lundi
21 mai 2012
20h00 : Cantine & Infotour Anti-THT
jeudi
24 mai 2012
18h30 : Réunion publique à thème libre du CCI
vendredi
25 mai 2012
19h30 : La place des lesbiennes et des meufs trans dans la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie
mercredi
30 mai 2012
06h30 : Covoiturage depuis Lille pour soutenir les camarades de Calais
08h30 : Rendez-vous le mercredi 30 mai au TGI de Boulogne-sur-Mer pour soutenir nos camarades
samedi
2 juin 2012
15h00 : The Last Border Sound (31 mai,1 et 2 juin)
19h00 : Soirée de la mutuelle des fraudeurs
vendredi
15 juin 2012
19h00 : Projection-débat sur l’université expérimentale de Vincennes le 15 juin à Lille
Ne plus payer
La campagne proposée autour de ce thème est à la fois le prolongement et l’inversion des luttes centrées sur la revendication du revenu garanti. Pour comprendre cela, il faut se souvenir que dans les années 1960, ce qui était porté comme mot d’ordre par les militants de Potere operaio était « salaire politique ». Ce qui voulait dire : un salaire égal pour tous, et comme tel radicalement déconnecté de la productivité. Un salaire, donc, qui ne serait pas calculé à partir des nécessités du développement du capital. On parlait alors de « luttes contre le développement ».
Mais ces luttes ne pouvaient se mener que si la classe ouvrière comprenait sa fonction à l’intérieur de ce développement. Elle en était le moteur, non seulement dans l’effectivité du travail, mais aussi dans les luttes elles-mêmes dès lors que celles-ci ne débordaient pas du cadre keynésien qui les contenait - on ne parlait pas encore de « partenaires sociaux », mais c’est bien ce qu’avait installé un tel cadre.
Pour que les luttes ouvrières ne soient pas condamnées à demeurer des facteurs de développement du capital, elles devaient parvenir à opérer réellement ce que les dialecticiens avaient pensé abstraitement : la classe ouvrière devait parvenir à se « nier » elle-même. Ce qui signifie qu’elle devait se détruire elle-même en tant que force productive. De la revendication d’un salaire politique était alors indissociable le mot d’ordre : refus du travail.
D’une certaine manière, le capital - envisageons-le comme une sorte de Sujet unifié, même si c’est une fiction - a trop bien entendu cette revendication. Mais il l’a entendue de telle sorte qu’elle lui a permis de se recomposer. Au mot d’ordre « refus du travail », la réponse du capital aura été : indistinction tendancielle du travail et du non-travail. Du fait de cette indistinction tendancielle, ce qui définit l’activité productive ne peut plus être le temps passé sur les lieux de travail. Car ceux-ci se nourrissent de tout ce qui est mis en œuvre, expérimenté, appris par les uns et les autres en dehors des lieux de travail. Mais cela, le capital ne peut le dire clairement : il doit encore faire croire que le travail, c’est ce qui se passe sur les lieux de travail, et c’est ce qui s’arrête à la fin du temps quotidien passé sur ces lieux. Il doit maintenir la fiction de la valeur-travail, y compris dans ses tournures morales (« le travail, c’est le sens de la vie », disent en substance Jospin, Royal, Fillon et le PCF). Contre cette fiction, les militants qui ont centré leur action sur le revenu garanti ont dit : il faut dissiper les mirages du travaillisme, et pour cela obliger le capital à reconnaître qu’il exploite le temps même de la vie des individus, leurs expériences, leurs affects, leurs relations les plus intimes. Autrement dit, il faut parvenir à nous faire reconnaître comme force productive, que nous soyons salariés, chômeurs, précaires, étudiants ou intermittents.
La valeur d’une hypothèse se mesure à la grandeur de l’impasse qu’elle rencontre. Ici, l’impasse aura été de solliciter une disposition révolutionnaire tout en l’inscrivant dans une démarche qui ne pouvait convenir à cette disposition, ou qui n’en permettait pas l’expression. Le travail militant centré sur le revenu garanti avait pour visée de reconstituer les conditions d’une conflictualité de classe, mais sans l’auto-négation qui faisait le caractère proprement révolutionnaire de l’ancienne forme de la conflictualité de classe - celle du mouvement ouvrier. Se faire reconnaître comme classe productive, c’était poser l’horizon d’un « nouveau New Deal », et par là même éviter les impasses radicalistes des années 1970. Il ne s’agissait donc plus d’activer la logique de la négation ou de l’auto-négation, mais de porter une pensée tout entière « affirmative » : il fallait donc revenir de Hegel à Spinoza, comme le répète un leitmotiv insistant depuis une trentaine d’années.
Avec « ne plus payer », il s’agit peut-être d’inverser la logique, et de retrouver ainsi quelque chose de ce qui s’énonçait dans les années 1960 : nous devons trouver les moyens de nous « nier » en tant que forces productives. Ceux qui croient qu’il s’agit par là même de repasser de Spinoza à Hegel se trompent.
Mais il s’agit aussi de prolonger ce qui s’est joué avec le travail des militants autour du revenu garanti : on ne peut envisager une telle campagne sans l’enraciner dans un espace de luttes. Et l’espace de lutte privilégié, aujourd’hui plus que jamais, c’estl’espace des mouvements de chômeurs et de précaires. Il suffit d’une dizaine de personnes assemblées à l’appel d’un de ces mouvements pour que la moitié des Pôle Emploi de Paris soit fermée. Les Pôle Emploi sont et seront toujours plus dans les mois à venir l’un des points de vulnérabilité du capitalisme en recomposition. C’est sur de tels points sans doute qu’il faut concentrer notre action.
Nous sommes quelques-uns à penser qu’une concentration de l’action est préférable à une multiplicité de « champs » ou de « terrains » d’intervention. Le capital s’accommode très bien de la multiplicité dispersive, il est en revanche allergique à la concentration.
Il s’agirait donc de parvenir à « nier », ou plutôt à défaire, démembrer, démanteler ce que nous sommes en tant que force productive. Or la figure de la force productive aujourd’hui, c’est avant tout, et aussi paradoxal que cela paraisse au premier abord, celle de l’homme endetté.