lundi
13 février 2012
09h30 : APPEL AUX INDIGNé-E-S DES SUPPRESSIONS DE POSTES ET DE CLASSES DANS L’éDUCATION NATIONALE
mercredi
15 février 2012
19h00 : Apéro Brique : Le sport à la moulinette de la critique sociale
jeudi
16 février 2012
18h30 : "Pour une démocratie réelle maintenant" ? Non, tout le pouvoir aux exploités !
vendredi
24 février 2012
19h00 : Les Sentiers de l’utopie
Du 25 février au 1er mars, je me suis rendu en Angleterre avec un ami photographe, afin de rendre compte de la situation des récents immigrés passés sur le littoral français (Calais, Dunkerque…). Nous avons mal préparés notre séjour et je rougis d’annoncer qu’en cinq jour nous n’avons pas réussi à grand chose. Cependant, cela nous aura permis d’apprendre certaines réalités de l’immigration britannique et de prendre un nombre conséquent de contacts pour notre prochaine virée.
Tout d’abord, l’Angleterre, c’est un véritable bourbier. Le migrant qui arrive est quasiment livré à lui-même, sauf s’il décide de s’enregistrer auprès du Home Office [1], auquel cas il se verra dans l’obligation de pointer régulièrement dans les diverses "Communication Houses" qui parsèment le territoire britannique. Les Communication Houses, dont la principale se situe au coeur de Londres, rue Mallow Street (quartier Shoreditch), contiennent des "Short Term Holding Centres", c’est-à-dire des locaux de rétention provisoire. Imaginez seulement que chaque préfecture était munie de son propre local de rétention. Le réseau No Borders, qui assiste difficilement les demandeurs d’asile dans leurs démarches d’insertion, décrit ces locaux d’un type particulier comme des annexes de prisons, destinées à tenir au frais les personnes étrangères avant de les dispatcher vers des Immigration Removal Centers (IRC, Centres de rétention) et dénonce l’atmosphère raciste qui y règne [2].
Nous avons voulu rencontrer un certain nombre d’associations d’aide aux migrants, dont deux associations afghanes, mais il s’est avéré que beaucoup n’ont qu’un contact très limité voire innexistant avec les immigrants illégaux, se contentant pour la plupart d’assister les réfugiés dans leurs démarches d’intégration professionnelle et sociale. Ceux que nous avons pu rencontrer semblaient relativement dépassés et loin de la réalité des migrants en situation de clandestinité.
Depuis que les services de l’immigration ont fait peau neuve avec l’arrivée à leur tête de Phil Woolas, en donnant naissance au nouveau UK Borders Agency [3], l’administration britannique a adopté une nouvelle loi le 19 janvier 2009. Plus sévère à l’égard des immigrants, elle renforce les contrôles aux frontières et étend les prérogatives des services d’immigration. Ce qu’il est essentiel de savoir, c’est qu’il n’existe aucune durée limite de détention en Angleterre : les anglais ont une longueur d’avance sur la directive européenne et peuvent maintenir des familles entières en rétention pour une durée indéterminée. Pour la nouveauté, elle concerne l’instauration d’une carte d’identité biométrique à l’intention des seuls étrangers, qui permettra ainsi, de façon totalement discriminatoire, de garder à l’oeil la population immigrée. Approuvée en 2006 par la reine d’Angleterre [4], elle fait dés lors l’objet d’une lamentable promotion sur les sites officiels [5]. Certains tentent de se rassurer en évoquant la possibilité de l’appliquer à toute la population anglaise. Tous fichés, tous rassurés…
Nous sommes donc allés au Immigration Removal Center de Colnbrook [6], situé près de l’aéroport de Heathrow. Il est prévu pour 308 personnes et fait face à l’IRC de Harmondsworth, prévu quant à lui pour 259 personnes, soit un total de 567 personnes. Autant dire que de l’extérieur, le bâtiment impressionne. Entourré d’une grille de 4m de haut surmontée de barbelés, surveillé par de nombreuses caméras, le centre prend l’allure d’un gros complexe pénitentier. Pour y entrer, il faut présenter un papier d’identité, justifier d’un domicile en Angleterre, donner son empreinte digitale et se laisser prendre en photo. Il faut également connaitre un retenu pour pouvoir lui rendre visite. Nous avions le contact d’Ali, iranien, qui a passé déjà deux mois dans le centre et vient d’entamer une grève de la faim pour protester contre son maintien en détention. Il semblerait, d’après les militants no borders que nous connaissons, que la pratique de la grève de la faim dans les centres est aussi fréquente qu’ignorée. Rien ne sort vraiment des murs du centre de rétention…
Le territoire britannique héberge 12 IRC du même type [7], prévus pour un total de près de 3000 personnes, dont voici la liste : Campsfield, Dover, Harmondsworth, Haslar, Oakington, Yarl’s Wood, Colnbrook, Dungavel, Lindholme, Tinsley House, Manchester STHF, Brook House. Il est également prévu de construire deux nouveaux centres dans l’Oxfordshire et le Bedfordshire pour 1300 places supplémentaires [8]. C’est donc un véritable arsenal xénophobe que le gouvernement britannique propose à ses immigrants. La gestion de ces centres est en général confiée à des sociétés privées telles que Group4Securicor [9], qui assure à la fois l’approvisionnement et la sécurité de ces structures. Ce sont d’ailleurs des agents de G4S qui sont venus me demander de supprimer les photos que j’avais prise du centre, après m’avoir vu les prendre sur leurs caméras. Il a donc fallu que je retourne au centre pour rapporter quelques clichés.
C’est donc un constat étrange que nous avons été amené à faire : il semblerait qu’en Angleterre, les migrants de Calais disparaîssent dans l’ombre, passant réellement dans la clandestinité, car plus personne ne semble avoir d’idée précise sur la façon de les rencontrer. Mrs Wahida Zalmai de l’Afghan Association of London [10] nous a non seulement répondu qu’elle n’était pas en mesure de nous faire rencontrer d’immigrés récents, mais que si nous avions l’occasion d’en rencontrer, il nous serait de toute façon difficile d’obtenir une collaboration franche, tant la plupart des immigrants sont effrayés à l’idée de se rendre visibles. Au final, c’est tout a fait par hasard, dans une pizzeria, que nous avons fais connaissance avec des afghans passés par Calais. L’un d’eux nous a laissé son numéro, mais dés qu’il s’est agi de nous faire entrer un peu dans leur vie, la porte semblait étrangement close…
Vivre comme immigré en Angleterre, cela ne semble pas être une garantie de sérénité. Personne n’est à l’abri d’une dénonciation, d’une arrestation, d’une mise en rétention ou d’une expulsion vers le pays d’origine, d’autant plus que la Grande Bretagne ne semble pas s’embarrasser beaucoup des formalités lorsqu’il s’agit de renvoyer un étranger dans un pays en guerre…
L’article avec les photos sur Dissidence Nordiste.
Eunous