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Premier point de vue rétrospectif sur le camp no border
envoyé le 28/06/09 Mots-clés  sans frontières   contrôle social  

On s’accordera tous pour dire que le dispositif policier déployé à Calais durant cette semaine était des plus disproportionnés, au vu du nombre de militants présents. Et quand bien même nous aurions été plus nombreux, rien n’aurait pu justifier la psychose sécuritaire et les méthodes oppressives que nous avons constatés. Face à cela, nous avons eu beaucoup de plaisir à constater que de nombreux calaisiens et de nombreux migrants ont dépassé la peur ambiante pour nous rejoindre sur le campement et partager avec nous des moments de détente et de réflexion.

En ce qui concerne la logistique du camp, tout à fonctionné relativement bien. Les débats en plénière se sont déroulés dans le respect de chacun et la vie dans le camp était agréable pour tous. Beaucoup ont néanmoins regretté qu’il y ait une si grande inertie dans l’action revendicative. Certains ont d’ailleurs quitté le camp dés le jeudi, exaspérés par l’étau policier et l’apathie de nombreux participants au camp. Beaucoup auraient en effet apprécié qu’on se donne plus les moyens d’accéder au centre ville ou du moins aux lieux fréquentés par la population, en passant les contrôles de façon totalement dispersée pour se rejoindre après – comme ce fut le cas pour l’action du jeudi 25. On aurait pu peut-être envisager plus d’actions en centre ville, par petits groupes, voire de façon plus affinitaire. Le "brainstorming" pour échapper au contrôle des flics n’a sans doute pas été assez efficace.

La rencontre avec les migrants a été pour sa part bien réussie, certains ayant pu aller à leur contact dans les jungles et les inviter à se joindre à nous. Cependant, beaucoup de migrants, notamment afghans, pensaient nous voir tenter l’ouverture du port et ont régulièrement posé des questions en ce sens. Il est assez difficile d’évaluer s’ils ont été déçus ou non de notre présence, mais ceux qui étaient sur le camp semblaient heureux d’avoir un autre horizon pour quelques jours au moins. C’est déjà une petite victoire.

Ce qui a été nettement moins réussi, c’est sans doute la cohésion des participants au camp, car nombreux ont été ceux qui, sous prétexte de protéger les migrants et de ne pas mettre en danger le peux d’espace de revendication que nous avions, ont vivement critiqué les personnes investies dans des actions spontanées aux abords du camp. Bien qu’il n’y avait aucune volonté de leur part de créer l’affrontement, mais seulement de manifester leur sentiment d’humiliation et de colère vis-à-vis du cantonnement, voire de la quarantaine qui nous était imposée, des personnes ont créé la division en s’opposant à ces initiatives visant à briser l’apathie. Ce sont notamment les actions du vendredi qui ont suscité cette réaction : ne supportant plus de voir leur liberté de circuler bafouée et de devoir accepter le siège du camp, ainsi que les contrôles d’identité et fouilles au corps permanentes, des militants ont décidé de manifester leur mécontentement sur les routes bordant le camp. Il s’agissait de brandir une banderole et de faire face aux flics en faisant comprendre à tous – population et journalistes compris – que nous n’étions pas résignés face au tout-sécuritaire.

La première initiative s’est portée à l’avant du camp où se tenaient les blocus filtrants empêchant depuis deux heures les populations du quartier et les militants fraichement arrivés de rejoindre le camp. S’il n’y avait pas de volonté d’aller au contact, nous avons constaté que certains militants, peut-être eux aussi influencés par la psychose faite autour des radicaux, s’y sont opposés au lieu de manifester une quelconque forme de solidarité. La banderole est restée plus d’une heure en travers de la route et des photographes de presse et indépendants ont pu témoigner de notre sentiment d’humiliation, ce qui n’aurait pas pu être le cas si nous étions restés autour d’une bière à l’intérieur du camp. Quant à parler de mise en danger du camp, c’est une erreur, car le dialogue a pu être établi avec les policiers pour qu’ils lèvent le blocus et retirent le surplus de troupes qu’ils avaient déployés avant même l’arrivée de la banderole (pour fouiller les véhicules et les personnes arrivantes). C’est d’ailleurs le seul moment où il y a eu négociation.

L’autre contact avec la police, que beaucoup ont considéré comme une négociation, a eu lieu après la seconde initiative aux abords du camp. En début de soirée, au moment du repas, une trentaine de militants ont en effet tenté de bloquer la rocade d’accès au port, pour contester à la fois le blocus du camp et les conditions de circulation des personnes et des marchandises dans le monde : l’idée était de manifester notre opposition à la circulation des biens marchands et la fermeture des frontières aux êtres humains. Un bref communiqué avait été préparé en ce sens. La réaction policière a cette initiative a été violente. Très rapidement, des véhicules de police et des agents de la BAC armés de flash-balls et de lacrymogènes ont repoussés les militants vers le camp en leur tirant dessus alors même qu’ils étaient parmi les tentes (quelques tentes ont d’ailleurs été percées par les projectiles brûlants). Il est regrettable qu’à ce moment, les participants au camp se soient divisés et que nombreux se soient désolidarisés des militants de l’action en les accusant de mettre en danger les autres, alors même qu’il était impossible de faire aucune action hors du camp. Auraient-ils préféré qu’on se résigne tous, par mesure de précaution ?

Lorsque les officiers de police sont arrivés, une première personnes vêtue d’une casquette blanche s’est spontanément présentée, sans que nous sachions qui il est. Une seconde personne, que beaucoup savaient impliquée dans le camp, a été appelée par l’un des officiers (militants lillois, il était connu de ces officiers de Lille). Après hésitation, il est monté et s’est entretenu avec eux, faisant rapidement appel à une autre personne investie dans le camp pour que l’objet de la discussion ne reste pas cachée. Une autre personne s’est ensuite ajoutée et s’est entretenue en anglais avec les policiers. Il n’y a pas eu à ce moment de négociation : les personnes du camp ont seulement expliqué que la tension était due à l’étau policier et que nous souhaitions la levée de ces contrôles humiliants. Aucune proposition n’a été faite en contrepartie. Il était uniquement question de l’absurdité du dispositif policier, que l’officier a tenté de justifier tout en faisant mine de comprendre et de soutenir nos inquiétudes. Une fois notre message transmis, les personnes du camp sont redescendues et ont expliqué à ceux qui le souhaitaient l’objet de la discussion. Si les trois derniers montés étaient connus des participants aux camps, il serait bon de discuter avec le premier (casquette blanche) de son rôle dans le campement. Pourtant, on peut regretter le procès d’intention qui a été fait à l’un des autres, sous prétexte qu’il s’investissait trop dans les actions et qu’il "mettait en danger" le camp et les migrants. La police a sans doute atteint son objectif : diviser et déstabiliser les participants au camp.

Le jour suivant, cette division a sans doute joué un rôle, dans la mesure où l’acceptation des fouilles et confiscations par les plus modérés a contraint les radicaux à se plier eux-aussi à cette humiliation et au vol de leur objets personnels, puisqu’aucune volonté commune de refuser le blocus n’a émergé. Nous étions tous coincés entre le barrage filtrant et l’unité de flics en civils qui empêchaient le retour au camp sans contrôle. A ce stade là, et sachant la présence parmi nous de nombreuses personnes ayant eu affaire auparavant à la répression policière, ou à des condamnations pour leurs opinions, il aurait été plus respectueux de nos différences et de nos opinions de ne pas se laisser humilier en passant le contrôle. Nous aurions dû demander à ce moment-là une négociation pour passer sans contrôle ou de ne pas passer du tout. Question d’intégrité. Au lieu de cela, certains ont décidé pour tous les autres d’accepter la mascarade et de manifester nu, plutôt que de renoncer à jouer leur jeu. Il aurait été préférable de réfléchir à la rédaction d’un communiqué, de convoquer une conférence de presse et d’y expliquer notre opposition à se laisser écraser. Nous sommes plus d’un à considérer la manifestation du samedi comme une grotesque mise en boîte de nos revendications, comme une atteinte manifeste à nos libertés et comme une renonciation à la lutte. Comment pouvons nous prétendre à la destruction des centres de rétentions si nous acceptons systématiquement d’obéir aux moindres exigences des autorités ?

La division et la résignation sont sans doute deux choses que pas mal d’entre nous retiendrons de cette fin de semaine... Dommage.


envoyé le 28 juin 2009 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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