http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_du_17_octobre_1961
« Massacre du 17 octobre 1961 désigne la répression ayant frappée une manifestation pacifique en faveur de l’indépendance de l’Algérie à Paris. Selon les estimations, entre 32 et 325 Maghrébins sont morts sous les coups de la police française, alors dirigée par le préfet de police Maurice Papon. Des dizaines de manifestants ont été jetés dans la Seine, tandis que d’autres sont morts dans des centres de détention dans lesquels ils sont restés enfermés pendant quatre jours. Nié par les plus hautes autorités de l’époque, le massacre n’a commencé à faire l’objet de recherche qu’à partir du milieu des années 1970 et n’est vraiment devenu largement connu que lorsque Maurice Papon perdit un procès en diffamation contre un historien en 1999. »
Même si l’ampleur des arrestations et les violences utilisées ne sont pas les mêmes, il est difficile de ne pas penser avec angoisse au massacre du 17 octobre 1961 en lisant les compte-rendus de la tentative d’occupation par les sans-papiers de l’Espace International à Lille le 15 juin 2007. ( http://lille.indymedia.org/spip.php?article9418 )
Dans les deux cas, il s’agit d’un manifestation pacifique, dans les deux cas il s’agit de protester contre le choix par l’Etat de rendre la vie impossible à des personnes, parce qu’elles "viennent d’ailleurs" (couvre-feu pour les “français musulmans d’Algérie” en 1961, refus de la régularisation et traque incessante pour les sans-papiers aujourd’hui).
Dans les deux cas, le contexte est lourd de racisme et de xénophobie : Organisation Armée Secrète contre l’indépendance de l’Algérie en 1961, qui pèse puissamment sur l’Etat français, et aujourd’hui le racisme décomplexé, récupéré du Front National par la droite victorieuse aux élections de Nicolas Sarkozy.
Dans les deux cas, parce qu’il fallait une organisation importante, il était nécessaire que l’action soit décidée et organisée par la préfecture (Maurice Papon à Paris en 1961, Daniel Canepa pour le Nord Pas-de-Calais actuellement) et soutenue ou initiée par le pouvoir politique qui la commande (Debré et de Gaulle en 1961, Fillon et Sarkozy aujourd’hui).
Dans les deux, la police s’y est donné à cœur joie :
« Comme d’habitude les flics ne se sont pas privés de donner des coups lors de l’évacuation. Mais ils se sont également pas privé de faire des humiliations : prise de photos de sans pap avec les téléphones perso, doigts levé (fuck !) d’une voiture en passant près des soutiens... flash ball sorti devant une cinquantaine de personne encerclé et avec des intentions pacifiques... ils se lachent de plus en plus. » ( http://lille.indymedia.org/spip.php?article9417 )
Et dans les deux cas il n’y aura vraisemblablement de la part des institutions médiatiques et politiques que l’indifférence et le mutisme pour couvrir cet évènement.
« Au lendemain de la manifestation, une partie des journaux reprend tel quel le bilan officiel : 3 morts, 55 blessés, les policiers se sont défendus face à des manifestants agressifs et armés. Parmi les plus virulents contre les Algériens, France-Soir, Paris-Presse, L’Aurore et Le Figaro se félicitent de l’action de la police. [...] Rares sont les journaux à réfuter immédiatement le bilan gouvernemental. L’Humanité et Libération seront de ce nombre, avec plus ou moins d’audace. [...] Beaucoup, à l’instar du Monde ou de La Croix s’en tiennent à la version officielle accompagnée de quelques doutes timides. Par la suite, ils rendront progressivement compte des exactions commises[...]. » (de wikipedia)
En 1961 la presse était sous la menace de la censure, mais pendant les décennies qui suivirent, les politiques qui n’avaient pas cette "raison" de se taire, soit à droite soutiendront l’action de la police, soit ailleurs se tairont, soit en parleront mais en tout cas aucun parti ne donnera à cet évènement l’importance qu’il mérite. Il faudra attendre 15 ou 20 ans pour que le massacre du 17 octobre 1961 soit enfin accepté dans toute l’étendue de son horreur.
Alors aujourd’hui, même si la brutalité et l’ampleur, nous le répétons ne sont pas les mêmes, est-ce que la presse, locale ou nationale, se taira ou soutiendra l’action démesurée de la police ? Est-ce qu’il faudra attendre des années et l’aggravation des violences pour que les politiques, les partis, le peuple se saisissent de l’inhumanité de cette arrestation de masse, dirigée contre des personnes déjà démunies.
Faut-il que les faits deviennent "historiques" pour que les politiques et la presse ou nous, nous osions les "regarder en face" ?!
« Une autre forme de violence fut que Les passant-e-s ne réagissaient pas ou alors pour se plaindre qu’on génait... D’autres nous photographiaient et filmés avec leur téléphone illes pourront rajouter une note sur leur blog, c’est génial, par contre pour montrer du soutien il faudra repasser à plus tard. » (d’indymedia)
Il faut agir pour que ce type de comportement ne soit plus possible. Les groupes de soutien aux sans-papiers, les groupes des sans-papiers, le collectif indymedia et le site http://lille.indymedia.org/, par lequel passent beaucoup d’information et qui est actuellement poursuivi en justice pour cela, sont bien établis, bien organisés, et faciles d’accès. Et ils ont besoin de soutien, de personnes qui diffusent et recueillent des informations, qui soutiennent les action des sans-papiers, témoignent de leur intérêt et de leur solidarité pour ces causes.
Le début de ce soutien, c’est participer aux manifestations, pour rencontrer les personnes impliquées, lire, commenter, compléter par vos contributions le site d’indymedia lille. Vous y trouverez également les liens vers les sites des organisations sus-citées ainsi que les compte-rendus et descriptions de leurs actions.
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