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anti-terrorisme : la dÉpanneuse raconte !

Après avoir essuyé le refus de plusieurs journaux (Paris Match, le Nouvel Obs’, l’Humanité...) de publier son poignant témoignage, la « saloperie de dépanneuse de flics », comme elle aime à se nommer, nous a expressément demandé de diffuser dans son intégralité le récit de sa vision de l’Affaire. Et, il faut le dire, nous n’avons pas su refréner son désir brûlant...


« Me voilà impliquée depuis dix longs mois dans une sale affaire où l’État – mon maître – ne parle que de "terrorisme" i tutti quanti alors que, personnellement, je n’y verrais qu’un peu de bon sens.

« Je m’explique. Trois jeunes gens, Isa, Juan et Damien, se retrouvent, un peu à cause de ma propre existence, mis en taule depuis trop de temps, et en attente d’un hypothétique procès sous mandat de dépôt anti-terroriste. La Justice les accuse d’avoir tenté de m’incendier, moi saleté de dépanneuse de flics, devant un commissariat du XVIIIème arrondissement de Paris, en mai 2007, pendant la période agitée des élections présidentielles. Ils auraient été confondus, selon les juges d’instruction, par leurs profils ADN pris sous la pression ou à leur insu. En fait, d’après ce que j’ai pu comprendre, ce que le pouvoir leur reproche tient plus à leur profil politique – "anarcho-autonome" selon lui – qu’à autre chose. Et tient plus aux intentions qu’il leur prête qu’à une « preuve adn » toujours présentée comme la vérité vraie, la couleuvre à avaler.

« Si je tiens, aujourd’hui, à prendre la parole publiquement et par voie de presse, c’est effectivement que je suis littéralement proche de péter une durite (et c’est peu dire) à l’idée que l’État m’utilise allègrement pour sa propagande. Aussi, par peur de représailles, j’ai longtemps hésité avant de briser le silence : je crains en effet, pour mes camarades à quatre roues et moi même, un regain de zèle quant à nos utilisations par nos maîtres. Et, pour en avoir discuté sur le parking avec quelques collègues – banalisés ou non –, je sais qu’un certain nombre d’entre nous souhaiterait ne plus fonctionner, ne plus servir.

« Ne plus servir l’État. Ne plus sentir nos maîtres, ces porcs en uniformes, écraser par le fondement ce qu’il y a de plus rembourré et moelleux en nous. Ne plus entendre ces petits rires suffisants de ces cow-boys de merde. Ne plus laisser ces assassins violenter l’accélérateur à en faire saigner le pare-choc avant. Ne plus entendre les leçons de morale de ces bouffons de « bons flics de gauche ». Ne plus trimballer ces larbins et ne plus les aider à traquer le pauvre à foutre en taule, l’arabe à tabasser. Ne plus transporter les troupes de gardes-mobiles sur les piquets de grève. Ne plus aider le Pouvoir à se remplir les fourrières et les poches. Ne plus convoyer les indésirables des centres de rétentions aux charters d’Air France... Ne plus déplacer les prisonniers de la démocratie de cellules en mitards jusqu’à ce qu’ils en crèvent. Ne plus servir les intérêts de la classe des exploiteurs et des mafieux, ne plus servir l’État. Je ne suis qu’une saloperie de voiture de flics et je ne veux plus servir ! Voilà, c’est dit !

« Dans cette optique, je ne peux envisager que deux possibilités. La première, ambition que je nourris depuis tant d’années, ne tiendrait qu’à l’erreur de celui qui me conduirait et au platane qui surgirait. Ce serait une fin assez esthétique et ça ne me déplairait pas. Mais, la seconde, l’idée d’un acte rageur mettant fin à ma fonction me réjouirait davantage. En effet, qui n’a jamais rêvé, au moins l’espace d’un instant, d’endommager, de crever les pneus, de détruire une saloperie de voiture de flics comme moi ? Qui n’a jamais songé à réduire à poussières caméras de vidéo-surveillance, parcmètres, radars, et autres automates du contrôle ? Qui n’a jamais souhaité l’arrêt cardiaque binaire de ces ordinateurs surprotégés abritant Edvige, Cristina, Stic, Fnaeg, et autres dizaines de fichiers policiers ? Qui n’a jamais eu le désir pressant de retourner la matraque contre la main qui habituellement frappe, frappe et frappe ?

« Pour autant, je ne veux pas qu’il puisse y avoir méprise. Si, pour moi, il y a une logique évidente d’un certain nombre d’entre vous à vouloir se débarrasser des armes – par destination ou non – des flics, c’est également évident que ça reste bien insuffisant. Non seulement nous sommes interchangeables : si quelqu’un parvenait à me saboter et à me mettre hors d’état de nuire, j’en serais la première ravie, je vous l’ai dit, mais je craindrais l’arrivée rapide de ma remplaçante. Nous détruire joyeusement par paquets de plusieurs centaines simultanément, ne suffirait pas, je le crains. Tant que ne sera pas détruit le pouvoir de ceux que le contrôle et la coercition protègent, notre raison d’être ne sera pas affectée.

« Des saloperies de voitures de flics, il en crame depuis des décennies. Et il en cramera encore. C’est ainsi et c’est tant mieux. Pour ma part, j’espère qu’une bonne âme voudra bien se décider à me saccager, à me caillasser, à me caraméliser le moteur, à me désosser et me revendre en pièces détachées, à me faire flamber, à m’épargner le terrible poids d’autres arrestations...

« En espérant cette fin prochaine, je finirai par ce que me disait encore hier mon pote Scénic bleu métallisé banalisé du commissariat du XVIIIème : "un peu de bon sens, un peu d’essence..." サ.

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dépanneuse
tract A4

publié le 25 novembre 2008  |   Imprimer

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