MAI 2026 A CALAIS envoyé le 31/05/26 - Locales
AVRIL 2026 A CALAIS envoyé le 01/05/26 - Locales
MARS 2026 A CALAIS envoyé le 01/04/26 - Locales
FEVRIER 2026 A CALAIS envoyé le 01/03/26 - Locales
Semaine antinucléaire à Lille du 18 au 22 mars envoyé le 03/02/26 - Locales
JANVIER 2026 A CALAIS envoyé le 01/02/26 - Locales

1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ... | 13

Nouveau site : Sobriete.noblogs.org envoyé le 27/10/24 - Analyses
De la Palestine au monde entier : octobre 2024 envoyé le 14/10/24 - Analyses
J’avais envie de m’en foutre toute ma vie, d’Israël et de la Palestine envoyé le 14/10/24 - Analyses - 2 compléments
Tue le flic dans ta poche envoyé le 13/10/24 - Analyses

1 | ... | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ... | 20

[noborder] après le blocage de lesquin, 30 heures de garde-à-vue

Le blocage

Mercredi 24 juin, 5h15 du matin, une petite trentaine de personnes débarquent au camp pour étrangers de Lesquin, plusieurs sautent l’enceinte extérieure, certain.e.s s’enchaînent à l’unique grille d’accès avec des lock-ons, tubes en métal dans lesquels les bloquer.euses passent leur bras et s’accrochent.

Toute la flicaille locale étant à Calais, il faut une heure pour réunir la quarantaine de policiers, venus de Lille, Roubaix, Tourcoing, qui arrêtent toutes les personnes non-enchaînées. Les pompiers sont aussi sur place, ils observent longuement le système d’enchaînement puis passent à l’action : ils découpent à la disqueuse les lock-ons, sans blesser les gens enchaîné.e.s (à part quelques égratinures). Vers 7h30, le camp de Lesquin est de nouveau fonctionnel et les 26 participant.e.s à l’action sont emmené.e.s au commissariat de Lille.

Les objectifs de cette action étaient doubles : d’une part empêcher les expulsions de migrants prévues ce jour-là, qui ont habituellement lieu vers 6h, et d’autre part montrer que des actions de ce type, plusieurs fois réalisées avec succès en Belgique, étaient possibles en France, même et surtout lorsque l’Etat mobilise un énorme dispositif policier pour empêcher toute action de soutien aux migrants. Il y a beaucoup de choses, positives ou négatives, à dire sur cette action, sur la manière dont fut gérée la préparation, l’arrivée au camp de détention, les interactions avec les flics, l’efficacité des lock-ons, les potentielles inculpations judiciaires, le prix répressif à payer, etc etc. On s’en tiendra à constater, en regard des actions précédentes, que le blocage a été extrêmement court, 2h au lieu de 6 à 8h, et que cela n’a probablement (?) pas empêché effectivement des expulsions, ce qui était le but principal de l’action. Néanmoins, l’action de blocage a eu lieu : les flics n’étaient pas au courant et le dispositif sécuritaire régional a été contourné, au plus grand désagrément de tous les officiers de police et autres responsables haut placés que nous avons eu le "plaisir" de croiser.

La garde-à-vue

Commençons par dire qu’elle débutait sur de très mauvaises bases : une nuit blanche et une fatigue inévitable pour tous les participant.e.s à l’action. Ajoutons un stress inhabituel pour les quelques personnes n’ayant que rarement été confrontées à la force policière et à l’enfermement, et pour celles dont le lock-on avait été découpé (15 minutes avec la vue cachée, à sentir le tube recouvrant son bras être coupé avec une disqueuse).

Notre trajet dans le commissariat sera le suivant : arrivée en cellule, notification de la garde-à-vue, deuxième cellule, fouille avec confiscation de tous nos sacs, objets et livres, puis arrivée dans la cellule où nous restons le plus longtemps, dont nous ne sortons que pour notre audition, les prises d’empreinte et aller à la toilette située à 2 mètres.

Aussi bien dans l’action que lors de notre garde-à-vue, nous voulions éviter de donner aux keufs la possibilité de nous accuser d’outrage ou de rébellion, les contacts avec les flics seront donc "courtois", on ne s’abaissera pas mais on évitera les provocations, sauf lorsque notre rage face à l’arbitraire est trop importante ou que les flics ne sont pas à même de les comprendre. Si les chefs que nous croisons utilisent l’une ou l’autre pression physique et exhortent leurs hommes de main à "leur en faire baver", le comportement des flics de base ne sera pas outrancier : pas de violence ni d’insultes, juste l’utilisation banale du pouvoir de leur position et de l’arbitraire qui en découle.

Espace temps

Les 6 femmes sont placées dans une cellule avec laquelle nous pouvons plus ou moins communiquer. Les 20 autres sont placés dans une cellule de plus ou moins 5 mètres sur 7. Le sol est en béton, un "banc" en plâtre de 80 centimètres de large longe tous les murs. Pas un rayon de lumière naturelle, juste des néons allumés en permanence. Il y a un système d’apport et d’évacuation d’air qui ne sera jamais branché. A certains moments, la chaleur est oppressante, à d’autres nous voudrions avoir plus de pulls et vestes. Deux caméras ont vue sur toute la cellule. Par chance, nous sommes face à la cabine des matons et nous arrivons à lire l’heure sur leur horloge, nous évitons le vide d’un temps indéfini.

Besoins vitaux

Si les femmes qui ont participé à l’action peuvent bénéficier, après de nombreuses demandes, de matelas, les hommes n’ont pas cette chance. Jamais d’obscurité. Certains arrivent néanmoins à dormir, d’autres ne peuvent pas fermer l’oeil. L’allongement sur le sol en dur et notre fatigue produisent en quelques heures des courbatures, mal de dos et tensions musculaires. Les flics passent régulièrement dans la cellule pour demander à l’un ou l’autre de venir signer un papier, juste histoire de nous tenir éveillés.

On reçoit 3 "repas" par jour. Le matin, 2 biscuits et un berlingo de jus d’orange. A midi et le soir, un ravier plus ou moins préchauffé de boeuf carotte ou de poulet. Infâme nourriture industrielle ne contenant évidement pas la moindre vitamine. Pas de poubelle, tous les restes sont entassés dans un coin et commencent à se décomposer en attendant qu’un flic daigne venir, une vingtaine d’heures plus tard, avec un sac poubelle. Les végétariens ne reçoivent rien pendant 24h. A midi le deuxième jour, un flic ouvertement anticapitalisme et facho leur amènera du bulgour à peine mangeable, mais évidemment mangé avidement.

A part le berlingo du matin, la seule boisson est l’eau chlorée des toilettes quand nous pouvons aller pisser. Nous devons demander pour aller à la toilette et parfois attendre longtemps qu’un flic daigne prendre le temps de nous laisser aller pisser, un par un.

En 30h, nous ne verrons le ciel que lors des 5 minutes nécessaires pour répondre "je n’ai rien à déclarer" à toutes les questions de notre audition.

Renseignements

Certaines auditions sont expéditives, le flic se contentant de poser 3, 4 questions et de noter que nous n’avons rien à déclarer, d’autres durent plus longtemps, les questions se répètent et varient. Mais nous nous en tenons à notre absence de déclaration. C’est surtout en-dehors des auditions, lors des trajets dans le couloir et des prises d’empreinte que les flics essayent d’obtenir des informations, lors de discussions informelles : une question importante au milieu d’autres sans intérêt, un peu de flatterie ou de provocation. Un d’entre nous constatera que les flics lillois sont au courant de son arrestation et des données récupérées (photos, empreintes) deux mois plus tôt, lors d’une arrestation en Belgique. Le fichage européen existe et se porte bien.

Enjeu et processus de libération

A notre arrivée, la plupart d’entre nous refusent de donner leurs empreintes. Après quelques pressions, notamment sur les peines encourues pour ce refus, les flics arrivent quand même à en prendre certaines. A part l’heure de notre libération, c’est le seul enjeu de cette garde-à-vue. Enjeu discutable d’ailleurs, certes cela permettrait de ne pas être obligé de devoir porter des gants lors des actions où nous pensons pouvoir rester anonymes. Mais objectivement, le port des gants est une précaution, une pratique que nous devrions intégrer systématiquement.

Quoiqu’il en soit, lors de notre garde-à-vue, c’est ce point qui a cristallisé la tension. Après le premier passage devant les flics de la technique, une quinzaine de personnes sur les 26 ont refusé de donner leurs empreintes. Pour les obtenir, les flics n’auront même pas à se mouiller trop, ils laisseront simplement opérer les conditions de notre détention, un isolement croissant des détenus et notre fatigue.

2 personnes sont libérées à minuit, après 18h d’enfermement. Vers 4h du mat’, un flic arrive et donne la liste des personnes dont la détention est prolongée. Avant l’action nous pensions que si nous arrivions à éviter toute dégradation et tout outrage, ils ne pourraient pas prolonger notre garde-à-vue (qui est de 24h, reconductible une fois). Erreur, le procureur a tout pouvoir et décide de prolonger pour plusieurs d’entre nous.

Douze personnes, donc certaines n’ont pas donné leur empreintes, sont libérées à 7h. Choix complètement arbitraire. Douze autres qui n’ont pas donné leurs empreintes restent en détention. C’est là que notre volonté se fissure. Nous ne sommes plus très nombreux, trois d’entre nous savent que les flics ont déjà leur empreintes, et la perspective de passer encore une nuit dans cette cage est difficile à accepter. On discute et à 10h lorsque nous repassons à la technique, il n’y a plus que deux personnes qui refusent de les donner, avant de céder un peu plus tard. A 13h, certain.e.s commencent à sortir, les dernier.e.s seront libéré.e.s à 17h, après 34h de détention.

Techniques de résistance à l’enfermement

Pour que cette expérience d’enfermement ne soit pas uniquement négative, il est important de voir les enseignements que nous pouvons en tirer, de voir comment nous pouvons mieux nous préparer pour la prochaine fois. Tentative subjective à compléter...

Au-delà des conditions physiques de détention, c’est l’arbitraire et l’isolement qui ont le plus pesé sur nous, sentir que des individus ont tout pouvoir sur nous. Pouvoir de nous interdire nos besoins fondamentaux, de nous isoler complètement, de décider, dans un certain laps de temps, de notre libération, voire d’utiliser la contrainte physique. C’est là que notre capacité de rébellion est réduite à peau de chagrin. L’isolement, c’est l’isolement par rapport à l’extérieur, ne jamais savoir ce qu’il se passe dehors, si on essaye de nous faire sortir et comment, mais aussi l’isolement à l’intérieur, moins nous sommes nombreux, plus la résistance est difficile.

Par rapport à cela, on ne peut quasiment rien faire. Juste se préparer mentalement. Nous savions que nous risquions 48h de garde-à-vue, mais nous n’étions pas partis de cette durée-là. Nous espérions être libéré.e.s avant, et les libérations progressives n’ont fait que renforcer cet espoir, dangereux en cas de détention. Partir du pire pour être le plus fort possible.

Être fort : Même si cela est rarement possible, passer une bonne nuit de sommeil avant d’aller en action est un avantage énorme pour résister aux pressions en tous genres lors de la garde-à-vue. Notre nuit blanche a lourdement pesé, notamment en enlevant à la plupart d’entre nous l’énergie nécessaire pour faire des exercices durant la détention, exercices qui permettent de s’occuper, de ne pas penser, de garder une possibilité d’action.

Arriver à soustraire un maximum d’objets lors de la fouille : il est relativement simple de dissimuler des petites quantités de tabac, feuilles à rouler et briquets. Essayer aussi d’emmener une pièce de monnaie ou tout autre petit morceau de fer. Cela permet de s’occuper en écrivant des graffitis sur les surfaces en plâtre, voire d’y reproduire le damier d’un jeu de dames. A défaut de morceau de métal, les manches des cuillères en plastique peuvent être utilisées à cet effet.

Physiquement, des étirements ou des massages permettent de se détendre, de se relaxer. Ils sont aussi nécessaires avant tout exercice physique comme des pompages ou des abdominaux : travailler notre puissance physique avec des tensions musculaires renforce ces tensions.

La voix est extrêmement importante. Lorsque nous chantions des chants révolutionnaires et subversifs, l’ambiance dans la cellule changeait complètement. Une certaine joie était là. A certains moments, nous avons commencé des genres de "chants grégoriens", juste laisser sortir des sons, une part de la tension en nous. Par rapport aux chansons, ça a le mérite d’être accessible à tout le monde. Si la rage peut être intéressante à garder pour tenir le coup, elle peut aussi être négative, nous faire approcher de la rupture émotionnelle. Dans ce cas, crier un bon coup, faire quelques exercices ou frapper dans un mur permet de l’évacuer. Enfin, il faut utiliser la parole. Avoir une bonne discussion nous permet de mieux nous connaître et nous sort de l’enfermement. Lorsque l’on se sent à la limite ou qu’on a l’impression que quelqu’un.e s’en approche, il faut parler, cela permet de relativiser la situation, de se nourrir de l’énergie des autres et de retrouver de la force.

No nation No border Fight law & order !


envoyé le 27 juin 2009 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
www.indymedia.org
africa
Ambazonia Canarias estrecho / madiaq Kenya Nigeria South Africa
canada
London, Ontario Maritimes Montreal Ontario Ottawa Quebec Thunder Bay Vancouver Victoria Windsor
east asia
burma Jakarta Japan Korea Manila QC
europe
Abruzzo Alacant Andorra Antwerpen Armenia Athens Austria Barcelona Belarus Belgium belgrade Bristol Brussels Bulgaria Calabria Croatia Cyprus emilia-romagna estrecho / madiaq Euskal Herria Galiza Germany grenoble Hungary Ireland Istanbul Italy La Plana Liege liguria Lille linksunten lombardia London Madrid Malta Marseille Nantes Napoli Netherlands Nice Northern England Norway Nottingham Oost-Vlaanderen Paris/Ãle-de-France Patras Piemonte Poland Portugal Roma Romania Russia Sardegna Scotland Sverige Switzerland Torun Toscana Toulouse Ukraine United Kingdom Valencia
latin america
Argentina Bolivia Chiapas Chile Chile Sur CMI Brasil CMI Sucre Colombia Ecuador Mexico Peru Puerto Rico Qollasuyu Rosario santiago Tijuana Uruguay Valparaiso Venezuela
oceania
Aotearoa Brisbane burma darwin Jakarta Manila Melbourne Perth QC Sydney
south asia
India Mumbai
united states
Arizona Asheville Atlanta Austin Austin Indymedia Baltimore Big Muddy Binghamton Boston Buffalo Charlottesville Chicago Cleveland Colorado Columbus DC Hawaii Houston Hudson Mohawk Kansas City LA Madison Maine Miami Michigan Milwaukee Minneapolis/St. Paul New Hampshire New Jersey New Mexico New Orleans North Carolina North Texas NYC Oklahoma Philadelphia Pittsburgh Portland Richmond Rochester Rogue Valley Saint Louis San Diego San Francisco San Francisco Bay Area Santa Barbara Santa Cruz, CA Sarasota Seattle Tampa Bay Tennessee Urbana-Champaign Vermont Western Mass Worcester
west asia
Armenia Beirut Israel Palestine
process
FBI/Legal Updates Mailing Lists Process & IMC Docs Tech Volunteer
projects
Print Radio Satellite TV Video
regions
United States
topics
Biotech

copyleft Copyleft Indymedia (Independent Média Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.

RSS articlesRSS articles |  Site réalisé avec spip 3.2.19 [24473]
Top