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De la poudre de perlinpinpin dans les yeux de Martine

Lille 2004 capitale culturelle de l’Europe, vous en avez entendu parler ? En tout cas, Martine Aubry et Didier Fusillier l’ont fait. Et bien fait, si l’on en croit les éloges dithyrambiques qui paraissent ça et là, dans la presse régionale bien sûr mais aussi dans la presse nationale. La Mairie de Lille et le directeur cumulard (également directeur de la scène nationale du Manège à Maubeuge, de la Maison des Arts à Créteil etc…) de Lille 2004 se frottent les mains : Oui, Lille 2004 aura été un grand succès touristico-commercialo- culturel et populaire !

Un grand succès commercial et touristique Les promoteurs de Lille 2004 le répètent à tout va : le succès est là ! Mais l’opération était avant tout une opération où la culture ne sort pas forcément grandie. Ce qui comptait de toute façon et avant tout c’était de vendre l’image de la ville : On sait qu’aujourd’hui au niveau international, il y a des classements, prenant en compte toute une série de critères pour juger que telle ou telle ville est attractive, séduisante, qu’elle va plus ou moins attirer les entreprises, parce qu’il y a un TGV, un aéroport, un port à proximité. Parce qu’elle a une image agréable, festive, l’image d’une ville ou il fait bon vivre, où viennent travailler des gens dans des bureaux, donc ou l’on construit des bureaux, où viennent se promener des touristes donc qui dépensent de l’argent. On sait qu que pour gravir ces classements, il faut faire parler de sa ville, autour de grands évènements, comme par exemple Lille 2004, ou bien encore La candidature de Lille pour organiser les JO de 2004 qui avait été portée un peu avant par les mêmes gens - on les appelle les décideurs - qui ont ensuite monté la candidature pour devenir capitale culturelle européenne. On est bel et bien dans une stratégie, on est sur un marché, le marché de la collectivité publique et donc de l’espace public. Cela paraît évident en le disant, mais cela vaut le coup de le repréciser. Désormais, et dans le cadre libéral, rien n’est censé échapper au marché, Pas plus l’espace public qu’autre chose....

Des questions sans réponse Et c’est comme cela que l’on instrumentalise la culture pour vendre l’image de la ville … Quitte à mettre de côté certaines questions. Notamment la question de ce que c’est qu’une action culturelle. Parce que hormis, prôner « un nouvel art de vivre » et cela à tout bout de champ, on sera restés sans réponse quant à la question de l’ambition que s’est donnée « Lille 2004 » de mener une action culturelle qui se place dans une dynamique d’accès à la culture pour tous ou de promotion des pratiques artistiques. Pas de réponses non plus quant aux garanties de fonctionnement qui seront données demain aux « maisons folies », lieux équipés à l’occasion de Lille 2004. Quelles garanties de fonctionnement démocratique qui feront de ces lieux, les maisons des habitants et des artistes ?

Un événement festif et populaire ? A l’heure des bilans, Lille 2004 et ses représentants développent également l’argument : L’année a été une réussite, un événement festif et populaire. Là aussi on peut s’interroger . Qu’est ce qui est populaire dans l’événement ? Si il suffit de prévoir un événement à deux vitesses, où l’on rempli certes les musées mais avec des touristes, où il y a d’un côté des opérations de prestige (Un Opéra tout neuf mais sans tarif chômeurs, des représentations du Cirque du Soleil avec des places allant de 25 à 50 euros) et de l’autre côté des gros évènementiels où l’on convoque toute la population, une fois par trimestre, pour faire du nombre mais en une seule fois (700.000 personnes pour la parade d’ouverture à Lille, il y a un an, le 6 décembre 2004) , un beau feu d’artifice et le tour est joué, alors oui à ce moment là, Lille 2004 a été une réussite populaire. Parce qu’une action culturelle, un développement culturel cela se mène en profondeur, ça n’a pas forcément le même impact. Et peut-être que c’est dépassé. En tout cas, c’est ce que semble penser Didier Fusiller, lui qui en 97 disait au magazine la scène dans une interview : Je ne crois plus du tout à l’évangélisation à tout prix, au fait d’aller dans les classes prêcher la bonne parole du théâtre. Nous n’intervenons qu’auprès des jeunes ou des adultes qui s’inscrivent déjà dans la démarche de venir au théâtre. C’est un accompagnement, ce n’est jamais pour convaincre le public de venir.

Tout cela s’accompagne d’un processus parallèle d’effacement d’un aspect : la mémoire des luttes collectives et de l’identité ouvrière de la ville de Lille : le Nord tout gris c’est fini proclament les organes officiels du pouvoir ! La population est certes convoquée pour faire la figuration et le nombre, les aspects les plus folkloriques de cette mémoire ouvrière sont convoqués (Carnaval de Dunkerque ou Géants du Nord), mais l’histoire industrielle et des luttes de la région, ainsi que ses énormes difficultés d’aujourd’hui sont délibérément masquées par l’événement

Vendre la ville aux entreprises Car il faut avant tout, et c’est l’enjeu principal de la chose, vendre la ville. Et avec un deuxième enjeu en filigrane, celui de montrer à un monde de l’entreprise très frileux que la culture ça peut faire vendre. A tel point que en 2003, en recevant ces fameuses entreprises qui ont sponsorisé l’affaire, Martine Aubry aura été jusqu’à leur dire : « Lille 2004 est entre vos mains »… On aura ainsi été très frappé par le soin apporté à mettre en évidence les opérations sponsorisés par des entreprises. Ça aura été jusqu’à avoir les panneaux d’entreprises dans des théâtres, ce qui était une grande première. Parce que les entreprises, quand elles investissent, c’est pour que ça leur rapporte, en terme d’image. C’est pas désintéressé. Et c’est comme cela que l’espace public se retrouve colonisé… Et puis ces entreprises, elles choisissent. Elles ciblent leur public, comme on dit. Même si ça frise parfois la caricature, comme les soirées à l’opéra sponsorisées par la firme automobile Mercedes. Parfois cela frise même le cynisme , comme lorsque la chaïne d’hôtels Accor (qui met à disposition ses hôtels dans les zones de transit des aéroports pour y retenir les sans papiers) sponsorise un spectacle sur l’xeil et l’émigration. On aura pu voir aussi, sur la rue de Shangaï de pacotille installée rue Faidherbe à Lille, sur un écran vidéo géant, entre des images de paysages de Chine, des images de l’hypermarché que Carrefour y a installé. Et là, en tant que citoyen, qui paie des impôts pour que soit organisées des manifestations de ce type, on peut ne pas être d’accord.

A lors Lille 2004 une réussite ? Oui une réussite certaine quant à la fréquentation des hôtels, quant au contentement des commerçants d’un centre ville avides d’attirer le touriste néérlandais ou parisien, et puis une réussite programmée d’avance ne serait-ce que par la politique de communication délirante mise en place, mettant l’accent sur le partenarait avec les médias… Des médias qui se prêtent plus ou moins complaisamment au jeu, ou qui deviennent carrément de véritables partenaires d’opérations de communication. Et c’est ainsi que la presse locale, (excepté le journal communiste Liberté), mais aussi des gros morceaux de la presse nationale, comme France Inter et Télérama seront devenus des agences de com au service de l’événement. Et à partir du moment où des accords économiques sont ainsi conclu, (avec par exemple une double page chaque semaine dans la voix du Nord), comment peut-on espérer une information indépendante, sur par exemple les ratés de la manifestation dans son ensemble ou de la parade d’ouverture en particulier, le 6 décembre ?


publié le 12 décembre 2004  |   Auteur : marco ardemer  |   Imprimer

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