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Sur la manifestation du 24 janvier à barbès

Le 24 janvier 2009, une manifestation a été organisée à Barbès en solidarité avec tous les prisonniers et révoltés incarcérés notamment Isa, Juan et Damien en prison sous instruction anti-terroriste (pour certains depuis plus d’un an) pour une tentative d’incendie de voiture de police pendant les élections présidentielles, les inculpés de l’incendie du centre de rétention de Vincennes, et les révoltés grecs. Manifester dans les rues du 18ème, c’est aussi contre les rafles de sans papiers et l’occupation policière qui y ont lieu, distribuer le témoignage de prisonniers de Villepinte sur la mort de Samir assassiné par les matons le 6 janvier.
Dès le départ du cortège, au moment où est déployée la banderole « Solidarité avec les révoltes incarcérés. Que les feux de la colère se propagent », 200 personnes se sont fait encerclées par la police sur le boulevard de la Chapelle. Immédiatement, des gens présents dans le quartier et d’autres manifestants ont montré leur solidarité, bloquant notamment le carrefour et faisant face aux forces de l’ordre verbalement et physiquement. Les policiers ont répliqué en chargeant et en lançant des lacrymos dans la rue et dans le métro qui a très vite été fermé. Comme des personnes s’organisaient pour s’échapper de la nasse policière en passant par dessus les grilles du métro, avec l’aide d’une employée de la RATP, les policiers ont gazé la foule enfermée. Pendant plus d’une heure, des unités mobiles en uniforme et en civil ont ensuite chargé et arrêté sans distinction manifestants et passants. Plus de 120 personnes au total ont été interpellées et conduites dans différents commissariats ; la plupart pour un contrôle d’identité dont deux sans-papiers du quartier. Le soir même une centaine de personnes se sont néanmoins retrouvées pour partir en manifestation sauvage de Barbès à la Place Clichy et ont distribué un communiqué "La rue n’est pas à la police" qui racontait ce qui s’est passé l’ après-midi.

Sur l’ensemble des personnes interpellées, 7 ont passé une nuit en garde à vue et sont convoquées devant le juge le 6 mai à 9h pour "refus de dispersion malgré les sommations" (sommations qui n’ont par ailleurs jamais eu lieu). 8 autres sont passées en comparution immédiate après 24h de garde a vue et une nuit au dépôt. Elles ont toutes été accusées, au commissariat d’attroupement armé, puis devant le juge de lancers de projectiles sur des flics ou sur une voiture de police pendant les charges - sans que les flics ni la voiture en question n’aient pour autant la moindre égratignure qui pourrait appuyer leur accusation. Le fait que certaines personnes aient été plaquées violemment à terre et que l’une d’elles ait eu le tympan éclaté par des coups lors de l’arrestation vaut à quelques-unes une inculpation supplémentaire pour rébellion.
7 personnes ont été relâchées après avoir refusé la comparution immédiate et passeront en procès le 2 mars à 13h30. Le parquet a par contre demandé pour le 8e sa mise en examen et le juge d’instruction son placement en détention préventive. Une instruction est ouverte pour "dégradation en réunion sur un véhicule de police" mais il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Que ce soit lors des contrôles d’identités ou les garde-à-vue, beaucoup étaient interrogés sur leurs liens supposés avec la "mouvance anarcho-autonome".
A la fin de la journée, il était évident que l’opération policière avait pour but non seulement d’empêcher la manifestation mais aussi de ficher le maximum de personnes, et ainsi d’alimenter leur catégorie d’"anarcho-autonome", fantasme du nouvel ennemi intérieur.

Les manifestations non-autorisées sont une pratique extrêmement courantes partout en France dans les luttes et mouvements sociaux. A Paris, les manifestations négociées avec la préfecture sont systématiquement reléguées aux grands boulevards mortifères et quadrillées par la police. Manifester là où nous le voulons sans en demander l’autorisation nous permet d’aller à la rencontre des gens, de créer des possibilités de résistances là où nous vivons et luttons. Samedi, la police a déclaré à la presse n’avoir mis en oeuvre aucun dispositif spécial. Pourtant l’encerclement et le traitement judiciaire des personnes arrêtées sont bien le reflet d’une volonté croissante d’étouffer toute action qui sortirait d’une contestation purement symbolique, lisse et indolore. De la répression des rassemblements devant les centres de rétention et des manifs sauvages en passant par les restrictions du droit de grève ou le sabotage désigné comme acte terroriste, cette offensive sur les formes de lutte qui pèse est transversale.

L’utilisation de l’outil anti-terroriste et la stigmatisation des soi-disant « anarcho-autonomes » comme nouvel ennemi intérieur à enfermer et isoler des luttes fait aujourd’hui débat. La réaction policière à la manifestation de samedi est révélatrice, d’une ligne de fracture que l’État a tout intérêt à dresser. Il laisse couler une contestation victimisante et éthérée par la voie des professionnels de la politique, des élites intellectuelles et des médias, tant que ceux-ci se contentent de pointer un "dysfonctionnement de la démocratie", un malheureux abus de pouvoir qui se serait abattu sur les mauvaises personnes. Il continue de plus belle à attaquer, ficher et réprimer ceux qui revendiquent vouloir saboter la machine à exploiter et tentent de le mettre en pratique.

Face à cela, la solidarité, c’est une expérience qui nous fait sentir que l’on partage des mêmes situations d’exploitation et de contrôle, et que c’est à partir de ce commun que se construit l’agir collectif. De là peuvent naître des révoltes.


Article publié le 30 janvier 2009
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