Le Comité International de la Croix Rouge (CICR) avait informé le Pentagone des mauvais traitements infligés aux prisonniers dans la prison d’Abu Ghraib cinq mois avant que les images atroces ne soient traitées par les médias américains, validant ainsi les accusations du CICR.
Au lieu de remercier le comité pour sa prescience, les médias de droite ont démoli les motivations et les découvertes de l’organisation humanitaire au lendemain du scandale.
Après avoir considéré les photos comme « peu différentes de ce qui se passe lors de l’initiation des Skulls and Bones », Rush Limbaugh s’est demandé si les interrogatoires, dans lesquels les prisonniers avaient été complètement déshabillés et menacés par des chiens d’attaque, n’avaient pas été encadrés par le CICR.
« Le CICR n’[est] pas suffisamment pris au sérieux du fait qu’il ne mérite plus sa réputation de neutralité, ont écrit Lee Casey et David Rifkin dans le Washington Times, en dépit des trois Prix Nobel de la Paix et des 141 ans d’histoire de l’organisation basée à Genève. »
Aujourd’hui, un rapport confidentiel du CICR, dont avait d’abord parlé le New York Times la semaine dernière, affirme que l’armée américaine soumet actuellement des détenus étrangers à Guantanamo Bay à des violences psychologiques et physiques qui sont « assimilables à de la torture ». Au lieu de réfuter ces nouvelles découvertes importantes, les médias conservateurs ont intensifié leur campagne de dénigrement.
« La Croix Rouge Internationale déteste l’Amérique » a entonné Limbaugh le 30 novembre. D’après un récent gros titre du Washington Times, « Les analystes du Pentagone attaquent la partialité anti-américaine de la Croix Rouge ». « Selon certaines mentalités, Al-Qaida avait une similitude morale avec les Etats-Unis, affirme un conseiller du Pentagone préférant garder l’anonymat. » La rédaction du Wall Street Journal écrit que le CICR est « devenu un organisme idéologique incapable de faire la distinction entre le bien et le mal. » « Pourquoi exactement les Etats-Unis verseraient-ils 200 millions de dollars par an à ce groupe de pression gauchiste ? », c’est la question de Kate O’Beirne, du National Review. Le New York Post accuse la Croix Rouge indépendante américaine d’être associée à certains noms, demandant un boycottage du financement des deux organisations.
Le CICR est simplement la dernière victime en date de l’animosité virulente de la Droite envers les institutions internationales. « C’est un euphémisme de parler de prudence en ce qui concerne le CICR, affirme Michael Ratner, président du Center for Constitutional Rights, en ce qui concerne l’engagement du groupe envers la neutralité. Pour que le CICR utilise les termes ’assimilables à de la torture’ signifie que les accusations sont très sérieuses... Mais, au lieu de s’occuper du message, on [les médias de droite] s’en prend au messager. »
Alors que les accusations folles et les tentatives d’étouffement de l’affaire continuent de pleuvoir, les premiers incriminateurs devraient revoir leur position à la lecture d’une page de libre expression du WSJ concernant Abu Ghraib, page rédigée par quelqu’un qui connaît véritablement quelque chose à la torture : le sénateur John Mc Cain.
« Il est indispensable de se rendre compte que la Croix Rouge et les Conventions de Genève ne menacent en aucun cas les soldats américains ; elles les protègent. Nos soldats vont au combat en sachant que s’ils font des prisonniers, il existe des lois qui les protègeront ainsi que des observateurs internationaux impartiaux qui mèneront leur enquête... Nous nous distinguons de nos ennemis par le traitement que nous leur infligeons. Si nous abandonnions les principes de conduite en temps de guerre auxquels nous nous sommes engagés librement, nous perdrions le statut moral qui rend l’Amérique unique dans le monde. »
La machine bruyante de droite ne peut que s’en prendre qu’à elle-même pour la chute libre morale de l’Amérique.
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