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Comment est mort hakim ?
envoyé le 16/11/09 Mots-clés  lois sécuritaires   violence policière  

Un Lillois a trouvé la mort après un trajet d’un quart d’heure dans un fourgon de police...

Originaire de la cité HLM Winston Churchill dans le Vieux-Lille, Hakim Djelassi, 31 ans, se fait embarquer par les flics à huit heures du matin, jeudi 24 septembre. Il loge à l’hôtel avec sa copine, Hélène, rue de Béthune. Les futurs mariés se disputent, le réceptionniste est rameuté par les voisins. Hakim est agité, l’hôtel appelle la police. Il est embarqué dans un fourgon. Quinze minutes plus tard, les flics le déposent à l’hôpital St-Vincent : il est en arrêt cardiaque, et meurt deux jours plus tard. Son corps serait couvert de coups.

Que s’est-il passé dans le fourgon ? Que contient le rapport d’autopsie ? Pour l’instant, on n’en sait pas plus. L’avocat de la famille, Me Dupont-Moretti, a porté plainte. Jusqu’ici, le Parquet n’a lancé qu’une information judiciaire sur les circonstances du décès. Pourtant, la mort d’Hakim n’a-t-elle pas tout l’air, selon l’expression consacrée, d’une bonne vieille bavure ? En effet, comment ne pas penser à un sérieux passage à tabac par les « gardiens de la paix » ?

La Voix du Nord, les élus, la préfecture, tous ont bien travaillé pour que cette affaire fasse le moins de vagues possible. Tout d’abord en construisant une version mensongère : les flics seraient des héros, ils auraient conduit Hakim dès que possible à l’hôpital, le jeune homme se serait auto-mutilé, il serait suicidaire, toutes les versions des témoins concorderaient, affaire classée. Quand ces balivernes paraissent dans La Voix le lendemain, ça met le feu aux poudres dans le quartier. Des bagnoles flambent, flics et pompiers se font caillasser.

Les pouvoirs locaux s’agitent alors : La Voix se décide à donner un peu la parole à la compagne et la famille d’Hakim, le quartier est quadrillé par les CRS. Un quasi couvre-feu. Les élus jouent la diversion. Le numéro trois de la mairie, Walid Hanna, déclare ainsi dans la presse : « On voit bien que ce secteur se sent à l’écart », malgré les équipements qu’il aurait si généreusement mis en place dans le quartier (1). De façon plus cynique, Marc Bodiot et le même Walid Hanna auraient promis à la famille leur présence à la marche blanche, organisée le lundi suivant pour la mort d’Hakim. Vraisemblablement, ils ont dû trouver mieux à faire : on ne verra pas leur tronche parmi les 250 manifestant-es (2).

Pendant ce temps, la rage des jeunes du quartier est traduite devant le tribunal. Comparutions immédiates, deux interpellés prennent de la prison ferme. Un mois pour le plus jeune, 18 ans, dont le casier judiciaire est vierge. Le deuxième, 38 ans, écope de six mois. Pour jets de pierres. Sur simple reconnaissance de leurs tenues par les flics. Selon l’avocat, celle-ci ne correspond pourtant pas aux vêtements portés par les prévenus... Le premier aura beau clamer qu’ils ont « un pote qui vient de se faire assassiner », le juge condamne, expéditif. Présomption de culpabilité oblige. Pour les flics, c’est l’innocence qui prime : les policiers qui ont emmené Hakim sont toujours en service...

Depuis début octobre, plus aucun mot dans la presse ou dans les déclarations publiques des élus. Ils semblent s’être débarrassés d’un cadavre embarrassant. Mais la famille, les proches, l’avocat et le collectif Vérité et Justice ne comptent pas en rester là... Nous non plus.

1 : 20 Minutes, 28/09. Walid Hanna, contacté par téléphone, affirme que ses propos ont été repris hors contexte dans la presse.
2 : Walid Hanna soutient qu’il n’a jamais promis à la famille qu’il se rendrait à la marche.

(Article paru dans La Brique n°18)
www.labrique.net

Collectif Vérité et Justice

Classement sans suite. Le collectif monté sur le quartier s’y attend déjà. Mais pas question de se rendre avant d’avoir mené le combat. Dans les tribunaux et dans la rue.

Le père d’Hakim soutient dès le début qu’il veut «  la vérité et la justice ». Le jour de la mort de son fils, un collectif se crée sous l’impulsion de Madjid, Rabah et Ali (1), en lien étroit avec la famille et les proches. Pour connaître la vérité, mais aussi pour dire : ça suffit, trop de jeunes assassinés par la police depuis trop d’années. Rabah soutient que « c’est la chasse aux pauvres, avec systématiquement des mises à mort. On continue à tuer des Français, la guillotine fonctionne encore. Car Hakim était français. On le sait, l’État assassine ». Et si la famille est partie prenante, Madjid nous dit que « ce n’est pas que pour Hakim, c’est pour tous les jeunes à qui c’est arrivé, et c’est pour demain, pour que ça n’arrive plus ». Il ajoute : « On ne veut pas en faire une affaire maghrébo-maghrébine, le petit arabe tué par la police... Mais à l’heure actuelle, il n’y a pas de fils de médecin qui meurt dans un commissariat de police ».

Sur les affrontements dans le quartier avec la police et les bagnoles cramées, Rabah ne tergiverse pas : « Pour la lutte, les jeunes doivent être cadrés. Mais même si ça part en cacahuètes, ça a le mérite d’exister. Il n’y a pas de mouvement de jeunesse pour canaliser tout ça, afin de leur donner les outils pour lutter contre les oppressions. Aujourd’hui ils n’ont plus que ça. Individuellement, ils reconnaissent que s’ils pouvaient faire plus intelligent, ils le feraient ».

Mobilisation pour tous les jeunes assassinés

En attendant, Rabah estime que « ce qui fait aujourd’hui la justice, c’est les mobilisations, la pression dans la rue. Pour nous, l’objectif c’était de calmer le jeu, et de mobiliser tous les collectifs touchés par ces drames, la famille de Riad (2), et d’autres collectifs sur les mêmes affaires partout en France. Une mobilisation pour dire que ce n’est plus possible. » Celle-ci est prévue courant novembre, et des contacts sont pris avec la LDH, Amnesty, le MRAP, des militants de Lille, des personnalités, comme Guy Bedos qui a promis son soutien au collectif. L’Observatoire des Libertés Publiques est mis au courant(3). L’idée est de mettre la pression sur la Justice pour Hakim et, d’après Madjid, de « dresser la liste des gamins assassinés en France depuis les années 80 ».

Rabah répète que le collectif « veut une prise de conscience, même si on sait que l’on ne va pas révolutionner le système judiciaire et policier... » Et Madjid de faire le bilan : « Ces dix dernières années, on a dix jeunes qui partent par an, et aucune condamnation, avec à chaque fois un profil similaire. Peu importent les profils, en France aujourd’hui, on ne peut plus accepter que des citoyens interpellés décèdent, ou il ne faut pas aller donner des leçons sur la démocratie. »

Pour faire partie du collectif, pour soutenir, pour plus d’infos : collectif.justice@yahoo.fr

1 : Les prénoms ont été modifiés
2 : Riad Hamlaoui a été assassiné d’une balle dans la nuque par la police à Lille-Sud en avril 2000.
3 : Quand on demande à son animateur, Maurice Rajsfus, s’il a entendu parler d’Hakim Djelassi, il nous répond d’emblée d’un ton ironique : « Ah, ben c’est sûr qu’avec un nom comme ça, il a pu lui arriver que des emmerdes ! »

(Article paru dans La Brique n°18)

Témoignages :

Madjid : «  Les élus, ils viennent ponctuellement, la veille des élections, ou quand il y a le feu aux poudres. A la marche, aucun élu n’était présent, Walid Hanna avait dit qu’il participerait... Encore une consigne d’en haut ? »

Rabah : « Ici les élus sont complètement à la masse, sur la réalité sociale, économique, culturelle même ! On se retrouve dans des situations ahurissantes où Walid Hanna parle de « développer des équipements dans le quartier » [dans La Voix, après la mort d’Hakim] : mais ça n’a rien à voir avec le racisme anti-jeune et la mort d’un être humain ! »

Madjid : « Chaque fois que j’arrive en voiture, la moitié du temps je me fais arrêter et il y aura toujours un flic sur les deux qui me parlera comme à un chien, jusqu’à ce que, en m’entendant parler, ils me disent « Ah ! mais monsieur est cultivé »... »

Hamé (La Rumeur) : « Les rapports du Ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. […] Et ils savent surtout que les banlieues populaires sont des zones où la contestation sociale est susceptible de prendre de radicales formes de lutte si elle trouve un vecteur qui l’organise. On comprendra qu’il est de nécessité impérieuse d’installer toujours plus d’instruments de contrôle et de répression « éclair » au sein de nos quartiers. On comprendra que le monde du pouvoir et du profit sans borne a tout intérêt à nous criminaliser en disposant de notre mémoire et de nos vies comme d’un crachoir. »
Article de septembre 2002 qui lui a valu de nombreux procès


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