
Le groupe scolaire Hélène Boucher est une école où tous les enseignant-es pratiquent la pédagogie Freinet [1]. Après une journée en classe, nous nous sommes entretenus avec Sylvain Hannebique, enseignant des CM1/CM2 et directeur de l’école primaire.
Depuis 2001, un groupe de praticiens développe une pédagogie centrée sur la vie de l’enfant, acteur et auteur de ses apprentissages. Le fonctionnement pédagogique y est articulé autour de quatre axes : l’expression et la communication, le tâtonnement expérimental, le travail individualisé et la vie coopérative. C’est cette dernière qui organise et structure les apprentissages, en favorisant le sens critique des enfants. Cependant Sylvain Hannebique n’est pas dupe : « Aujourd’hui, ça ne serait plus possible. On est dans un contexte politique plus qu’à droite dans les fonctionnements. » En effet, sans être sérieusement menacée, l’expérience à l’école de Mons n’est pas dans l’air du temps.
Pour l’équipe enseignante [2], il était question avant tout de changer la perception de l’institution scolaire : « Ce que fait le gamin dehors intéresse potentiellement l’école, il n’y a donc pas de rupture. Il ne vit pas le chemin entre chez lui et ici comme un renoncement. » Le but ? Faire de l’école et de la classe un lieu d’élaboration d’une histoire commune « avec des échanges, de la coopération, des formes de rapports sociaux dans la classe et des rapports aux contenus. Un groupe va tisser des liens, s’ouvrir et se confronter progressivement avec d’autres patrimoines culturels. Les premiers sont les classes de correspondance, car ce sont des pairs d’âges. C’est important de comprendre son milieu en regardant celui des autres, comme un effet de miroir. » Cette histoire et ce patrimoine communs se nourrissent aussi avec « les événements et le social du gamin ».
Pour cela, place est faite à des outils singuliers comme le « Quoi de neuf ? » : « Chacun a son journal ’’Quoi de neuf’’ le matin. C’est un moment où l’on accueille l’événement et le gamin, où le vécu peut être un outil d’apprentissage ». Loin, très loin de certains, à l’instar d’un Finkielkraut, qui militent pour un enseignement unique d’une « grande culture française », les enseignant-es Freinet introduisent la vie de tous les jours dans la classe. Cette vie, racontée par les enfants, servira ensuite de support à une réflexion plus poussée autour des sujets abordés. Le « Quoi de neuf ? » est donc très symbolique de ce positionnement : « On prend au sérieux l’expérience personnelle de l’enfant. Son expression écrite et orale peut devenir un objet de travail. C’est à nous, enseignants, de faire en sorte d’en avoir une lecture. Si le « Quoi de neuf ? » dure une demi-heure et qu’il n’y a rien derrière, ce n’est pas bon car c’est juste un point de langage. »
Toutes ces activités (correspondance interscolaire, événements et vécu du gamin) vont s’imbriquer et s’ouvrir à d’autres éléments comme la part du maître (culture), la littérature ou la découverte des ailleurs. C’est qu’il ne s’agit pas d’enfermer les enfants dans leur milieu (« Tout ce qui peut être ouverture, on y va ! ») mais de donner un sens à ce qu’on fait découvrir : « Par exemple, si un gamin va au musée, son regard est différent s’il pratique la peinture. Nous allons en classe de découverte chaque année. Ici, c’est plus complexe et encore plus important car les gamins n’ont pas ce vécu social et culturel. »
Le mouvement Freinet s’est inscrit au sein du mouvement ouvrier. Un des héritages : l’idée d’un travail libérateur (dépasser ce qu’on est capable de faire) et non aliénant. C’est nécessaire au fonctionnement : « Le rapport des gamins au travail a des effets réels, importants. Ceux qui sortent d’ici ont une distance réflexive sur le collège et le système, sur le rapport au savoir : « Je bosse pour moi, pas pour une note ou les profs ». Ils analysent mieux le pourquoi du travail, subissent moins le milieu, sont plus acteurs et réfléchissent sur ce qui est proposé : ça leur donne une certaine puissance. »
Les progressions individualisées sont favorisées dans une démarche coopérative. La correspondance, symbole de l’héritage internationaliste du mouvement, est un exemple, qui doit être poussé jusqu’au bout : « Énormément d’écoles font de la correspondance scolaire mais pas au sens de Freinet. Pour nous, c’est central : tout ce qui est fait dans la classe est potentiellement fait pour être communiqué. »
Le travail en coopération est facilité par l’absence de compétition ou de classement : « Il n’y a pas de sens à les noter. Par contre, cela engendre d’autres contraintes : quand on envoie une lettre, il faut qu’elle soit propre et corrigée. La contrainte ne vient pas de la note mais de la situation. Si on fait une lettre, c’est pour l’envoyer ». Dans la pratique, l’élève n’est pas évalué sur sa façon de faire mais sur ce qu’il produit : « Le but, c’est un produit fini, un chef-d’œuvre, c’est l’aboutissement du travail. »
Les apprentissages coopératifs sont la pierre angulaire du fonctionnement Freinet : « C’est une pédagogie coopérative de l’enfant auteur, qui a du sens dans son apprentissage. » Selon Agnès Nicolas, enseignante des Grandes sections et CP, le mélange des niveaux permet « à certains d’avoir plus de repères et d’entraîner les autres au respect des règles de classe. » En effet, l’école vécue comme un espace de « démocratie » facilite une cohabitation beaucoup plus paisible qu’avant 2001, année d’arrivée des enseignant-es Freinet.
La violence est « complètement résorbée », selon Cécile Carra, sociologue chargée d’évaluer cet aspect dans les travaux de l’équipe de chercheurs (voir interview). Sylvain Hannebique confirme : « Ça s’est très vite régulé car il y a eu rupture par rapport au travail. Que les enfants ne soient pas en échec, qu’ils retrouvent une estime d’eux, cela a modifié très vite le rapport au travail et à ce qu’il y a autour. » C’est dans la complémentarité, grâce à un système global et cohérent, que les méthodes prennent leurs sens.
Le conseil hebdomadaire des élèves est un autre outil de régulation qui vise à adapter les règles : « Des règles pour des règles dans un espace qui n’est pas coopératif, ça n’a pas de sens. Les dérives des conseils peuvent être de se réunir pour se réunir. Si le contenu de ce qui est fait par les enfants n’est pas radicalement libérateur, il manque quelque chose. »
Dans l’école, droits et devoirs sont assujettis aux trois lois fondamentales de la classe : on y respecte l’autre, on y travaille, on y préserve le matériel mis à la disposition. L’enseignant est le garant du respect de ces lois, censées permettre le fonctionnement coopératif de la classe : « Le reste peut changer lors d’un conseil. La sanction ne peut pas empêcher de travailler et doit respecter l’enfant et respecter son matériel. Cela ne va jamais être un travail aliénant mais une « mise à l’écart » du groupe pour permettre aux autres de travailler. La sanction suprême, la plus dure, ça revient pendant une semaine à travailler de manière traditionnelle. Tu ne bouges plus et tu ne choisis pas ton travail. » La réflexion sur les sanctions est inversée : « S’il y a trop d’écarts à la règle, c’est qu’il y a un problème de règles, c’est que c’est trop coercitif. Si trop d’élèves ne sont pas autonomes, c’est que, quelque part, l’envie qu’on donne aux gamins n’est pas suffisante. Si le travail dont il est privé est libérateur, il aura envie de retrouver le groupe. »
La recherche d’autonomie pour l’enfant n’est pas incompatible avec la place prépondérante de l’adulte : « L’autonomie fait partie d’un apprentissage. Le revers de la médaille, c’est que ça marche moins bien si l’adulte n’est pas là. Notre part dans la mise en place des procédures et techniques est prépondérante. » Conscients de la contradiction possible entre autonomie et omniprésence de l’adulte, les enseignant-es diminuent donc leurs interventions progressivement au cours du cursus scolaire. Les plus grands « commencent à être capables de savoir ce qu’on fait de ce qui est ramené ».
En bref...
La place de l’adulte « À terme, notre utopie pédagogique peut être en contradiction : en quoi faudrait-il arriver à se mettre plus en retrait ? C’est un choix assumé car nous sommes conscients des limites de temps et d’espaces. »
L’école et son milieu « Ils [les élèves] ne déposent pas leur valise en arrivant et gardent ce fond de violence subie. » (Sylvain Hannebique)
Sur l’équipe enseignante La rotation des tâches permet aux enseignant-es d’effectuer le travail généralement réservé au directeur. C’est pourquoi la prime de direction est partagée. En ce qui concerne la coordination du travail, des réunions ont lieu chaque semaine, c’est une organisation horizontale.
Sur l’école et son quartier L’intégration dans le quartier se fait notamment avec l’association Caramel qui jouxte l’école, mais surtout avec les parents, qui peuvent participer. « S’intégrer » au quartier nécessitait un travail de compréhension du milieu populaire qui entoure l’école. En effet, pas question de « modifier la composition sociologique de l’école. Il peut y avoir des effets pervers, car ces écoles peuvent attirer la « bourgeoisie de gauche », des gens attirés par ces pédagogies et qui ont les moyens de les choisir. Cela modifie le profil du travail. » C’est pourquoi la part des « non-Monsois » est fixée à 10%.
Freinet, 1933 « On ne prépare pas l’homme à l’activité par la passivité, à la liberté par l’obéissance autocratique, à la réflexion et à la critique personnelles par le dogmatisme qui imprègne les livres de nos écoles. Nous voulons une école où l’enfant se prépare à la vie à venir. » « Tout, dans la vie, se fait par tâtonnement expérimental »
Edito du dossier éducation
Célestin Freinet, pédagogue révolutionnaire http://labrique.lil
Une pédagogie alternative en milieu populaire
Une journée classe dans une école Freinet
A propos du travail de l’équipe de recherche qui a suivi le projet
[1] Les mutations dans l’école se font au sein et par le mouvement Freinet et l’ICEM (voir encadré Freinet).
[2] Équipe de plusieurs enseignant-es Freinet qui ont TOUS repris les postes de l’école depuis 2001 (voir interview).
28 Commentaires sous cet article
Du positif ?? On se croirait dans le meilleur des mondes... "La violence est résorbée"... Mais bien sur !! Comme si l’école allait changer la vie. Comme si ce texte ne présentait pas l’institution parfaite de la pacification sociale. S’il donnait juste un peu plus dans la ’coopération’, le ’autogestion et autorité’ ou dans le ’travail libérateur’, il décrirait très bien les prisons suisses contemporaines...
Franchement, en quoi est-ce positif ? Une école, c’est vraiment fait pour être perfectionnée ?
à 00h00, donc la solution c’est pas d’école ? Quelle soit libertaire ou pas ?
Déjà je vois pas en quoi cette école est libertaire pour un sous ! Ensuite, l’enfermement obligatoire ne sera jamais la solution.. et ce quelques soient les photos "artistiques" qu’on pourra voir au début des articles sur le sujet...
Oulaaa. Une école Freinet, c’est bien une piste possible dans un monde où l’école est encore obligatoire.
quelle forme d’éducation est alors possible ? désolé je ne suis que dans l’interrogation mais l’école Freinet me semble être une alternative, 00h00 je réitère ma question quelle forme d’éducation alors ?
Education ? Elevage tu veux dire... Désolé je crois pas en l’intégration républicaine, du coups je vois pas l’intérêt d’une école obligatoire et unique sur le modèle prof/élèves.
bin justement elle n’est pas unique l’école, l’article prouve qu’il y a différentes formes. toi tu stigmatises ce que tu ne veux pas : modèle prof/élève, obligation. Le reste ça aurait beau t’intéresser, comme ça rentre dans un cadre que tu n’aimes pas et bien tu t’en fous tu n’y portes pas d’intérêt. Il faut que tout te convienne du début à la fin, du centre à la périphérie, sinon tu boudes ? Quant à tes comparaisons "élevage", "prisons", et oui les enfants sont des lieux clos, obligés d’y rester la journée, et oui les coures de récréation et les enseignements peuvent faire penser à un gavage concentrationnaire. De là à enlever tout et dire ça n’a pas lieu d’être, il y a une marge. Mais toi qui critiques et qui a réussi à prendre de la distance avec cette institution, je suppose que tu as eu la chance d’éviter l’école, et tu trouves que tous ceux qui y sont passés sont devenus complètement écervelés et insensibles et qu’ils ne sont pas capables d’avoir un positionnement politique valable.
"Mais toi qui critiques et qui a réussi à prendre de la distance avec cette institution, je suppose que tu as eu la chance d’éviter l’école, et tu trouves que tous ceux qui y sont passés sont devenus complètement écervelés et insensibles et qu’ils ne sont pas capables d’avoir un positionnement politique valable."
Je pige pas. Pas besoins de chercher à attaquer l’autre, ou à me faire remercier l’école, c’est pas parce que tu es un enfant du capitalisme ou de la république que tu dois le respect à ces derniers !
Non l’école m’a pas fait du bien, et c’est justement ça qui me permet de la critiquer. L’école plus qu’ailleurs (ou au moins autant) m’a apprit à me voir comme un mec quand elle apprend à d’autres à se voir comme des nanas ; elle m’a apprit la discipline, le respect de l’ordre et de la loi, la contrainte du groupe, la pression de la norme, et m’a enseigné le racisme et la honte d’être l’autre ; elle m’a apprit l’enfermement, la punition, la compétition et la culture du travail et de l’utilité ; elle m’a montré l’horaire, l’histoire officielle, la science et de quelle façon devaient fonctionner ma tête et mon corps.
L’école n’est pas toute seule pour tout ce travail, mais elle fait partie prenante de ce que je veux voir en cendre pour reconstruire dessus.
Après on a pas le même avis, c’est pas grave, faut pas te mettre dans cet état...
l’alternative serait ? ...
L’alternative ?! On croirait une phrase de politikar genre : "un mal pour un bien"...
Franchement, venez pas me demander par quoi je remplacerai l’école, parce que je reconnais même pas cette question, c’est en dehors de mon champs de raisonnement !
Et puis quoi ? Sans cette belle institution c’est la fin du monde ? C’est l’anarchie, l’anomie ou ce que vous voulez ? Fini l’identité nationale, les diplômes, l’histoire et la langue officielle, le citoyen... ôohh zut ! je vais pas m’en plaindre c’est sur !!
J’y crois pas de cette question : genre par soucis d’efficacité (toujours..), si t’as pas mieux à proposer il faut surtout pas lutter contre ce qu’il se passe ? Si la lutte ou la contestation ne visent pas à imposer un système clôt ou à proposer une alternative elles sont stériles ? J’en ai marre de ce raisonnement qui crache sur toute critique.
Je préfère lutter contre ce qui m’oppresse et après seulement me demander comment je pourrais faire sans. C’est deux logiques différentes. Perso, je légitimerai jamais cette horreur qu’est l’école (dont personne n’a jusqu’à présent osé m’en dire les avantages et intérêts) sous prétexte que j’ai peur d’imaginer un monde sans. De la même manière que je chie sur l’institution familiale par exemple : sans me poser en réformateur.
Après c’est sur que ça peut être vu comme une volonté de fuir le débat ou les responsabilités. Je ne me sens pas légitime et/ou à la hauteur pour le premier, et les secondes j’en veux pas.
la réussite des écoles dites "freinet" issues de l’expérience de Vence est justement qu’elle remet en cause, à long terme l’Ecole et l’institution scolaire.
Proposer une forme d’éducation permanente, continue, coopérative, et construite ensemble par ceux qui restaient figés dans des rôles d’enseignant/enseignés est en soi une réussite. Donc on peut déblatérer sur l’école reproductrice qui, dans tous les cas se contentent d’assurer de transmettre normes et valeurs de la société qu’elle sert ; n’empêche qu’elle permet d’imaginer et de développer une autre forme d’Education, et ce sur d’autres bases : émancipatrices.
Je vois pas quoi associer deux termes si différents que Autogestion et Autorité est émancipateur. Moi je vois que de l’arnaque dedans.
Je suis pas d’accord sur le fait que l’école se contente de transmettre les normes et valeurs de la société : l’école fait bien plus que cela, elle est l’une des bases de cet ordre et l’un de ses outils les plus indispensables.
Oui mais Élisée Reclus disait "L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre"...Il n’a pas d’excuse : il était géographe. Mais On va vraiment finir par ne plus croire personne.
non mais la vous le faites vraiment exprès !
c’est sur que développer et promouvoir une autre forme de pédagogie, d’apprentissage et d’éducation pour permettre (entre autre, et c’est avant tout comme cela qu’il faut le voir) d’entrevoir et/ou réfléchir à quelle forme d’éducation et d’enseignement pourrait être mis en place dans un monde libertaire c’est complètement idiot et inutile.
De toute façon certains ne sont jamais contents.
Oui oui l’école ne fait pas que transmettre les valeurs et les normes, elle fait aussi assimiler par tous le capitalisme l’autoritarisme etc etc... je vois pas trop la différence mais bon.
en tout cas merci aux commentateurs pour votre leçon sur l’école. ^^
En tout cas, vu que le capitalisme ne tombera pas demain (suffit de lire indymedia lille pour s’en convaicre), je suis bien content de voir qu’il existe des alternatives à l’école traditionnelle, parce que vu que les gosses doivent tous sans exception aller à l’école et que ça, y’à que les libéraux qui pourront le changer (et eux, ils le feront nous foutre encore plus dans la merde), autant aller vers le moins pire, et développer le moins pire, tant qu’à faire.
Et puis ça m’énerve ces pseudos nanards soit-disant antisexistes anticapitalistes en attente du grand soir… eh mec, si t’es un tant soi peu « libertaire », t’es censé avoir pigé depuis longtemps que la grande révolution qui met deux heures trente à transiter du capitalisme libéral à l’anarchie écolo, c’est de la merde en boite que le spectacle nous fait bouffer à toutes les sauces. La subversion, le changement de système, ne se fera pas d’un seul coup, mais peu à peu… et ce sont les initiatives comme cette école qui font changer les choses, quoique tu en dises…
La révolution se fera par tâtonnements. …
"Et puis ça m’énerve ces pseudos nanards soit-disant antisexistes anticapitalistes en attente du grand soir… eh mec, si t’es un tant soi peu « libertaire », t’es censé avoir pigé depuis longtemps que la grande révolution qui met deux heures trente à transiter du capitalisme libéral à l’anarchie écolo, c’est de la merde en boite que le spectacle nous fait bouffer à toutes les sauces. La subversion, le changement de système, ne se fera pas d’un seul coup, mais peu à peu… et ce sont les initiatives comme cette école qui font changer les choses, quoique tu en dises…"
Très bien. Puisque l’insulte fuse, et que la verve s’emballe, je vais garder mon calme et rester dans mon personnage de "nanard soit disant antisexiste" (bien que je ne me soit ni défini comme anar, ni comme antisexiste).
Je suis pas assez con pour penser que il suffit d’attendre le grand soir qui aura une salle gueule de toute façon, surement pas libertaire, surement pas antisexiste, surement pas antiraciste. La subversion dont tu parles ne me paraît par contre pas pouvoir venir d’une institution ("t’es censé avoir pigé ça depuis longtemps, mec").
Ensuite, le problème de cet ordre de merde c’est pour moi sa capacité à se reproduire, sans cesse, et toujours sous des formes différentes et avec des légitimités différentes. A mon humble avis de "pseudo-je-sais-pas-quoi", quand quelqu’un ne s’extasie pas devant une école citoyenne de merde, émet des critiques qui ne sont jamais débattues - sauf dans le registre "t’es con, tu propose quoi, fait mieux, etc.." - et se fait remettre systématiquement à sa place par des chiens de garde et insulté de fossoyeur spectaculaire du libertarisme, la reproduction du système est parfaitement assurée. Je suis débile, irresponsable et faut juste que je ferme ma gueule.
Alors quoi que j’en dise, on s’entendra pas, je cherche pas un moindre mal, je cherche la critique systématique de tout ce qui me fait du mal - cette école ne m’apparaissant pas comme un rempart contre la merde violente et raciste que j’ai subis et que je subis ailleurs, ni comme un rempart contre toutes les autres merdes inhérentes à l’école et dont je ne vais pas refaire la liste.
Après, a part ceux qui y réussissent, je vois pas qui se plait dans une école... même faussement libertaire.
Je ne connais pas l’école Freinet de Mons en Baroeul. Mais, quand j’étais môme, j’ai eu la chance d’être scolarisé dans une école qui, tout en n’ayant pas de statut particulier et ne se revendiquant d’aucune pédagogie particulière, était animée par une équipe d’enseignantEs pour qui j’ai gardé beaucoup d’estime. J’étais un enfant très turbulent car grandement perturbé par un milieu familial déficient (père alcoolo et mère dépressive). Les instits que j’ai eu eu de la maternelle au CM2 m’ont beaucoup aidé. Ils étaient très respectueux de ma personnalité, pas du tout autoritaristes (même s’il y a eu des moments de tension intenses suite à mes pétages de plomb) et je garde un très bon souvenir de l’école. J’ai fait plein de trucs que je n’aurai jamais fait dans le cadre familial (classe de mer, classe de neige, atelier théâtre et même un atelier rap). Cela s’est gâté au collège où j’ai beaucoup souffert, mais grâce aux armes que m’avaient données les instits de mon école primaire (je pense notamment aux habitudes de travail en autonomie), j’ai réussi à aller jusqu’au Bac pro.
Heu ?!!
A ceux ou celles (16h42 en partiKulier) qui expliquent que même les écoles comme celle décrite ici ne servent qu’à avilir notre belle humanité ;
Qui expliquent qu’on va tout casser et qu’après on pourra réfléchir à ce qu’on mettra à la place...
C’est bien joli tout ça, mais heureusement qu’un système scolaire vous a permis d’acquérir les bases de la communication écrite.
Sinon vous n’auriez même pas pu participer à cette discussion.
Et puis, l’argument qui vous fermera vos bouches pleines de haine envers tous les systèmes d’apprentissage, c’est pas moi qui vous le donnerai, mais vous-même, si un jour vous avez des gamins dont vous avez à gérer l’éducation. Ce jour là vous verrez sans doute l’alternative des écoles Freinet d’un autre oeil.
Ben non justement, 16h42 ne veux pas d’enfant et est bien content de pas devoir se poser ce genre de questions de merde sur l’éducation. Ca veut dire que je suis pas légitime pour parler de l’école ?
Pour moi, l’école (de la maternelle au lycée) a été une bouffée d’oxygène. Le seul lieu, dans mon enfance, où je me suis sentie libre, dégagée de l’emprise familiale (parents très religieux, frères machos, éducation sexiste...) et loin du climat de violence envers les filles qui régnait dans ma cité !
Et ben tant mieux, tout le monde trouve l’école émancipatrice...
J’ai participé (et écrit) à cette enquête sur l’école de Mons. Je trouve ça bien que tout le monde ne soit pas d’accord, justement. Il est vrai que l’institution scolaire peut broyer. L’éducation, et a fortiori l’école, nous ramènent TOUS et TOUTES des souvenirs personnels, pas toujours bons... L’avantage, c’est que tout le monde y est passé, dans ce moule de l’Ecole primaire.
Moi comme les autres, quand on s’est pointé à Mons, on ne peut s’empêcher de se remémorer. Les salles de classes ressemblent beaucoup ... à des salles de classes. C’est un univers, une ambiance quand dès le matin les élèves se ramènent en ordre dispersé sans parler ni trop haut ni trop bas, en tout cas sans "perturber", c’est à dire empêcher la classe de fonctionner. Car l’idée est là : comment trouver un mode d’organisation fonctionnel, collectif et coopératif, qui tend vers un apprentissage effectif. Bien sûr, ce mode d’organisation est fortement lié au travail (cf la référence au mouvement ouvrier), à une certaine idée du "travail libérateur", que certains ne peuvent envisager de cette manière. De même, il est vrai que la vie scolaire dans ce type d’institution tourne aussi beaucoup autour de la notion d’autorité. Si j’en parle en la liant à l’autogestion, c’est car cette autorité découle d’un choix collectif concernant les "lois de vie", un "choix des règles" qui bien sûr s’impose comme dans tout lieu collectif autogéré, à des individu-es (ce qui me semble normal, sauf pour tout personne se disant "individualiste" au sens anarchiste du terme). Cela peut être considéré comme un problème, d’autant plus que la part de l’enseignant est prépondérante, voire irremplaçable.
A ceux et celles qui sont sceptiques sur l’idée même d’école, on peut rétorquer que des écoles comme celle-ci, ou d’autres pratiquant d’autres pédagogies censées "émancipatrices", sont très largement minoritaires. De nombreux "professeurs des écoles" ont certaines pratiques qui tendent vers cet objectif, mais la force de ce projet réside bel et bien dans une mise en pratique totale, avec échanges réguliers entre tous les acteurs et actrices de l’insitution (de l’élève aux agents de service). Cela n’empêche bien sûr pas des échecs ou la perpétuation de certains rapports sociaux qui sont sûrement inhérents aux sociétés humaines plus qu’à l’école (je pense aux allusions sur le racisme, la hiérarchie la domination...). Les sociétés ont l’école qu’elles méritent quelque part.
Enfin, de là à cracher sur tout ce qui bouge, il y a un pas. Toute école, comme tout projet, est critiquable en soi. Mais il faudrait veiller à apprendre à tenir compte des expériences qui créent des brèches intéressantes. Certains ne voient pas en quoi cette école est libertaire. Disons que le mot est mal choisi. Car elle ne pourrait être libertaire que dans un système fédéraliste, hors Education Nationale. Par contre, qu’elle porte en elle des pratiques libertaires, en tout cas autogestionnaires et respectueuses des personnes, c’est déjà pas mal ? Concernant "l’enfermement obligatoire" (avec sortie quand même...ne confondons pas tout), c’est clair que c’est une contrainte et que cette question n’est pas débattue (à ce que je sache), étant donné la loi et les consignes des inspections académiques. Pour ceux qui parlent d’élevage ou d’intégration républicaine, c’est un faux débat. Toute société éduque, on peut appeler ça élevage ou émancipation. Par contre, l’intégration républicaine n’est pas je pense un objectif de ces enseignants. Que certaines valeurs (égalité liberté fraternité racisme capitalisme...) soient récupérées par l’école républicaine ne veut pas dire qu’elle ne peuvent être développées de façon différente dans ces lieux. Enfin, il n’y a pas a strictement parler de "modèle profs/élèves", les apprentissages se faisant dans la coopération, le "prof" jouant surtout un rôle de coordination. Indispensable certes, mais cela n’empêche pas chaque jour des enfants de proposer des créations littéraires, artistiques ou autre, ou de discuter de points qui ne leur vont pas (notamment les règlements de conflits).
Freinet ça part d’un bon sentiment mais ça ne tient pas la route, a fortiori dans les secteurs scolaires défavorisés… tout comme Montessori et Summerhill… Il y a quelques trucs à prendre mais l’ensemble n’est pas applicable… bien sûr c’est un vieux con de réac qui vous dit ça. N’empêche que du Freinet on en bouffe à toutes les sauces dans les IUFM et bientôt à la fac grâce à une mafia de soixante-huitard(e)s attardé(e)s qui s’autoproclament profs de didactique (traduisez “brasseur/ses de vent, escrocs, branleur/ses”)…
ça part pas d’un bon sentiment mais de pratiques réelles (ou alors tout système d’éducation part d’un bon sentiment et la discussion s’arrête là) Après qu’on en bouffe à l’iufm c’est une autre histoire, mais comme expliqué dans l’article le fait que vous en bouffiez à l’iufm ne donne aucun gage sur ce qu’on vous inculque... Et je le répète, pour les élèves défavorisés ici, "ça marche". Après s’entêter à ne pas vouloir voir cela, où et comment ça marche, c’est ta liberté...de réac certes.
Le groupe scolaire "Concorde" de Mons-en-Baroeul (école maternelle Anne Frank et école élémentaire Hélène Boucher) est implanté au coeur de la ZUP de Mons-en-Baroeul (un quartier particulièrement populaire). La quasi totalité des enfants accueillis par ce groupe scolaire est issue de ce qu’on appelle les milieux sociaux "défavorisés". Lorsque plusieurs instits "Freinet" de la région ont proposé à l’Inspection académique de se regrouper dans une seule et même école, ils/elles ont précisé qu’ils/elles souhaitaient le faire justement dans une école de quartier populaire car, à la différence d’autres mouvements pédagogiques, l’ICEM (institut coopératif de l’école moderne, le nom officiel du mouvement Freinet) a toujours intégré cette dimension sociale à sa pratique pédagogique.
Quant à dire que "du Freinet on en bouffe à toutes les sauces dans les IUFM", je ne suis absolument pas d’accord. La place des pédagogies émancipatrices (personnellement, je préfère ce terme à "pédagogies libertaires") est réduite à la portion congrue, voire même complètement absente de la formation des enseignantEs. Par contre, il est vrai qu’un certain nombre de formateurs/trices intervenant dans les IUFM sont proches du courant de rénovation pédagogique incarné par exemple par Philippe Mérieux (ce n’est pas une critique, juste une information).
alternatives (économies alternatives)
éducation (luttes sociales)
ecole freinet - une pédagogie alternative en milieu populaire
super cet article ! enfin du positif dans ce monde de brutes ! merci