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jeudi
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samedi
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vendredi
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Manipulation et antisémitisme…
Par Wim de Neuter
C’était dans presque tous les journaux et ces images ont fait le tour du monde : une petite fille palestinienne parlant avec un clone de Mickey Mouse sur la chaîne de télévision du Hamas. Ils parlent du martyre, de la lutte armée et de “l’extermination des juifs”. Enfin, on en a la preuve : en Palestine, c’est à la télévision que l’on trouve l’antisémitisme le plus dégoûtant. Mais…
C’est qu’il y a un “mais” à ce récit. Brian Whitaker, journaliste du quotidien britannique réputé The Guardian, est parti à la recherche de l’origine de ces images et du commentaire qui les accompagnait (1). Et il a abouti au Middle East Media Research Institute, ou MEMRI.
Cette “organisation non gouvernementale indépendante”, qui a son siège à Washington, a fourni aux rédactions de la presse écrite et télévisée les images d’un programme pour enfants de la chaîne de télévision du parti palestinien Hamas. Dans le clip, on voit une gamine palestinienne en conversation avec une version orientale de Mickey Mouse. Le tout se déroule en arabe. Et la traduction anglaise a été fournie à titre gracieux et désintéressé par le MEMRI.
Mickey et la petite martyre
“Que pouvons-nous faire pour Al-Aqsa ?”, demande la souris à la fillette. Le prétendu Mickey Mouse suggère lui même la réponse en faisant le geste de tirer.
Mais la fillette répond : “Je vais faire un dessin”.
Traduction du MEMRI : “Je vais tirer”.
La souris insiste et demande : “Qu’allons-nous faire ?”
La petite répond en arabe : “Bidna nqawim”. Ce qui veut dire : “Nous allons résister”.
Traduction du MEMRI : “Nous allons nous battre”.
La souris poursuit : “Et après ?”
La petite Palestinienne répond “Bitokhoona al-yahoud” (“Les Juifs vont tirer sur nous” ou “Les Juifs tirent sur nous”).
Traduction du MEMRI : “Nous allons exterminer les Juifs”.
La souris a encore une question : “Nous allons défendre al-Aqsa de toute notre âme, de notre sang, n’est-ce pas ?”
Réponse de l’enfant : “Je serai une martyre” ou “Nous deviendrons des martyrs”.
Traduction du MEMRI : “Je commettrai le martyre”.
Le martyre fait hélas partie du quotidien des enfants palestiniens. Un martyr est toute personne qui a été tuée par l’armée d’occupation israélienne ou par les colons juifs. Et il y en a quotidiennement un certain nombre (on estime à 5.000 morts palestiniens depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000).
Mais le MEMRI transforme la réponse de la fillette en quelque chose de tout à fait différent : « commettre le martyre » signifie faire un attentat-suicide.
‘Eduquer à la haine’
Tout au long de ce récit - même en tenant compte des méchantes falsifications du MEMRI - un Occidental se posera la question : ce genre de conversation a-t-il sa place dans un programme pour enfants. Notre raisonnement est en gros le suivant : “Que les enfants restent des enfants et la dernière chose à faire pour un adulte est de faire du lavage de cerveau politique aux enfants”.
Que peut-on répondre à cela ? La seule chose à faire dans ce cas est de vouloir comprendre la situation dans sa globalité. La société palestinienne est, dans son ensemble, victime de l’occupation militaire israélienne. Toute la société israélienne est concernée par cette occupation, depuis la mobilisation politique de l’élite israélienne jusqu’au militarisme illimité de l’Etat. Même dans l’état juif, les enfants n’y échappent pas. Dans son livre remarquable “Les Emmurés” (2), le journaliste du Monde, Sylvain Cypel, en donne une série d’exemples choquants.
En décembre 2001, un réserviste de l’armée israélienne a apporté une liasse de lettres à la rédaction du Yedioth Aharonot, le journal le plus populaire d’Israël. Des dizaines de lettres que son unité avait reçues d’enfants de l’enseignement primaire.
“Cher soldat”, commençait une de ces lettres, “je dois vous demander une faveur : svp, tuez beaucoup d’Arabes. Je prie pour que vous rentriez sain et sauf à la maison. Faites-le pour moi : tuez-en au moins dix. Ne vous préoccupez pas des lois : un bon Arabe est un Arabe mort.” Un cas isolé ? Absolument pas. Sylvain Cypel raconte l’histoire d’Abraham Burg, l’ancien président du parlement israélien (la Knesset) et de l’”Agence juive”, un des piliers du projet colonial sioniste en Palestine. Burg lui a raconté une visite qu’il avait faite à un lycée : “Les élèves me disaient, ‘lorsque nous serons soldats, nous tuerons des vieillards, des femmes et des enfants. Nous voulons chasser les Arabes du pays, nous voulons les mettre dans des avions et les envoyer en Irak. Des centaines de milliers, des millions à la fois’. Et la plupart de leurs camarades de classe se sont mis à les applaudir”.
Cypel parle également de l’une des premières recherches sur la façon dont les Palestiniens sont décrits dans la littérature pour enfants en Israël. L’étude a été menée en 1985 par Adir Cohen, un pédagogue israélien réputé. Il a étudié 1.700 livres pour enfants parus après 1967. Dans 520 de ces livres, on donne une image très négative des “Arabes”. Dans 66% des livres, l’”Arabe” est présenté comme “violent”, dans 52% comme “méchant”, dans 37% comme un “menteur”. Cohen avait lu 34 livres pour enfants où l’”Arabe” apparaît comme un meurtrier. Et dans nombre de livres israéliens pour enfants, l”Arabe” est décrit avec les tendres qualificatifs de “serpent”, “bête”, “sale”, “sanguinaire”, “va-t-en-guerre”.
Le problème c’est qu’Israël et une bonne partie de la presse en Occident parlent, à raison mais surtout à tort, de l’ « antisémitisme » des Palestiniens et des Arabes, de l’éducation des Palestiniens qui “enseignent la haine à leurs enfants”. Quant au racisme de l’état d’Israël, de son enseignement, de ses médias et de ses éditeurs, on assiste à un chaste silence, dans toutes les langues.
La guerre psychologique
Des intellectuels palestiniens comme feu Edward Saïd ou son confrère algérien Mohammed Arkoun ont constamment mis en garde de ne pas faire du conflit palestino-israélien une guerre de religion et de bien faire la distinction entre sionisme et judaïsme, entre sionistes et juifs. Saïd le faisait parce qu’il voyait régulièrement dans le discours fondamentaliste dans le monde arabe et en Palestine des expressions d’un racisme anti-juif. Mais le problème est plutôt – et l’incident avec le clone palestinien de Mickey Mouse l’illustre bien – que l’antisémitisme est devenu partie intégrante de la guerre psychologique et de l’offensive idéologique de l’état d’Israël. Toute personne qui s’insurge contre la politique de l’état d’Israël se voit accusée d’antisémitisme. L’image que le monde occidental doit se faire du Moyen Orient est celle d’une horde d’antisémites fanatiques, qui complote non seulement contre l’état d’Israël mais aussi contre toute la civilisation occidentale. Les images du programme pour enfants de la chaîne de télévision du Hamas ont été manipulées, falsifiées et envoyées à travers le monde par le MEMRI.
Le MEMRI s’est trouvé un “créneau” important sur le marché (bon nombre de journalistes qui écrivent sur le Moyen Orient n’ont pas de connaissance ou une connaissance lacunaire de l’arabe, du persan et du hébreu). Le MEMRI fournit donc gracieusement des traductions anglaises de communiqués de presse du monde arabe, de l’Iran et d’Israël aux rédactions occidentales, aux politiciens, académiciens et autres personnes intéressées. Et l’institut peut compter sur des lecteurs très enthousiastes. Thomas Friedman, le célèbre éditorialiste du New York Times (que l’on peut lire aussi régulièrement dans les pages débat du quotidien flamand De Morgen) est un journaliste influent aux Etats-Unis, avec une opinion bien tranchée sur le Moyen Orient, très proche de celle de la Maison Blanche. Friedman a loué les services du MEMRI comme étant “d’une valeur inestimable”.
Le MEMRI est une composante redoutable de la machine de propagande israélienne, et n’est absolument pas digne de confiance en tant que fournisseur de textes. L’”Institut” a été créé en 1998 par Yigal Carmon et Meyrav Wurmser, deux “durs” du sionisme. Carmon comptait à l’époque une carrière de 22 ans au Mossad, le service de renseignements israélien. Il a aussi été conseiller pour la lutte contre le terrorisme auprès des premiers ministres israéliens Yitzhak Shamir (Likoud) et Yitzhak Rabin (Parti travailliste).
Meyrav Wurmser n’est pas une inconnue non plus. Elle est à la tête du Center For Middle East Policy (mieux connu sous le nom du Hudson Institute). Son ami Richard Perle est aussi membre du conseil d’administration de cet institut. Perle est une des figures principales du néoconservatisme américain et du lobby pro israélien américain, conseiller du Pentagone sous Ronald Reagan et George W. Bush fils.
Wurmser et Perl appartenaient en 1996 au club select qui avait rédigé, à la demande du premier ministre israélien Benyamin Nethanyahu (Likoud) le rapport stratégique ‘A Clean Break : A New Strategy for Securing The Realm’.
Ils y plaidaient pour une intervention militaire rapide contre l’Irak afin de renverser le régime de Saddam Hussein.
Dans un passé récent, le MEMRI s’était distingué avec des analyses en grande partie truquées de manuels scolaires palestiniens. Ces étudent entendaien démontrer que le lavage de cerveaux antisémite opéré par l’enseignement palestinien. La manipulation manifeste et les distorsions des textes arabes par le “service de traductions” du MEMRI sont devenues légendaires. Le Guardian britannique et le mensuel français Le Monde diplomatique ont attiré récemment l’attention sur quelques perles du MEMRI (3). Ainsi, le MEMRI avait traduit un article d’Halim Barakat, professeur à l’université de Georgetown, qui avait paru dans Al-Hayat, un journal arabe publié à Londres. Chaque fois que Barakat utilisait dans son texte les termes “sionistes” ou “sionisme”, le MEMRI le traduisait systématiquement par “juifs” et “judaïsme”.
Le titre ‘This monster created by zionism : autodestruction’ est devenu, dans la version du MEMRI, ‘Jews have lost their humanity’. Après que cet article ait paru sur le site web du MEMRI, le professeur Barakat a reçu une avalanche de mails haineux et sa démission de l’université de Georgetown a été demandée ouvertement. Le mufti de Jérusalem a eu droit, lui aussi, à un traitement de faveur du MEMRI. Dans un entretien, le religieux islamique devait répondre notamment à la question : “Quelle est votre attitude face aux activistes juifs qui bouclent la mosquée al-Aqsa à Jérusalem”. Le MEMRI a traduit la question de la façon suivante : “Quelle est votre attitude face aux Juifs ?”
La manipulation du programme télévisé pour enfants du Hamas n’est qu’un dernier exemple dans la série. Cette information a été reprise à travers le monde par les télévisions et les journaux. Des journaux flamands de qualité l’ont également relayée – presque sur une page entière dans De Morgen. On attend encore une rectification.
Journalistes, académiciens, et tous ceux qui seraient tentés de se baser sur des documents fournis par le MEMRI, sont avertis !
(1) Brian Whitaker, ‘Arabic under fire. A child on Hamas TV talked of annihilating the Jews… or did she ?’, The Guardian 15 mai 2007.
(2) Sylvain Cypel, ‘Les Emmurés. La société israélienne dans l’impasse’, La Découverte, Paris, 2005., p. 104 et p. 358. (voir www.uitpers.be, numéro 72, février 2006.)
(3) Brian Whitaker, ‘Selective MEMRI’, The Guardian, 12 août 2002. Mohammed El Ofi, ‘Désinformation à l’israélienne’, Le Monde diplomatique, septembre 2005.
http://www.intal.be/fr/printfriendl…