadis », rebelles au cast system.
Ces pénuries organisées sont une forme d’intimidation à l’endroit d’un gouvernement provisoire dont plusieurs ministres sont maoïstes et athées.
Les fondamentalistes hindous, en particulier le politicien indien Lal Krishna ADVANI, très actif lors du coup royal du 1er février 2005, sont derrière « ce terrorisme de basse intensité » afin que personne ne croie à la victoire prochaine des maoïstes à la première assemblée constituante à Katmandou.
« Vaut mieux un Népal destitué, quadrillé par les troupes de l’ONU mais qui conserve l’hindouisme, plutôt qu’une république populaire et démocratique… »
Nonobstant les conspirations étrangères et la malédiction du temple hindou, la ligue des jeunes communistes (Youth Communist League) s’active à couvrir Katmandou d’affiches à la gloire d’un Prachanda, chevauchant les foules, dans la pure tradition mao.
Face à cette déferlante de propagande, les 74 partis politiques qui concourent également aux élections d’avril sont quasi inexistants.
Eu égard au caractère massif et quotidien des rassemblements, les élections à l’assemblée constituante semblent presque relever d’une formalité.
Et pourtant, aucun journal népalais, en langue anglaise, ne témoigne de cette capacité à mobiliser des troupes maoïstes.
Comme si les rédactions anglophones cherchaient à conjurer, par une lecture ethnographique du conflit, l’inévitable.
Le PCNM ne recrute pas seulement parmi les jeunes désoeuvrés, mais leur cause trouve écho chez les plus de 50 ans, en particulier, chez « les ex-service men » qui ont servi pendant de longues années le gouvernement indien.
Une centaine d’anciens Gurkhas, entre 50 et 70 ans, font la grève de la faim jusqu’à la mort devant l’ambassade indienne…
Pour ces vétérans, qui ont combattu dans l’armée indienne lors des quatre guerres avec le Pakistan, c’est l’ultime bataille.
Peut-être la plus importante de leur vie.
Beaucoup de ces soldats qui ont autant de blessures que de médailles réclament des pensions jamais payées et toujours dues ; d’autres exigent que leurs blessures, maladies, invalidités, contractées lors de l’exercice de leur métier, soient prises en charge par le gouvernement indien.
L’ambassade indienne affiche comme réponse le plus parfait des mépris, un mépris digne des pires moments du Raj britannique.
La révolte des ex-Gurkhas dont certains ont instruit les milices communistes, dans la jungle et les montagnes, est indissociable de la révolution népalaise.
D’un point de vue nationaliste, la victoire du parti communiste maoïste népalais, aux élections d’avril, semble logique et naturelle.
Ce sont les seuls qui forment des cadres pour rester au pays.
Tout le système néo-colonial de l’ancien régime visait à produire des esclaves pour les marchés des pays du Golfe, des Gurkhas pour les régiments britanniques et indiens ; et une élite de langue anglaise, bon marché, pour l’univers anglo-saxon.
Le PCNM souhaite remettre en cause cinquante ans de cette politique.
Selon le porte-parole du Parlement provisoire, Subhas NEMBANG « 50 ans d’aide étrangère n’ont qu’accentuer les inégalités et plonger le pays, dans une misère noire et un exode qu’il ne connaissait pas au début du XXème siècle*. »
*Lors du grand tremblement de Terre de 1934, qui détruisit Katmandou, le maharadja Shumshere Jung Bahadur RANA refusa l’aide internationale et dédommagea de sa propre cassette les habitants de la capitale.
On ose penser ce qui arriverait si un séisme d’une telle magnitude se reproduisait…
Non seulement l’aide humanitaire a appauvri le pays, mais, à présent, alors que le Népal aurait besoin de fonds ; elle se retire car les donateurs craignent l’arrivée au pouvoir des maoïstes.
« Les ONG se sont développés au Népal sans la participation réelle de la population ; leurs desseins étaient plutôt d’assouvir une lubie, une marotte. Une fois le beau geste accompli, on se regarde et l’on rentre chez soi. » déclarent les experts en développement maoïstes.
Résultat : la plupart des enfants des rues de Katmandou sont des orphelins, échappés d’instituts, tombés en déshérence parce que les jeunes volontaires qui s’occupaient d’eux se sont lassés d’un travail ingrat qu’ils devaient, par ailleurs, financer.
En effet, quelques-uns des 400 orphelinats de la vallée sont connus pour appartenir à des mafieux…
L’élevage d’orphelins pendant la guerre civile était un commerce très lucratif.
Les volontaires européens, japonais, américains payaient jusqu’à 1000 euros le droit de torcher le cul des enfants de la guerre ; et les familles en mal d’enfants payaient presque 20 000 euros pour un bébé.
À ma connaissance, aucune ambassade n’avertit leurs ressortissants de ces trafics et dénonça sérieusement ces pratiques.
En revanche, l’ingérence des ambassades étrangères, dans la vie politique népalaise, n’est pas un vain mot.
L’ambassade de France, pour satisfaire quelque français fortuné, s’est opposée récemment à une directive prise par un ministre des affaires sociales maoïste qui décida, avec raison, d’interdire l’adoption étrangère d’enfants au Népal.
HIMALOVE
1. Des centaines de milliers de Bouthanais d’origine népalaise ont été déportés, dans les années 80, par le roi Jigmé WANGCHUK et vivent misérablement dans des camps de réfugiés à Siliguri et au Népal. Le roi bouthanais craignait qu’un bouleversement démographique ne vienne à bout de la monarchie comme au Sikkim, en 1975 ; un certain nombre de Lothsampas ont créé, en 2003, un Parti communiste maoïste.
Le danger marxiste-léniniste est tel à la frontière himalayenne de la Chine que les États-Unis ont décidé d’accueillir sur leur sol 60 000 d’entre eux !