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[grenoble] clinatec inauguré par les opposants publié le 1er février 2012
Freescale : comment les syndicats sabotent les efforts des ouvriers pour lutter

La direction de Freescale (ex Motorola), à Toulouse, a annoncé le 22 avril la fin de la production à Toulouse, ce qui représente plus de 800 licenciements, auxquels se rajoutent ceux du secteur de la téléphonie, 250 personnes et ceux de l’importante sous-traitance sur la région. En tout, cela va concerner plus de 3000 salariés. Cela intervient quasi en même temps que la fermeture de l’usine de Crolles, près de Grenoble, celle d’East Kilbride en Ecosse ainsi que celle de Sendai au Japon. Cette “restructuration” doit être réglée avant fin 2011.

Il s’agit là d’une des nombreuses attaques aux conditions de vie de la classe ouvrière que le capitalisme en faillite lui réserve. Pour les familles frappées par les licenciements, ici comme ailleurs, c’est l’angoisse d’une perspective de misère car chacun sait que s’il parvient à retrouver un travail, il y a de grandes chances pour que ce soit un emploi de survie sous payé. Pas étonnant que ces ouvriers, eux aussi, aient ressenti ces annonces comme un grand coup sur la tête. Lancer immédiatement un appel à la solidarité des autres ouvriers de la région, cela n’est même pas évoqué par les syndicats, ce qui n’est pas fait pour nous étonner, mais qui est à souligner. Les ouvriers, eux, sous l’impulsion d’une minorité d’entre eux, vont développer des efforts pour organiser leur lutte.

Leur première réaction est qu’il ne faut pas se faire d’illusions sur le discours de la direction concernant les reclassements. D’ailleurs, début mai, lorsque le directeur réunit l’équipe de nuit (l’usine fonctionne en 6 équipes) pour lui présenter le cabinet conseil qui allait s’occuper des reconversions, il est pris à partie par les ouvriers qui lui demandent s’il ne se moque pas d’eux, le traitant de menteur. La quasi-totalité des 120 ouvriers présents ce soir-là se sont levés et ont quitté la salle. Face à la colère qui se développe, la direction et les syndicats orientent vers des AG par équipe. Parmi les ouvriers, les plus combatifs proposent qu’une fois par semaine il y ait une AG commune afin que les décisions soient prises collectivement. Cette proposition recueille l’accord des ouvriers et les syndicats sont obligés de suivre. Face aux divisions syndicales bien connus, les ouvriers demandent aux syndicats de laisser de côté leurs querelles et de s’unir en intersyndicale, pensant par là qu’ils seraient mieux défendus. FO, UNSA, CFE-CGC, CGT, CFDT et CFTC annoncent alors comme une grande réussite qu’ils sont d’accord pour créer une intersyndicale. Cette intersyndicale propose que chaque équipe élise 4 délégués chacune afin d’assister, comme observateurs, aux négociations avec la direction. Il deviendra clair pour beaucoup d’ouvriers qu’il s’agissait là d’une ruse des syndicats ayant pour but de faire semblant d’accepter que les ouvriers participent, tout en les transformant en simples observateurs. Cela leur permettait de garder le contrôle total sur les événements. Face à cette ruse, une minorité d’ouvriers interviendra dans l’AG pour défendre la souveraineté de celle-ci, dire que c’est elle qui doit décider et non l’intersyndicale. Cela recueillera l’approbation d’une partie des ouvriers.

La direction propose alors une série de négociations qui ont lieu chaque jeudi. Évidemment, les négociations n’avancent pas. Direction et syndicats les font traîner pour démoraliser les ouvriers. Les querelles entre les syndicats se réveillent bien opportunément afin de commencer à organiser la division. La majorité des ouvriers est exaspérée. A la mi-mai, l’AG de l’équipe de nuit décide de ne plus laisser les syndicats mener les discussions et décident qu’il revient aux ouvriers de porter eux-mêmes leurs revendications à la direction. Cela est discuté à l’AG commune qui suit, celle du lundi. C’est alors que la majorité des syndicats déclare qu’elle ne reconnaît plus la souveraineté de l’AG et appelle ses adhérents à des AG parallèles dans le but de faire des “propositions constructives à la direction  !” (cela permettra en effet à la direction de trouver les propositions de FO très constructives  !). La CGT et la CFDT, quant à elles, déclarent qu’elles continuent à reconnaître la souveraineté de l’AG (mais nous le verrons, pour mieux reprendre les choses en main). Du coup, à cette AG, ce sont les ouvriers délégués par chacune des équipes qui mènent les débats. On y parle d’interpeller la direction sur la lenteur des négociations et de menacer d’organiser l’AG devant l’usine pour faire connaître le mouvement.

A l’AG commune suivante, il est discuté d’un communiqué-tract à distribuer autour de soi ainsi qu’à la manif du 13 juin, occasion pour essayer de rencontrer d’autres ouvriers. L’idée du tract est acceptée mais les syndicats, en fait, vont essayer de ne pas le porter à la connaissance des médias pour y substituer leur propre communiqué. C’est sous la pression des ouvriers qu’ils le feront.

Face à l’impasse des négociations qui perdure, la colère des ouvriers les pousse à des débrayages pendant lesquels ils vont distribuer leur tract aux automobilistes qui passent devant l’usine. Au cours de ces distributions, de nombreux ouvriers manifestent leur solidarité. Mais la conscience de la nécessité d’une recherche active de solidarité avec les autres ouvriers n’est encore qu’embryonnaire et les syndicats l’étoufferont rapidement. De fait, pour la manif du 13 juin, les syndicats avaient préparé leur coup, et il a marché. Ils distribuent des sifflets aux ouvriers lesquels, au lieu d’aller parler avec ceux de Molex par exemple, se défoulent avec leurs sifflets, toute discussion étant ainsi impossible. Les ouvriers n’ont pas réussi à dépasser ce barrage syndical.

Le 18 juin, la colère domine encore. Une grève éclate, elle durera 72 heures. Une fois terminée, les syndicats vont essayer de la faire redémarrer, alors qu’on est à la veille des vacances, dans le but évident d’épuiser les plus combatifs. Une minorité rappelle alors que la dernière AG avait dit que ce n’était plus, à la veille des vacances, le moment de lutter dans l’isolement total. Des syndicalistes les accusent alors d’être contre la lutte. L’un d’eux tentera même d’en découdre physiquement. Mais devant le vote de l’AG qui se prononce contre la grève maintenant, ce dernier se sentira obligé de s’excuser, ce qui sera l’occasion de faire une déclaration bien accueillie par l’AG sur le fait qu’entre ouvriers, on essaie de se convaincre, mais on n’en vient pas aux mains.

Quelle pourra être la suite à la rentrée  ? CGT et CFDT ont repris les choses en main. Il n’y a pas encore une conscience suffisamment claire de ce que représentent les syndicats et du fait qu’ils sont des rouages de l’Etat au sein de la classe ouvrière. Mais une réflexion commence.

Pendant les 72 heures de grève un ancien ouvrier de cette usine est venu apporter sa solidarité et a raconté la grève de 1973 en disant notamment  : “nous, on n’avait pas fait confiance aux syndicats et on s’était organisé entre nous” et cela a frappé les ouvriers.

Oui, il faut garder le contrôle des AG et réaliser que ce qui constitue une force  : la solidarité ouvrière. La distribution du tract aux automobilistes et l’accueil chaleureux reçu montrent que cette solidarité existe potentiellement et qu’il nous faut la développer  (1). Il ne s’agit plus alors de la lutte des Freescale, des Molex ou des Conti, mais d’une lutte de la classe ouvrière. Et cela seul fait peur aux entreprises et à l’Etat, et donc aux syndicats. Cela nous permet de renforcer la confiance en nous.

G - Courant Communiste International - www.internationalism.org

1) Non comme le proposaient les syndicats en allant se montrer au Tour de France cycliste  !


Article publié le 21 septembre 2009
Commentaires
  • Communiqué du 20 septembre dernier de la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA) au sujet de l’actualité de la lutte chez Freescale :

    À Freescale comme ailleurs, l’État défend le Capital

    Jeudi 17 septembre le tribunal a autorisé la direction de Freescale à recourir à la force publique pour rétablir la libre circulation des marchandises produites dans l’usine de Toulouse, ce qu’elle a fait dès le vendredi matin. Les salarié-e-s en grève depuis deux semaines ont décidé de maintenir les piquets de grève aux entrées de l’usine tout en levant le blocus afin d’éviter l’affrontement avec les CRS. On peut compter sur la vitalité et la détermination des travailleurs en lutte pour mener d’autres actions dans les jours qui viennent, en particulier en convergence avec les autres boites mobilisées de la zone.

    La CGA est solidaire de tous les salarié-e-s qui refusent la fatalité des licenciements et qui par leurs actions montrent clairement qu’ils ne sont pas dupes des discours qu’on leur sert sur la crise et les adaptations nécessaires à la reprise.

    Les choses sont extrêmement claires aujourd’hui :
    * aux banquiers et aux industriels, l’État distribue l’argent des contribuables,
    * aux salarié-e-s qui luttent avec détermination l’État distribue les coups de matraques, les assignations au tribunal, et les condamnation pénales comme pour les six de Continental.

    A très court terme il est nécessaire que les salarié-e-s s’opposent fermement aux licenciements en faisant tout pour qu’ils coûtent le plus cher possible aux patrons, en argent mais aussi en nuisances. Au delà de cette indispensable résistance, il est urgent que l’ensemble des producteurs se saisissent de la question de la production, de son contrôle et de ses finalités.

    Spéculation, profits, accumulation de capital sont des fléaux qu’il faut éradiquer. C’est aux producteurs-consommateurs qu’il appartient de décider de ce qu’ils produisent pour le bien commun. Pour cela il faudra mettre fin au régime des exploiteurs et des profiteurs. Pour cela il faudra mettre en place une société sans profit, fondée sur l’égalité économique et sociale. Pour nous barrer la route il y a et il y aura l’union sacrée de l’État et du Capital qui nous criminalise et nous réprime. Il n’y a pas d’autre alternative que de lutter pour les renverser.

    Vive la lutte sociale ! Non aux licenciements ! Solidarité avec les salari-é-e en lutte !

    le 20 septembre 2009
    Relations Extérieures
    Coordination des Groupes Anarchistes

    Le communiqué est disponible au format pdf ici :
    http://www.c-g-a.org/public/modules…

  • une autre information que cette "analyse" anti-syndicale primaire, décourageante au possible, par ceux-là même qui se battent et pas qu’au clavier

    salariés contre « freesquale » !

  • Pour répondre au commentaire de P.Bardet sur la soit-disante analyse anti-syndicale.

    Il y a une réalité aujourd’hui à Freescale : toutes les tentatives de prise en main autonome des AG ont été sabotées (les syndicats ont même empêché à des militants révolutionnaires extérieurs à la boite de prendre la parole), de même les tentatives d’extension des ouvriers on été transformées en des réunions comme à Molex juste avant sa fermeture avec des ouvriers découragés ou à Toulouse sur un rond point avec des ouvriers d’autres usines fortement encadrés par les syndicats, d’ailleurs les prises de paroles ont été strictement syndicales.
    Aujourd’hui les ouvriers de Feescale sont embarqués dans des opérations coup de poings qui n’apportent rien d’autre qu’un côté spectaculaire, où ils se retrouvent peu nombreux, les autres étant bien souvent écoeurés.
    A qui devont nous cette façon d’organiser la lutte notamment à la CFDT, dont les dirigeants ne sont autres que des militants de LO.

    Alors s’il y en a qui veulent encore faire l’apologie des syndicats comme PB après cela !!!

  • grave nouvelle, et les "révolutionnaires" en peau de lapin savent toujours sur qui il faut frapper

    A qui devont nous cette façon d’organiser la lutte notamment à la CFDT, dont les dirigeants ne sont autres que des militants de LO.

    c’est aussi con comme réflexion que ceux de la CGT qui accusent les Contis d’être manipulés par le NPA

    Pour retourner la question : pourquoi les ouvriers ne font-ils pas plus confiance aux prétendus révolutionnaires ?

    Je serais parfaitement d’accord pour dire qu’il faut déborder par l’action les directions syndicales

  • Je pense que la critique des syndicats cogestionnaires du Capital comme la CFDT, la CGT, etc. ne signifie pas que la base des syndicalistes est aux ordres du dit capitalisme, de son patronat et Etat bourgeois. La question est bien de savoir pourquoi de plus en plus de prolétaires ne se retrouvent plus dans les syndicats et leurs dirigeants ? Le débordement de plus en plus régulier effectué par la base est l’archétype même de ce ras-le-bol envers le réformisme syndical comme politique, qu’il soit de gauche comme d’extrême gauche. L’anticapitalisme, ce n’est pas pratiquer la politique de l’autruche et celle du compromis avec l’ordre bourgeois (négociations, conciliations, élections…), c’est bien au contraire oeuvrer à un travail de longue haleine afin de détruire complètement l’édifice sociétal actuel, sa bureaucratie, son Etat, ses frontières, sa justice, police, armée… la liste est longue. L’idéal révolutionnaire pour l’auto-organisation et l’émancipation de la classe ouvrière est plus que jamais d’actualité contrairement à ce qu’en pense M. Bardet…

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