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Argentine : histoire de l’hôtel autogéré Bauen

Il a été célébré le 21 mars dernier, dans l’auditorium de l’hôtel qui tant de fois a été prêté pour des conférences d’organisations ouvrières, des réunions de travailleurs et de chômeurs comme pour des évènements culturels, le deuxième anniversaire de la récupération de l’hôtel.

L’émotion et la joie a empêché beaucoup de travailleurs et de travailleuses de terminer leurs phrases de remerciement à la présence de tous ceux et celles qui n’ont pas voulu rater la fête.

Deux banderoles en rapport à l’autogestion rappelaient la lutte des travailleurs pour éviter la fermeture de l’hôtel. L’une d’elles réclamait "l’expropriation définitive maintenant." En effet l’hôtel ne possède pas de figure juridique qui permette son exploitation. Mais cela n’a pas empêché les travailleurs/euses de fêter l’audace d’avoir réouvert ce domaine situé dans le coeur de Buenos Aires. "Nous avons la force de continuer à nous battre, d’abord pour la légalisation de l’occupation temporaire et ensuite pour l’expropriation définitive", a expliqué Fabio Resino, représentant du Mouvement National des Entreprises Récupérées (MNER), qui a participé à la lutte des travailleurs-euses. "Je voudrais demander à nos gouvernants de se rappeler de nous.", a imploré Gladys Alegre et Eva Losada a ajouté : "Cela est assez difficile pour nous. Nous ne sommes pas des politiques, nous sommes de simples travailleurs-euses qui luttons pour notre source de travail."

Une projection de diapositives a retracé le début du conflit au plus de 200 personnes présentes tandis que Fernando Arana, travailleur du Bauen, relatait le procesus d’occupation de l’établissement et sa mise en marche. "Après une année de contact avec nos collègues, nous avons été aidés pour former une coopérative. Nous sommes allés à une réunion à Chilavert (imprimerie récupérée) et le 21 mars 2003 avons décidé de prendre les installations de l’hôtel." Après cette prise, ils ont réussi à ce que le juge en charge du conflit leur octroit la garde de l’immeuble. "Nous devions simplement occupé les installations sans même avoir d’argent pour manger. Nous demandions de l’argent aux feux de signalisation." En juin 2004, fatigué(e)s de ne pas avoir de réponse de la justice, ils ont fait l’expérience de remonter une entreprise. Marcelo Ruarte, président de la coopérative, s’est exclamé : "ce procesus n’ont a donné une liberté qui ne nous avait jamais été donnée".

"Un jour comme aujourd’hui, il y a deux ans, nous sommes rentré(e)s ici avec le MNER et des assemblées de quartier", Fabio Resino a réalisé un résumé du procesus de récupération : "Il y avait une poignée de travailleurs-euses avec beaucoup de peur, avec beaucoup de doutes de pouvoir faire fonctionner cela, mais aussi avec beaucoup d’espoir de pouvoir récupérer le travail qu’ils avaient perdu un an et demi auparavant. Cela s’est passé il y a deux ans et il y a dix mois, nous avons pris ensemble la décision politique d’ouvrir cet hôtel, au-delà des décisions judiciaires".

Le Bauen avait été vendu en 1997 au groupe chilien Solari S.A pour 16 millions de pesos (équivalents dollars à l’époque). A partir de cette date et jusqu’en 2001, cette entreprise n’avait payé qu’une partie de l’immeuble. Cette même année l’entreprise fait faillite. Les Lurcovich, famille propriétaire original de l’hôtel, ont alors réclamé au juge la restitution de l’immeuble en argumentant l’absence de paiement total. Le magistrat a accepté la demande de la famille mais à la condition qu’elle rende au groupe Solaris l’argent versé, ce qui jusqu’à présent ne s’est toujours pas réalisé.

Après la faillite, le magistrat a autorisé les travailleurs-euses à continuer le fonctionnement de l’hôtel, sous supervisation d’un syndic. Cependant, en raison du fait que l’hôtel était toujours déficitaire, le 28 décembre 2001, le syndic a décidé sa fermeture. Durant l’année 2002, l’hôtel était fermé et ses employé(e)s au chômage. A la fin de cette année, une partie d’entre eux est rentré en contact avec le MNER et le 21 mars 2003 ils ont réalisé l’occupation. Les travailleurs-euses sont entré(e)s par une porte postérieure et ont trouvé un lieu abandonné, avec l’entrée bouchée, les chambres scellées et l’intérieur rempli de nuages de poussière.

(…)" Quand nous avons pris cette décision, nous étions 32 et aujourd’hui il y a plus de 100 compagnons dans cette coopérative", a continué Resino. "On est passé d’une rémunération de 100, 200 pesos à un salaire moyen de 700 pesos. Quand nous avons décidé de réouvrir le Bauen, nous ne l’avons pas fait seulement en pensant aux bénéfices personnels, nous avons discuté pour que tous les travailleurs qui se battent ainsi que les organisations de chômeurs aient cet espace comme lieu de coordination. C’est pour cette raison qu’il est courant de voir dans ce même salon les travailleurs du métro de Buenos Aires discuter de leurs luttes, d’y voir les chômeurs, les organisations populaires et cela nous rempli d’orgueil. Il y a deux ans, les compagnons et compagnes de cette coopérative n’avaient pas d’expérience syndicale et encore moins d’expérience politique. La semaine dernière, ils ont parcouru 1 200 kilomètres pour être au côté des travailleurs de la céramique Zanon (la plus grande entreprise récupérée, le "fer de lance" de la lutte) qui étaient menacés par le gouvernement provincial."

Durant cette soirée, il a également été lu des dizaines d’adhésions de soutien dont une du Vénézuéla. Dans l’assemblée, il y avait un large spectre de militants mais aussi des députés et des personnalités, qui au-delà de leurs différences, ont unanimement pris la défense de ce hôtel qui auberge des solidarités.

Agence Red Accion (ANRed) redaccion anred.org 5 avril 2005 Traduction : Fab (santelmo no-log.org)


publié le 6 avril 2005  |   Auteur : fab  |   Imprimer

1  Commentaire sous cet article

> Argentine : histoire de l’hôtel autogéré Bauen

nouvelles enthousiasmantes d’Argentine !

Espérons que cette lutte continue et inspire des milliers d’autres travailleureuses, comme le font ouvrier-e-s de Zanon et des autres boîtes autogérées rassemblées dans le MNER.

à voir là-dessus le filme The Take de Naomi Klein & Avi Lewis qui sort le 27 avril. On y voit que l’un des plus gros problèmes, c’est le rapport à la justice et aux politiques : une fois qu’ils/elles se sont emparé-e-s des moyens de production, les travailleureuses attendent que la justice entérine l’occupation. Pour convaincre les juges, ils et elles doivent les convaincre que les capitalistes ont sciemment nui à l’outil de production (par exemple en vendant des machines) ; ils et elles doivent aussi faire pression sur les politiques qui leur promettent leur "soutien"( !)

Méfions-nous des politiques ! Le grand Chavez, petit père du peuple vénézuélien, a lui carrément appelé à occuper les usines qui avaient été fermées par leurs propriétaires pendant les grèves de fin 2001 début 2002 : "Fabrica cerrada, fabrica tomada !", disait-il. Certaines usines ont pris le mot d’ordre au pied de la lettre et ont occupé les locaux... mais sans reprendre la production ! Les petit-e-s lieutenant-e-s du syndicat chaviste (créé par décret présidentiel !) disaient en effet qu’il fallait que le gouvernement l’autorise avant de reprendre la production ! Résultat : la plupart de ces usines ont été abandonnées sans même lutter par les travailleureuses qui en ont eu marre de mendier leur pain dans la rue...

Voir FABRICAS TOMADAS : MITOS, REALIDADES Y UNA POSTURA LIBERTARIA ou Venezuela : la Révolution ne sera pas... pour tout de suite

6 avril 2005 11:15, par leskinmol, email i

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