lundi
13 février 2012
09h30 : APPEL AUX INDIGNé-E-S DES SUPPRESSIONS DE POSTES ET DE CLASSES DANS L’éDUCATION NATIONALE
mercredi
15 février 2012
19h00 : Apéro Brique : Le sport à la moulinette de la critique sociale
jeudi
16 février 2012
18h30 : "Pour une démocratie réelle maintenant" ? Non, tout le pouvoir aux exploités !
vendredi
24 février 2012
19h00 : Les Sentiers de l’utopie
La voie d’Oaxaca…par Mumia Abu-Jamal
La voie d’Oaxaca Lettre de Mumia Abu-Jamal sur Oaxaca Par Mumia Abu-Jamal
Il y a quelques semaines, un long et poussiéreux cortège constitué de
milliers personnes ondula de la ville méridionale d’Oaxaca vers la
capitale Mexico, parcourant une distance de 800 kilomètres, pour soutenir
la démocratie et exiger la démission du gouverneur qui s’est emparé du
pouvoir grâce à une élection profondément corrompue.
Les marcheurs, une multitude bariolée de professeurs, étudiants, paysans,
commerçants et autres, avancèrent sur ce chemin tortueux, à travers les
montagnes et les vallées, affrontant des pluies battantes, une chaleur
torride et un froid glacial, marchant ainsi pendant 19 jours pour apporter
leurs doléances au siège du gouvernement.
Le groupe, autoproclamé Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (ou APPO,
acronyme espagnol pour Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxaca), a
secoué tout le Mexique de par son obstination inflexible à revendiquer que
les élections soient vraiment justes et exemptes de corruption, et que la
volonté du Peuple soit respectée.
J’ai lu ce qui se passait à Oaxaca pendant plusieurs semaines, et à chaque
fois que je lisais quelque chose là-dessus, je pensais aux Américains, qui
ont tranquillement accepté les élections corrompues de 2000, et de 2004,
comme des agneaux qu’on aurait mené à l’abattoir.
Car les élections volées de 2000 en Floride, puis de 2004 dans l’Ohio, ont
causé des dommages sans précédent à la notion même de démocratie, brisant
la foi de millions de personnes dans le processus électoral.
Le peuple d’Oaxaca, bravant non seulement les éléments naturels mais aussi
politiques, jusqu’au terrorisme des instruments de l’Etat (violence de la
police et de l’armée), a prouvé par sa marche et ses protestations que la
vraie démocratie revêt une importance immense pour le peuple.
L’APPO, qui a insufflé la résistance dans tout Mexico et dans d’autres
parties du pays, a engendré une crise politique de la nation en
revendiquant avec ferveur la destitution du gouverneur d’Oaxaca, Ulises
Ruiz, et la restauration de la démocratie.
La crise résulte du fait que plusieurs des partis politiques du pays font
tout leur possible pour faire taire, dévier ou intimider le peuple ; car
s’il sort victorieux (ils le craignent), il y aura deux, trois, une
douzaine d’Oaxaca à travers tout le pays.
Oaxaca, bien qu’étant l’Etat le plus pauvre du Mexique et l’un de ceux
ayant la plus grande proportion de population indigène, inspire des gens
bien au-delà des limites du Sud mexicain.
La résistance d’Oaxaca est née de la répression, quand le gouverneur Ruiz
ordonna à la police de donner l’assaut contre le piquet de grève du
syndicat des professeurs d’Oaxaca en juin. Les professeurs battirent en
retraite et, au bout de quelques jours, plus de 300 000 personnes
participèrent à une marche pour soutenir le syndicat. De ce soutien large
et massif naquit l’APPO, l’Assemblée Populaire. La crise continue que
traverse le Mexique pourrait pousser les forces sociales à se joindre aux
expériences radicales de l’APPO, ou pourrait laisser la porte ouverte à la
terreur menaçante des « instruments de l’Etat . » Pour être clair, ce qui
a commencé dans la répression pourrait bien se terminer dans encore plus
de répression ; mais cela ne se produira pas, quand bien même cela ne
signifierait pas pour autant la fin.
Car les forces issues de l’APPO ne sont encore qu’un frémissement, prêt à
jaillir dans un autre Etat, où les travailleurs et les pauvres luttent
pour résister aux forces féroces de la globalisation.
Quand les pauvres sont maltraités, quand les travailleurs sont mal payés,
les conditions de la résistance existent d’ores et déjà.
Et tandis que la tentation de l’Etat d’utiliser ses instruments « brutaux
» grandit, il est très probable que l’étincelle de la résistance se
maintienne et s’attise.
Oaxaca ouvre la voie, et les exemples de résistance populaire indigène au
Mexique, comme l’APPO et les zapatistes, ainsi que diverses luttes dans
toute l’Amérique latine, l’ouvrent aussi.
Le peuple d’Oaxaca doit être soutenu, pas seulement par les paroles mais
aussi par l’organisation de mobilisations similaires contre des élections
irrégulières et corrompues, par tous les peuples du monde.
Et cela devrait commencer aux Etats-Unis.
Depuis le couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal.
Traduction : Mari http://infos.samizdat.net/article43…