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Répression de chômeur-ses et précaires : appel à soutien immédiat ! publié le 1er février 2012 dernier commentaire le 6 février 2012 à 23h19
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Importantes luttes en roumanie publié le 11 février 2012
Action devant l’abattoir de castres publié le 11 février 2012
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La voix des sans-papiers n. 7 publié le 5 février 2012
Bulletin palestine, 18 janvier 2012 publié le 3 février 2012
O.p.a soutient anonymous & copwatch publié le 2 février 2012
[grenoble] clinatec inauguré par les opposants publié le 1er février 2012
Lettre ouverte à tous ceux qui soutiennent les inculpés du 11 novembre

Salut a tous,

C est apres trois semaines de decompression et un temps de reflexion, de lecture intensive de tout ce qui s est dit sur cette affaire pendant que nous etions au trou, que j entame l ecriture de cette lettre.
Je suis sorti de Fresnes voila un peu plus de trois semaines
maintenant, un peu deboussole. Je ne m attendais plus a etre libere
aussi vite devant ce qui semblait etre un traquenard si bien orchestre.
Retrouver l air du dehors et l horizon du monde ont bien sur ete un
grand soulagement, on s habitue si vite a voir son existence bornee
par des murs et des grilles, qu il semble que ca fait des siecles
quand bien meme ca ne fait au fond que 2 ou 3 semaines. Je remercie du
fond du coeur tous ceux qui se sont demenes pour nous sortir de la. Je
suis sur que malgre tout l arbitraire qui entoure les decisions de
justice, cette pression nourrie par les comites, les parents, amis et
tous ceux qui ont senti a raison que cette affaire les concernait au
plus pres a eu un effet consequent. J aurais aime pouvoir le faire d
une seule voix avec mes camarades co-inculpes mais comme vous le savez
il nous est interdit de rentrer en contact d une quelconque maniere
sous peine notamment de retourner en prison.

Mais je suis hante d une certitude : cette liberation releve d une
« chance » inesperee, chance qui remonte a loin, celle d une part d etre
ne blanc, d avoir eu l opportunite d etre diplome, d avoir des parents
et des amis issus de cercles « privilégies » dont la mobilisation a sans
nul doute plus de chance d etre entendue que si j etais ne ailleurs et
dans un autre milieu. Je suis hante bien sur par le fait que deux de
mes amis et camarades soient toujours incarceres pour des motifs aussi
rocambolesques, mais aussi par la pensee que des centaines d autres
personnes croisees notamment au cours de ma courte detention n ont
jamais eu cette « chance » et pour cause. Les prisons francaises ont
englouti au cours des dernieres annees toute une frange de la jeunesse
de ce pays, cette frange jugee inassimilable, sans cesse harcelee,
toujours « deja condamnee » et qui refuse toujours de rentrer dans les
rangs etouffoirs de cette societe. Un fait saute aux yeux quand on
frequente les cours de prison, une tres claire majorite de detenus est
composee par des jeunes des quartiers populaires, dont certains ont
ete abonnes aux sejours en prison. On remarque aussi le nombre
effarant de personnes detenues, pour des periodes souvent tres
longues, sous le regime de la detention provisoire, regime dit
« exceptionnel ». 6 mois, 9 mois, 1 an, 2 ans, 3 ans, sans proces et
bien souvent sans preuve tangible. C est qu il est sans doute plus
complique d avoir des ’temoignages de moralite’, des garanties de
representation recevables quant on vient de Villiers-le-Bel,
Aubervilliers ou Bagneux, quand vos parents sont consideres comme
etrangers, qu ils ne maitrisent pas la langue des magistrats et des
media ou quand ils ne justifient pas d une activité professionnelle
stable et surtout reconnue.

Pas de miserabilisme toutefois, la solidarite se forge aussi derriere
les murs des prisons, la politique penale de ce gouvernement est en
train de fabriquer une bombe a retardement. Plus on bourrera jusqu a
la gueule les geoles de ce pays, plus des destins vont s y croiser et
dresser des ponts entre tous ces milieux si savamment separes a l
exterieur. Le rapprochement entre les traitements politiques,
policiers et mediatiques (cette triade tend a devenir une expression
consacree, peut etre faudrait-il penser a les fusionner
officiellement !), de l affaire de Tarnac et celle de Villiers-Le-Bel
l annee derniere est pertinente a plus d un titre…
Novembre 2005 (Clichy sous Bois), CPE, election presidentielle,
Villiers-le-Bel, LRU, … deux parties de la jeunesse que tout a
priori oppose, nourrissent conjointement la paranoia du pouvoir.
La reponse ne se fait pas attendre et prend les meme traits. D un cote
« lutte contre le regne des bandes » pour justifier la repression dans
les quartiers apres les emeutes, de l autre, fabrication de toutes
pieces d une « mouvance anarcho-autonome », de « groupuscules d ultra-
gauche », comme repoussoirs a la revolte diffuse qui essaime au fil des
mouvements de la jeunesse etudiante ou « precaire ». Dans les deux cas,
une politique de communication de longue haleine pour dessiner les
contours de « l ennemi interieur », qui debouche bruyamment sur des
operations coup de poing sur-mediatisees. Demonstrations de force
demesurees, curees mediatiques, embastillements purs et simples. Faut-
il le rappeler, outre les inculpes et incarceres multiples de novembre
2005, cinq personnes sont toujours incarcerees apres le coup de filet
de Villiers-le-Bel et attendent un proces qui ne vient pas, faute de
preuves. Aujourd hui c est notre tour, mais la chasse aux dits
« anarcho-autonomes » est ouverte depuis plus d un an, six personnes au
moins ont deja ete interpellees et entendues devant les juridictions
anti-terroristes depuis decembre 2007 pour des faits ou des suspicions
qui n avaient jamais releve d un tel regime juridique jusque la. L
etau se resserre et tous les coups semblent desormais permis. Il a
deja ete developpe largement dans les communiques des comites de
soutien a quel point le recours aux outils de l anti-terrorisme
represente un glissement significatif des procedes de gouvernement et
de la « gestion » de la contestation. Des scenarii deja vus dans
plusieurs pays au cours des dernieres annees (USA, Royaume-Uni,
Allemagne, Italie…) debarquent avec fracas en France et signent l
entree dans un regime ou l exception devient la regle. Ces procedures
n ont la plupart du temps rien a voir avec le « terrorisme » et ce
quelle que soit la definition qu on en donne, elle repondent a la
logique millenaire de « en reprimer un pour en apeurer cent ». En d
autres temps on en aurait pendu « quelques-uns » a l entree de la ville,
pour l exemple.

Dans notre cas, il est tres vite apparu que « l affaire des sabotages
de la SNCF » n etait qu un pretexte opportun pour deployer au grand
jour une operation de communication et de « neutralisation preventive »
prevue de longue date (depuis l arrivee de MAM au ministere de l
interieur). La rapidite de la mise en branle de « l’operation Taiga » et
l absence quasi totale d elements materiels au dossier, meme apres les
perquisitions et les interrogatoires croises, devoile tres vite a qui
n est pas occupe a hurler avec les loups, la grossierete du montage
policier. Il aura pourtant ete fait de severes efforts d
assaisonnement de cette histoire un peu fadasse, un « groupuscule en
rupture de ban et s adonnant a la clandestinite », un « chef
inconteste », son « bras droit », ses « lieutenants », des « relations
amicales » ménagees dans le village par « pure strategie ». Mais rien n y
fait les gens croient definitivement et heureusement plus « a ce qu ils
vivent qu a ce qu ils voient a la tele ».

Une fois repondu pour chacun a la question de sa participation ou non
aux « actes de degradation » sur les catenaires de la SNCF, reste cet
immense gloubi-boulga qu est l accusation de « association de
malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». C est d ailleurs
le seul chef d accusation qui pese sur la plupart des inculpes dont
moi-meme.
Ce chef d inculpation repose sur un faisceau d informations et d
hypotheses disparates, reunies par les services de renseignement, mais
que seule une prose policiere pour le moins imaginative permet d
articuler entre elles d une maniere aussi unilaterale. Les liens d
amitie, politiques chacun a leur maniere, deviennent sans l ombre d un
doute des affiliations organisationnelles voire hierarchiques. On fait
d une serie de rencontres, de la participation de quelques uns a des
manifestations, de la presence de certains autres relevee au cours des
mouvements sociaux qui ont emaille les dernieres annees, les presages
de la raison d etre strictement ’politique’ (au sens le plus classique

et plat du terme) d un « groupe » identifiable et isolable comme
« cellule » (cancereuse ?). Cela est une contre verite absolue et
determine un certain nombre de contre-sens vis a vis de ce dont nous
avons ete diversement porteurs au fil des annees. Le delit « d
association » permet d englober d un seul coup l entierete de l
existence des personnes visees et tout peut y devenir un element a
charge : lectures, langues parlees, savoir-faire, relations a l
etranger, mobilite, absence de telephone portable, rupture avec son
’plan de carriere’ ou avec son extraction sociale, vie amoureuse et j
en passe.
L utilisation de ces outils « antiterroristes » n est finalement rien d
autre que l indice de l agressivite propre a tout pouvoir qui se sait
de toutes parts menace. Il ne s agit pas tant de s en indigner. Il s
agit en tout cas de ne pas, ou plus, etre dupe de cette operation de
police politique. Elle n est que la tentative, des tenants du pouvoir,
de communiquer au « corps social » leur propre paranoia, qui, elle, n
est peut etre pas totalement sans fondement. On parle beaucoup autour
de cette affaire de l essai intitule « L insurrection qui vient » et
tout le monde y va de son hypothese pour dire QUI est derriere cette
signature qu est le « comite invisible ».

Cette question n est interessante que d un point de vue strictement
policier. Le choix editorial d anonymat qui a ete fait doit etre
entendu, a mon avis, non comme une particuliere paranoia des auteurs
(meme si elle se trouverait aujourd hui cent fois justifiee) mais par
l attachement a une parole essentiellement collective. Non pas la
parole d un collectif d auteurs qu on pourrait denombrer, mais une
parole qui s est forgee dans les aleas d un mouvement ou la pensee ne
saurait plus etre attribuee a tel ou tel en tant qu auteur. Ce livre
suscite beaucoup de desaccords, voire de reprobation y compris parmi
nous qui avons pourtant fait l effort de le lire et le comprendre. Il
me semble que c est l objet meme de l ecriture politique : mettre ce
qui demande a etre debattu sans delai au centre, le rendre
incontournable, quitte a etre cru et sans nuance. Tous ceux qui, par
ailleurs, pretendent savoir QUI est l auteur de ce livre mentent
purement et simplement ou prennent leur hypothese pour la realite.

Les « lectures » recentes de ce livre, notamment celle de la police et
de quelques criminologues de salon posent a beaucoup la question de la
« radicalite ». Cette « radicalite » nous est renvoyee a nous comme trait
d identite, voir comme chef d inculpation qui ne dit pas son nom. Je
ne me sens pas particulierement radical, au sens d etre pret a
accorder les constats, les pensees et les actes (ce que plus personne
ne fait malheureusement et depuis longtemps). Par contre la situation
est radicale et l est de plus en plus. Elle determine des mouvements
de radicalisation diffus, qui ne doivent rien a quelque groupuscule
que ce soit. Chaque jour dans mon activite d epicier notamment ou
quand je sers au bistrot, ou bien encore quand j etais en prison, je
discute, j ecoute ce qui se dit, se pense, se ressent, et je me sens
parfois bien modere face a la colere qui monte un peu partout. Ce
gouvernement a sans doute raison d avoir peur que la situation sociale
lui echappe, mais nous ne servirons pas sa campagne de terreur
preventive, car le vent tourne deja. Il vient de Mediterranee.

Il y aurait encore beaucoup de choses a dire, de doutes a lever, de
manipulations a dejouer, mais tout ca ne fait que commencer. Ainsi ma
position est en phase avec celle des comites de soutien qui
fleurissent un peu partout : abandon des charges de « entreprise
terroriste » et « d association de malfaiteurs », liberation immediate de
Julien et Yldune et de tous ceux et celles qui sont incarceres a ce
titre, pour commencer…

Viendra le moment ou on devra bien nous rendre des comptes pour le
prejudice enorme qu on nous a fait subir, a nous, a Tarnac, mais aussi
pour ce qui n est qu une provocation supplementaire a l encontre de
tout ce qui ne se resigne pas au desastre en cours.

Benjamin, epicier-terroriste.


Article publié le 16 janvier 2009
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