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Un récit du camp noborder à calais
envoyé le 09/07/09 Mots-clés  luttes des sans-papier-e-s   sans frontières   lois sécuritaires  

parution initiale : http://grenoble.indymedia.org/2009-07-04-un-recit-du-camp-NoBorder-a-Calais

Le contexte :

Calais, au nord de la France, est un des endroits les plus surveillés de la forteresse Europe. Environ 800 migrants afgans, pakistanais, kurdes irakiens et africains y survivent dans des cabanes de fortune ou des squatts, avant de tenter le très difficile passage vers l’Angleterre où il est plus facile de travailler sans papiers. Depuis la fermeture en 2003 du centre d’accueil de Sangatte, l’etat français a une attitude uniquement répressive envers ces migrants ; il ne peut pas (légalement) les reconduire dans leur pays, donc ils subissent des violences policières permanentes visant à les décourager : arrestations, tabassages, destruction de leurs lieux de vie. L’objectif affiché du gouvernement est « zéro migrants à Calais », aucune construction d’un nouveau centre d’accueil n’est prévue. Seules quelques associations locales assurent le minimum humanitaire (distribution de nourriture, aide médicale), mais elles aussi sont menacées par les nouvelles lois françaises sur le « délit de solidarité ».

Le camp No Border-Calais :

Cette situation absurde et révoltante a conduit des militant.e.s anglais.e.s et français.e.s du réseau « No Border », à organiser un camp à Calais du 23 au 29 juin. Les objectifs étaient multiples : effectuer des actions plus ou moins symboliques (ouverture de la frontière, manifestation...), attirer l’attention des medias, créer un espace de rencontre et de débats entre activistes européens, migrants, habitants et associations locales.

Ce camp a rassemblé 200 (au début) à 400 activistes et plus d’une centaine de migrants (afgans et kurdes principalement), sur des bases écologiques et libertaire : AGs quotidiennes, nourriture à prix libre, tri sélectif, toilettes sèches, tente media, Legal Team, tente médicale, tente cinema, tours de garde pour la sécurité, etc. Enormément d’habitant.e.s du quartier voisin, de tous âges, étaient également avec nous dès les premiers jours (j’en reparle à la fin, car c’est une des plus belles surprises de ce camp). Pas mal de débats-discussions ont eu lieu sur le thème de la migration (avec les assos qui aident les migrants à Calais notamment), beaucoup de films sur ce thème projetés dans la tente cinema, une projection en plein air de « Persepolis » le samedi soir.

Récit de la semaine et bilan subjectif :

Le bilan des actions est plutôt décevant, car la ville était littéralement occupée par environ 2000 flics de toutes sortes. Chaque personne « jeune » ou « au look miltant » ou sortant du camp, devait donc subir entre 3 et 6 contrôles avec fouille pour se rendre en ville, et la diffusion de tracts en groupe y était interdite (arrestation directe de 30 personnes ayant essayé le jeudi après-midi, concrétisée par 2 procès pour rebellion et outrage qui auront lieu en octobre). Un hélicoptère de la gendarmrie survolait le camp presque en permanence, la ville grouillait littéralement de BACeux, Rgs, CRS et divers flics en civil.

Néanmoins une trentaine de personnes ont pu s’enchaîner au centre de rétention de sans-papiers de Lesquin (près de Lille) mercredi matin ; illes ont été relaché.e.s sans poursuites et sans demande de leur empreinte ADN après plus de 24h de garde-à-vue.

Un blocage de l’autoroute longeant le camp a également été tenté vendredi soir par quelques dizaines de militant.e.s, qui a duré 5min avant d’être chargé par les CRS qui n’ont pas hésité à lancer des lacrimos sur quelques tentes, et tenu leur position sur l’autoroute au moins 1h, matraque en main (ils l’ont donc bloquée beaucoup mieux que nous, hi hi hi). Cette action faisait suite à un face-à-face banderole-flics aux abords du camp, qui nous avaient littéralement « mis en quarantaine » quelques heures le vendredi après-midi : interdit à quiconque de sortir du camp ! Ca ne doit pas être bien légal, mais à Sarkoland et encore plus à Calais cette semaine, on n’était plus à ça près... Ce « parquage » a malheureusement empêché certain.e.s d’aller rendre visite aux migrants dans leur jungle (cabanes) afin de les informer sur la manif du lendemain, mais pas tou.te.s ... donc le contact a pu être fait magré tout. Quant aux habitant.e.s voisin.e.s, ils subissaient évidemment les dommages collatéraux de cette occupation : un gamin s’est vu interdit de venir nous voir par les BACeux (« N’y va pas ils ont des poux ! » ou encore « c’est des clochards »), une femme enceinte a du laisser sa voiture à 500m de chez elle alors qu’elle avait beaucoup de mal à marcher, et les BACeux désoeuvrés faisaient chier tout ce qui était dehors sans baisser la tête : gamins à vélo, vieux nous regardant sur le trottoir. Une mamie nous a dit que ça lui rappelait l’occupation en 1940, un vieux militant qu’il navait jamais vu autant de flics de sa vie même en 68, d’autres que l’hélico les empêchait de dormir, et vers la fin de la semaine c’était des « les flics on en a la nausée », « là ça devient complètement fou », de la part de voisin.e.s venant nous rendre visite.

Il n’y a pas eu de tentative d’actions plus concrètes, par exemple ouvrir la frontière pour les migrants.

La manifestation de samedi (1500 à 2000 personnes) fut un monument de frustration et de surréalisme : elle a suivi le parcours autorisé par la préfecture, c’est-à-dire la zone portuaire quasi-déserte, avec des CRS ridiculement cachés dans les buissons... Nous étions de toute façon « interdits de centre-ville » par un dispositif anti-émeutes comparable à celui du G8. Et puis lorsque nous sommes sortis à 4 ou 500 du camp pour rejoindre le départ de la manif, bloqués par quelques BACeux et un très mince cordon de CRS on a quand même accepté une fouille (rapide) de chacun.e, gerbante. Les flics nous ont barré le chemin plusieurs fois sur ce trajet camp-départ, nous étions littralement « leur jouet », ils nous faisaient passer où ils voulaient (on a forcé un barrage de gendarmes mobiles de justesse, mais pour se faire bloquer 200m plus loin). Cela pose question sur notre détermination, notre conscience collective, notre capacité de résistance ? et finalement notre facilité à être impressionné.e.s par leur démonstration de force.

Les medias dominants, qui n’attendaient que des images spectaculaires d’émeutes, n’ont quasiment pas parlé du camp. Par exemple des photographes indépendants avec appareils et casque « Press » en bandoulière, nous ont suivi tout le parcours sans s’intéresser aux revendications, juste pour d’éventuelles images croustillantes. Ces vautours n’ont eu à se mettre sous la dent que le ridicule des CRS et des brigades canines, le folklore des flics à cheval dans les champs (anglais apparemment, car cette zone est sous double administration française et anglaise), quelques farces des 5-6 clowns, et des photos de manifestant.e.s désséché.e.s par le soleil allant demander de l’eau aux rares habitant.e.s qui nous regardaient passer. En tout cas, l’objectif médiatique du camp semble raté, sauf pour les medias indépendants (par exemple un journal du camp, « Nomade », est sorti tous les jours et a été diffé en ville)... Et sauf si on considère comme un « succès », le fait que l’absence de casse durant la manif nous aie donné une image de « gentil.le.s altermondialistes » rendant le dispositif policier injustifié. Cela prouve une fois de plus que, quoi qu’il arrive, dans les medias dominants nous serons toujours perdant.e.s.

Mais si nous n’avons touché personne (ou presque) « à distance », reste la belle surprise de cette semaine : les contacts très nombreux et chaleureux avec nos voisin.e.s directs (de la ZUP de Beau-Marais = des blocs au bord de la rocade) et moins directs (calaisien.ne.s rencontré.e.s en centre-ville par les militant.e.s qui écumaient les bars pour « passer entre les bleus »...). Des dizaines d’habitant.e.s du quartier populaire voisin, de tous les âges mais beaucoup de gamin.e.s et d’ados, étaient sur le camp en permanence. J’ai par exemple expliqué à des familles visitant le camp pourquoi nous étions contre les frontières et (comme eux !) contre la police, qui étaient ces migrants, pourquoi ils avaient quitté leur pays, pourquoi ils étaient parfois contraints de voler des légumes dans les jardins, etc. Découverte de la nourriture à prix libre, du cinema gratos et des toilettes sèches pour des enfants qui apparemment ne partaient pas souvent en vacances, jeu dans la cabane, parties de foot avec les migrants, discussions sur leur oppression par la police dans leur quartier... Et aussi passage de Beu pour arrondir les fins de mois avec la clientèle militante :) ! Ce malgré les fouilles de BACeux. Toutes celles et ceux qui venaient passer un moment sur le camp étaient à fond avec nous, et choqué.e.s par la présence policière. Les plus jeunes avaient tendance à nous voir comme des guerrier.e.s qui allaient « niquer les flics » à leurs côtés (« M’sieur, ils sont encore là les Blak Bloks ? » ; « c’est quand que vous attaquez les poulets ? »), et un début de caillassage a effectivement eu lieu samedi soir sur les CRS qui nous regardaient faire la fête depuis l’autoroute ; initiative vite stoppée par certain.e.s qui craignaient pour la sécurité de tou.te.s, et qui ne vouaient pas passer la nuit dans les lacrimos. Il semblerait (attention info de deuxième main !) qu’un bon nombre de migrants avaient aussi l’intention de se défouler un peu sur les flics ce soir-là, pour une fois... A notre retour de l’absurde manif de samedi, épuisés et suivis par des dizaines de BACeux, ce sont les enfants du quartier qui ont pris le relais en nous criant « No border, no nation ! ».

Autre résultat : pendant une semaine, les migrants présents avec nous sur le camp ont pu faire la fête, bien manger et dormir à l’abri des violences policières. Malheureusement leur horrible quotidien va reprendre à notre départ, et leurs cabanes sont plus que jamais menacées par les buldozers... L’idée de rendre ce camp permanent, une sorte « d’observatoire » des conditions de vie des migrants sur des bases politiques plus radicales que les associations locales, a été lancée : à suivre !

Un grrrrrenoblois


envoyé le 9 juillet 2009 Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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