Quelques questions après la défaite de la gauche en France ét en Belgique.
Les Français ont laissé filer une chance historique de pouvoir choisir pour la première fois une femme à la tête de leur république et de choisir le Changement. Car avec un homme placé qui fait partie depuis des années de l’establishment régnant, on peut difficilement continuer à croire qu’ils ont choisi le changement.
En outre, Sarkozy a été préféré sur un programme clairement anti-gauche. "Le secret brûlant : chemin avec la gauche ?", titrait De Morgen (journal néérlandophone belge) le 7 mai. Ce que la question sous-entend : pourquoi la gauche est-elle si (souvent) impopulaire ?
Est-ce parce que la gauche n’a pas les médias ? Cela joue certainement. Les médias sont essentiellement dans les mains des groupes disposant de moyens financiers importants et ils ne votent pas à gauche. Ils font bien joyeusement de la propagande pour la super-antisociale "taxe unique". En Belgique, nous n’avons plus de véritable journal quotidien de gauche. Mais les médias véritablement gauchistes ne sont pas voire n’ont jamais été vraiment populaires ...
La cause se trouve-t-elle alors dans la nature de la bestiole humaine elle-même ? Plutôt être délicieusement égoïste que de tenter l’effort de la solidarité. Plutôt croire les charmants mensonges d’enjoliveurs comme Berlusconi, Bush et Sarkozy que de pouvoir réfléchir de manière critique au sujet des autres.
Mais on peut pourtant aussi voter à gauche par intérêt personnel ? Pour la conservation et le développement de la sécurité sociale, de la prestation de services publics (du courrier jusqu’aux transports en commun), des dispositions des enfants, des retraites ... Pourquoi la gauche ne pourrait-elle pas "facilement" diffuser ce message ?
La cause de l’échec ne se trouve-t-elle pas également dans l’échec de la gauche elle-même ?
Échec parce trop peu d’ouverture d’esprit à exprimer, à comprendre clairement et à résoudre les nouveaux défis de la globalisation.
Échec aussi parce que la gauche trahit souvent ses propres idéaux. Que penser d’un Vande Lanotte ("socialiste" flamand) qui emmène notre société nationale de téléphone vers la bourse et comprend volontiers que le grand patron de Belgacom , Didier Bellens (auparavant déjà Top-manager à RTL), soit milliardaire ? Que penser d’un SPa qui se prononce contre les salaires exorbitants des grands patrons et qui, dans la même semaine, reconnaît que ses "leaders historiques" Willy Claes et Karel Van Miert, siègent tous deux dans l’administration de Carrefour ? Doit-on s’étonner que de tels gens issus des hautes sphères - Vandelanotte est, par exemple, aussi "professeur", papa Vandenbossche siège dans l’administration de l’aéroport de Zaventem, etc - perdent le contact avec la masse des travailleurs qui préfèrent voter extrême droite ? Quand ces gens égoïstes - les dirigeants socialistes - qui devraient servir l’intérêt général, choisisent de servir surtout leur intérêt personnel, comment le citoyen ordinaire pourrait-il alors encore croire en l’intérêt général ?
Après, la victoire de Sarkozy est maintenant assise sur un problème, non seulement avec la gauche, mais aussi avec le reste. Aussi, les "vrais" libéraux sont embêtés. Dans De Morgen du samedi 5 mai, l’idéologue Dirk Verhofstadt (frère du Guy V.) plaidait ouvertement en faveur de Ségolène Royal parce qu’en tant que "vrai libéral", il n’aimait pas Sarkozy, entre autres pour son "effrayant point de vue sur les étrangers". Mais le lundi 7 mai, Le Soir titrait bien "Sarkozy imposera le libéralisme à la France". N’impose-t-on pas surtout aux Français Nicolas Sarkozy lui-même ?
Jan-Pieter Everaerts
2007 (élections)