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Le retrait des troupes américaines d’Irak n’est pas la fin du carnage
envoyé le 01/12/10 par Un sympathisant du CCI Mots-clés  anti impérialisme   proche et moyen orient   contre les guerres  

Le 17 février 2010, le secrétaire à la Défense Robert Gates a approuvé, dans une note adressée au chef du Commandement Central David Petraeus, le nouveau positionnement de la mission américaine en Irak. Il a souligné que « l’Opération Iraqi Freedom », le nom militaire américain pour l’invasion de 2003 et l’occupation de ce pays pendant sept ans, « a pris fin et nos forces opèrent dans le cadre d’une nouvelle mission. » Six mois plus tard, le 19 août, les dernières brigades américaines de ’combat’ avaient franchi la frontière irakienne pour entrer au Koweït, et douze jours après, c’est à dire plus de sept ans après que le président Bush ait fait une annonce similaire, le président Obama annonçait « la fin de notre mission de combat en Irak ».

La politique étrangère américaine dans l’ère de l’après-Guerre Froide

Lors de la guerre du Golfe en 1991, la principale préoccupation de la bourgeoisie américaine était de renforcer son contrôle sur un bloc impérialiste dont les membres de second plan avaient perdu leur raison d’adhérer à la seigneurie américaine, après l’effondrement du bloc de l’Est et la diminution de la menace posée par la Russie. Avant cela, il lui était très facile d’impliquer, non seulement les pays de l’OTAN dans l’intervention militaire, mais aussi même l’URSS en train de s’effondrer, par le biais des sanctions de l’ONU. La décennie suivante a vu le renforcement de la tendance au « chacun pour soi » au niveau des tensions impérialistes, avec des puissances de deuxième et de troisième catégorie de plus en plus enhardis à défendre leurs propres intérêts (l’ex-Yougoslavie, le Moyen-Orient, l’Afrique). L’objectif des États-Unis en 1991 était donc d’établir un contrôle militaire de zones d’une importante stratégique en Asie et au Moyen-Orient qui pourraient être utilisées pour exercer une pression sur ses concurrents, petits et grands.
Les attentats du 11 septembre ont été l’occasion de lancer la ’guerre contre le terrorisme’ et de justifier la première incursion en Afghanistan en 2001, mais l’élan n’a pas duré longtemps. En 2003, les Etats-Unis ont été incapables de mobiliser leur ancienne coalition pour la seconde mobilisation en Irak. La France et l’Allemagne, en particulier, bien que ne pouvant créer leur propre bloc impérialiste, se sont montrées réticentes pour suivre les Etats-Unis, voyant la ’guerre contre le terrorisme’ précisément pour ce qu’elle était : une tentative des Etats-Unis de renforcer leur position en tant que superpuissance mondiale.

Les véritables intentions du retrait américain d’Irak

En 2007, il y a eu un changement notable dans la stratégie américaine en Irak, face à plusieurs difficultés. La première a été une contre-insurrection sanglante qui a finalement vu la mort de 4400 soldats américains, 36 000 blessés et plus de 100 000 civils irakiens (bien que certaines estimations avancent le chiffre de plus d’un demi-million, bien au-dessus des ’dizaines de milliers’ mentionnés dans les principaux médias). La guerre en Irak devenait un véritable bourbier et le plus grand des désastres sur le plan des relations publiques, compte tenu de la non-existence « d’armes de destruction massive » utilisées pour justifier l’invasion. Le fantôme du Vietnam hantait les couloirs de Washington. Il y avait aussi le coût croissant de la guerre : même Obama admet qu’il a coûté plus d’un billion de dollars1, et qu’il a massivement contribué au déficit budgétaire et nui à la capacité de l’économie américaine de faire face à la crise économique. Le réveil des talibans en Afghanistan, expulsés par les forces américaines en 2001 mais non vaincus, et l’extension des attaques terroristes en Europe et en Asie soutenues par des éléments basés dans des régions frontalières d’Afghanistan et du Pakistan a été un autre souci.
Lorsque Kerry, qui s’était focalisé sur le ré-assemblage du vieux bloc impérialiste, s’est montré inéligible, l’Amérique a affirmé sa suprématie sur la région. La bourgeoisie a adopté cette stratégie, et le débat a commencé à se centrer sur le nombre de soldats nécessaires à un tel objectif. Rumsfeld se cramponnait à son projet d’une militarisation plus dégraissée, plus automatisée. Les démocrates, alliés avec certains éléments de la droite pour soutenir le ’pic’, un déploiement temporaire de troupes supplémentaires en Irak pour maintenir l’ordre, défendre la jeune ’démocratie’ et assurer le transfert des responsabilités militaires aux forces irakiennes. Ce fut la politique de Bush dans ses dernières années, et c’est maintenant celle d’Obama en Afghanistan.

La stratégie globale adoptée par la bourgeoisie américaine est demeurée essentiellement la même. Alors que l’administration Obama pourrait mettre davantage l’accent sur la diplomatie, il y a surtout une continuité de l’administration précédente. Comme l’a dit Obama dans son discours du 31 août, « ... l’un des enseignements de nos efforts en Irak est que l’influence américaine dans le monde entier n’est pas fonction de la seule force militaire. Nous devons utiliser tous les éléments de notre puissance, y compris notre diplomatie, notre force économique, et le pouvoir de l’exemple de l’Amérique, pour garantir nos intérêts et soutenir nos alliés... Les Etats-Unis d’Amérique ont l’intention de maintenir et de renforcer notre leadership dans ce jeune siècle ... »

Bilan de la guerre en Irak

Est-ce que le retrait des forces américaines d’Irak signifie que le monde est maintenant un endroit plus sûr ? Loin de là ! Secrétaire à la Défense, Bob Gates, a été encore plus explicite qu’Obama : « Même avec la fin officielle de la mission de combat, l’armée américaine continuera à soutenir l’armée et la police irakiennes, à aider à développer la marine et la force aérienne de l’Irak, et à l’aider dans ses opérations de lutte contre le terrorisme. »

L’’administration affirme publiquement qu’elle est largement satisfaite de l’état du gouvernement et de la société civile en Irak. Toutefois, l’Irak détient aujourd’hui le record pour le nombre de fois où un Etat-nation moderne ne réussit pas à avoir un gouvernement efficace. Bien que l’Irak semble suffisamment fort pour que les Etats-Unis l’occupent moins, ces derniers doivent encore renforcer l’Etat irakien en formant plus de militaires et de police. Les Etats-Unis laissent en Irak une armée de cinquante mille soldats ’non combattants’, pour au moins un an. Ces forces lui permettront une domination sans rivaux sur le gouvernement irakien : aucune autre puissance n’a une telle force si près des centres du pouvoir irakien et si nécessaire pour que ce dernier continue d’exister. Il y a des similitudes avec l’approche américaine en Corée du Sud après la Seconde Guerre mondiale, où 40 000 soldats étaient stationnés pour maintenir une présence dans la région. Le fait d’avoir des bases militaires dans l’Irak moderne, même à une échelle beaucoup plus réduite, assurera aux États-Unis une certaine pression sur l’Iran et sur d’autres puissances régionales.

Il faut faire attention à ne pas avoir une vision trop superficielle de l’ascendance de l’administration. En réalité, il est fort possible que l’Irak se désintègre lorsque les États-Unis partiront, avec toutes les différentes parties qui contribueront à l’éclatement du pays, notamment les nationalistes kurdes, ou, tout simplement, qu’il se désintégrera dans la guerre civile. De même, la situation en Afghanistan est absolument catastrophique et montre tous les signes qu’elle va empirer, avec la désintégration du Pakistan et de la propagation de la guerre là-bas aussi.

Malgré ses déboires, la bourgeoisie américaine a au moins intégré le fait qu’elle existe dans un monde de tous contre tous, et elle a tiré des leçons précieuses sur la façon de faire la guerre et de mener une occupation aujourd’hui. Le retrait des troupes d’Irak ne signifie pas la fin de la guerre. D’une part, les troupes américaines auront une présence permanente dans le pays, et les Etats-Unis, la Turquie, Israël, la Russie, l’Iran, et l’Allemagne vont continuer à jouer leurs jeux d’influence impérialiste dans la région tout comme avant. D’autre part, les Etats-Unis seront désormais plus en mesure de concentrer leurs efforts sur l’Afghanistan, et ils auront libéré une certaine capacité pour intervenir ailleurs dans le monde. La fin de la guerre en Irak, entre les mains de l’impérialisme, est véritablement la continuation d’une guerre qui fait déjà rage, et le commencement de la guerre ailleurs. La conséquence logique de l’impérialisme, c’est la destruction de l’humanité. Face à cela, le défenseur de l’humanité, c’est le prolétariat, le porteur du communisme.

Courant Communiste International – www.internationalism.org

1 Soit mille milliards de dollars !


envoyé le 1er décembre 2010  par Un sympathisant du CCI  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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