mercredi
15 février 2012
19h00 : Apéro Brique : Le sport à la moulinette de la critique sociale
jeudi
16 février 2012
18h30 : "Pour une démocratie réelle maintenant" ? Non, tout le pouvoir aux exploités !
vendredi
24 février 2012
19h00 : Les Sentiers de l’utopie
LUTTE DES PRISONNIERS
DE LA PART D’UN PRISONNIER
A l’attention de ceux qui dehors pourraient vouloir y participer en s’organisant avec ceux qui dedans souhaitent élaborer un savoir combatif.
« Dans l’immédiat c’est « vous » qui nous êtes utiles pour que la prison ne nous tue pas trop mais c’est « nous » tous qui luttons pour la vaincre. »
1 Je voudrais par ce courrier, en parlant du soutien aux prisonniers partir dʼune volonté, dont je ne doute pas que je la partage avec certaines dʼentre vous, celle de combattre la prison, ses fonctions et ses dispositifs qui la font pour la détruire.
Par conséquent, je ne vais pas parler de soutien en tant quʼil considère quʼil peut améliorer la prison pour la faire passer mieux, ou quʼune victime de lʼenfermement mérite forcément notre empathie, ou que de meilleures conditions de détention laissent plus de place à lʼorganisation collective, ou même quʼentretenir lʼespoir nous sauve.
Ce que jʼobserve et comprends des conséquences mortifères du
heps sur moi-même, mes co-détenus ou copains de détention, on ne peut y remédier par de quelquonques soins palliatifs, et encore moins par le registre de la plainte ou de la pitié, qui plutôt que de soulager notre souffrance et notre haine des bourreaux nous conforte dans une défaite.
Bref je veux que nous luttions contre la prison dans la mesure ou sa fonction la destine potentiellement à être notre fin à tous, ou chaque dispositif qui la compose nous vide un peu. Or elle nʼest jamais une défaite complète tant quʼon ne sʼy soumet pas aveuglément, tant quʼon ne se laisse pas submerger. Comme dans bon nombre dʼenvironnements hostiles, il faut en observer les possibilités et les assumer, ceci afin de déterminer une position forte, propice au mouvement.
Au-delà de « la fin dʼune aventure » ou dʼune « épreuve cyclique », elle nous enjoint à une efficience qui lui est réciproque et une vision au long terme qui dépasse les mythes de la transgression, du rebelle, du délinquant.
Ainsi, même s ʻil nʼy a pas intérêt à voir autour ou par les prisons se développer un mouvement historique, cʼest du rôle charnière que peut jouer la prison dans les vies que nous avons choisies que découle aussi bien lʼéchange critique sur les dispositifs carcéraux et les mythes qui les portent, que la volonté de frapper cette institutions dans ces corps.
2 De lʼarticulation entre le processus de justice et lʼenfermement naissent nos principales transformations, notre remodelage. Le judiciaire travaille sur le symbole, insémine en nous lʼalien que la prison fera croître, au point de nous dominer.
Certes cette engeance sacrée nʼoccupe que ce que nous laissons en jachère des terrains qui lui étaient culturellement préparés ; ce sale bébé de notre déchéance, de nos peurs, de notre affaiblissement, de notre espoir égoïste, certain lui sont acquis : celui qui si honteux se soumet aveuglément à lʼordre et au travail, parfait réinséré, le délinquant pour qui la marge et le jeu pour le capital sont un ordre des choses, celui qui se glisse dans le sommeil de la conscience, dans lʼesclavage sans effort, lʼhibernation sans printemps.
Cʼest déjà combattre cette aliénation, cette redéfinition sournoise que de travailler à la permanence dʼun échange dedans/dehors tenant compte de la spécificité de la position du détenu. Il est impératif aussi de mettre en lien les constats et les positions tactiques contre cet univers hostile, aussi bien entre les détenus qui souhaitent élaborer un savoir combatif-ce qui ce fait déjà de manière anecdotique par transmission orale- quʼavec ceux qui pourraient dehors vouloir participer à ces prises de positions.
Cʼest déjà assumer la blessure quʼest la taule de reconnaître que lʼutilité que peut avoir un détenu pour ses camarades dehors - une espèce de recul sur le monde extérieur et la description rapprochée dʼun ennemi - est construite contre la distance dedans/dehors sans jamais vraiment combler les manques, lʼimpuissance et son flot de méfiance, doute, humiliation, qui tend à nous séparer.
Dans lʼimmédiat, cʼest « vous » qui nous êtes utiles pour que la prison ne nous tue pas trop, mais cʼest « nous » tous qui luttons pour la vaincre.
3 Ce qui est fait pour combattre lʼassomption du bourrage de crâne et lʼabsence au monde qui lʼentérine passe, comme ce qui va suivre, par des pratiques liées au contournement des dispositifs de surveillance, de contention, de rétention.
Attardons nous sur le portable qui nʼen est un quʼen apparence. On sait à quel point le portable est une galère en prison. Non seulement des récents financements ont permis lʼacquisition de systèmes de brouillage - certes encore peu répandus - mais on sait aussi que dans certaines villes une attention particulière est accordée à lʼécoute de ce qui peut sortir des bornes proches dʼune taule, sans compter la quotidienne chasse aux portables que livrent les matons zélés lors de grotesques expéditions nocturnes.
Cʼest sur, la voix de quelquʼun quʼon aime cʼest presque une caresse, mais vu la surface offerte à la répression pour lʼusage habituel du portable mieux vaut quʼil ne soit quʼun outil de communication rapide lorsque la situation le rend nécessaire.
Il y a toute sorte de façon de faire sortir des écrits, pour peu quʼon fasse preuve dʼun peu de prudence et de créativité. Chaque dispositif nʼest quʼun obstacle propice à créer des cheminements souterrains entre le dedans et le dehors.
Et puis il y a toujours quelques bases, les bribes
dʼexpériences collectives locales, des principes, comme par exemple le fait quʼun message ne contient par tous les éléments pour le comprendre, la limitation des intermédiaires et les tests de fiabilité de parcours…
Il y a donc aussi lʼinventivité, la manière dont chacun adapte un type de fonctionnement en fonction de ce qui le fera se sentir à lʼaise, naturel devant les éléments du panoptique.
Ce nʼest pas suffisant, il nous faut développer cette observation technique, interne et externe, de chaque taule- quʼon se limite à faire passer des écrits, des bricoles ou quʼil faille monter des opérations plus importantes, cʼest la
base de notre efficacité- comme on connaît les parcours qui, dans une ville, nous éloignent du champs des caméras, des rondes de keufs.
Ces bases de données à monter, je suppose quʼil faudrait que sur chaque taule il y en ait une, physiquement. Idéalement, il faudrait dʼailleurs avoir des entrées pour cela : détenu ou contact avec détenu, mandataire agrée, infiltré ou informateur dans lʼassociatif.
4 Aucune équipe heureusement ne compte un collègue dans les 183 taulesde France ( ?).
Malgré des particularités très locales, de fait pratiquer ce genre dʼinfiltrations/exfiltrations, dʼobservations sur une taule avec cet esprit de les rendre disponibles pour certaines actions accroît la possibilité de répéter lʼaction.
Cela dit, construire ces soutiens actifs, cette position commune sur ce front nʼa plus de sens si lʼobjectif de porter des coups efficaces se dilue.
La liberté et la présence retrouvée, parce que les soutiens auront porté leurs fruits, constituent le mouvement essentiel de ce jeu, même si ce mouvement peut se payer si cher quʼil faille se contenter de lʼassumer sur les damiers symboliques ou théoriques.
Dans la mesure où la peine prévue le permet, je suppose que le soutien via la défense est une manière dʼêtre efficace face au heps : je parle en fait de toutes ces bricoles qui permettent généralement aux riches de sʼen sortir – le fric et les contacts avec les baveux les plus tordus, les preuves et les témoignages qui tombent au bon moment pour orienter lʼinstruction, la situation garantie qui colle pile poil devant le JDD ou le JAP- tout cela nʼétant rien sans au cours de la détention lʼéchange régulier, et auparavant le partage, la complicité qui fait quʼon navigue sans sʼabandonner face à lʼoeil policier, face à la logique de leur psys.
Aider participer aux évasions, je suis convaincu que ce sont les principales victoires que nous pouvons remporter à lʼheure actuelle.
Il sʼagit aussi bien de défaire les dispositifs carcéraux
répression, contention, surveillance - par lʼexemplarité de telles actions, que de créer des perspectives hors contrôle : cʼest-à-dire quʼau delà de la satisfaction négative, il faudrait que la cavale cesse de représenter cette fuite infinie, perdue dʼavance, mais que les recherches sur les pratiques dʼusurpations et le piratage permettent de baliser la piste vers le changement de masques, la perte de la dépendance liée à notre identité, lʼaccroissement de lʼétrangeté face à celle-ci.
5 Cela représente tout autant un défi technique de notre côté- face à lʼimportance des moyens de traçages de définitions des individus - quʼun parcours intérieur engendré par le vol, lʼhostilité des éléments de notre
définition de nous même dans le monde dans lequel elle sʼinsère.
Il nous faut donc autant dʼobservations froides vis-à-vis de nos rôles, de nos masques habituels que vis-à-vis de ceux des autres, nous connaître en deçà de ces masques pour ne pas craindre de les abandonner pour naviguer dans lʼespace quʼils cloisonnaient de certitudes.
En dehors de cette déstabilisation de lʼidentité, cʼest tout le reste quʼil faut tenir prêt : de lʼinfo sur les dispositifs de chaque taule à lʼoutillage qui en permet le contournement, des trajets sûrs aux hébergements en sommeils, prêts à devenir des étapes. Ce peut être aussi dans le cas dʼune participation directe, un entretien physique, une habitude du maniement dʼoutils utiles.
La connaissance complète des moyens dont dispose telle
prison est évidemment le préalable à une victoire : elle permettra dʼéviter lʼengagement frontal. Ce nʼest pas sans raisons que les évasions commandos façon Vietnam sont si valorisées passant ainsi sous silence lʼingéniosité dʼautres « belles » moins chères en tout points de vues ; celle là font parti dʼune histoire locale qui mériterait dʼêtre mise
en lumière.
Certes, lʼévasion se paye au-delà de la perte dʼidentité par la perte de nombreux attachements : la famille, certains amis. Certes les prisons font partie dʼun ensemble que nous ne pouvons encore affronter.
Mais cet « ultime recours » nʼest pas si apaisé quʼon veut le faire croire.
La foi dans les grâces, lʼespoir de la condi, le souci dʼéviter le mitard, on ne sʼy complait que faute de mieux.
Il suffit en fait de très peu pour voir réapparaître le conflit ; la raréfaction, supposée de la contestation collective est en fait une révolte peu exprimée quʼun rien de visible, de concret peu embraser.
Je ne dis pas que se soit efficace, on aura pas de mutineries et finalement celui qui sʼexpose sur un blocage se fait un peu martyr. En fait ce quʼil faut arriver à monter cʼest que la révolte que la prison engendre ne lui est pas confinée, vite oubliée une fois dehors.
6 Symboliquement, des actions, des soutiens dehors sʼattaquant aux corps et aux biens de lʼAP et de la justice contribuent à monter une force qui peut augmenter les logiques de solidarités et de révoltes en prison.
Localement il suffit de peu pour mettre le feu aux poudres : un bel incident, un chouette incendie, quelques attaques bien calibrées sur le bâtiment ou contre la direction, et la tension monte, dʼautant plus si une concertation sʼétablit intra/extra muros. Et puis faut surtout pas se gêner : cramer une caisse de maton, latter un directeur… ce nʼest que rappeler à nos bourreaux les dimensions idéologiques et sensibles dʼun travail quʼils peuvent croire fait de « gestes techniques conjugués à un certain humanisme » ( formulation dʼun directeur à propos dʼun placement en QI ) Jʼai donc énoncé quelques modes de soutien que jʼaimerais voir venir.
Pourtant en écrivant je ne cesse de penser au jour ou je sortirai : ce jour-là comme la plupart des libérés, ne mettrai-je pas le maximum de distance entre ma vie et la taule ? Ne chercherai-je pas à effacer dans le silence sur ces années la marginalité collante qui sʼexprimerai à lʼinverse par une rancoeur obsessionnelle ? Peut-être, en effet, lʼorganisation et les moyens quʼimplique ces propositions nʼont elles de sens que là où on est suffisamment fort pour prendre des risques juste par amitié. Toutefois dès lors que la prison est envisageable dans nos existences, affûter ces armes contre elle nʼest pas une précaution superflue, elle doit au contraire en remplacer la crainte.
2009 files moi du euf !
(que j’allume ma zonzon)
Abus d’imprimante autorisé et
Affichage encouragé par le code papal.