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Enquête et lettre ouverte à l’entreprise star Pocheco et à celles et ceux qui en font l’éloge
posté le 06/07/17 par La Progagande par l'Infect Mots-clés  critiques des médias  

Nombre d’entre vous ont sans doute entendu parler du film « Demain ». Certain-e-s l’ont vu, beaucoup s’y intéressent probablement, d’autres, enfin, en diffusent idées et séquences.

Infiniment, nous nous sommes faits rouler dans la farine. Pourquoi ? Un seul mot, ou plutôt une marque : « Pocheco  ».

Pocheco est une entreprise qui fabrique « enveloppes, pochettes et sacs à soufflets en papier, dans [leur] usine du Nord-Pas de Calais ».

Mais ce n’est pas, comme le veut la formule appréciée par son dirigeant, notre bienfaiteur Emmanuel Druon, une entreprise comme les autres. La politique de responsabilité écologique et sociale de celle-ci fait, ces derniers temps, grand bruit. Laissons de côté l’aspect écologique et concentrons-nous sur les propos d’Emmanuel Druon sur le modèle économique et social que défend l’entreprise. Il n’est pas difficile de s’informer sur la question, puisque la voix de ce dernier a été amplement relayée, que ce soit à travers le film Demain ou de nombreux articles ou modules vidéo consacrés aux réalisations de cette entreprise « humaniste ».

Florilège

« À Pochéco, c’est une activité à plein temps de trouver des solutions. Les écarts de salaire sont de 1 à 4, contre 1 à 100 en moyenne dans les entreprises françaises […] Au lieu de jouer à gagner toujours plus d’argent, Emmanuel et son équipe jouent à consommer moins d’énergie, moins de ressources, tout en augmentant la productivité, la sécurité, la convivialité, les compétences et en diminuant la pénibilité. »

« Demain » Film de Cyril Dion et Mélanie Laurent

« On a redécouvert le plaisir de travailler dans un système qui favorise plutôt la confiance que la défiance, plutôt la coopération que la compétition, dans lequel on a supprimé la hiérarchie. […] On fonctionne un peu comme dans la vie normale, dans l’entreprise, c’est-à-dire qu’on considère qu’on ne dépose pas notre cerveau au vestiaire quand on prend notre poste et on ne dépose pas non plus notre citoyenneté à la porte de l’entreprise quand on prend son poste le matin. »

« Pocheco, une entreprise humaine ? » Dans le cadre de la sortie de L’Ecolonimie, d’Emmanuel Druon, paru à Actes Sud.

« Les produits atterrissent chez la plupart d’entre nous sans qu’on l’ait remarqué pour autant : Pocheco, c’est l’entreprise derrière les enveloppes à fenêtre qu’utilisent notamment l’assurance maladie, le Crédit agricole ou Orange pour envoyer leurs factures et relevés de situation. Un marché sur lequel la société revendique la place de leader en France […] L’initiateur de cette transformation vertueuse s’appelle Emmanuel Druon. Il a pris la tête de Pocheco en 1997 et racheté la société en 2008. Dans l’un de ses livres, cet ancien du secteur cosmétique s’attarde sur le concept d’« écolonomies », emprunté à l’ex-ministre de l’Environnement Corinne Lepage. « L’idée consiste, dès que nous le pouvons, à appliquer les règles de manière plus exigeante et plus sévère que ne le demandent les instances. Ainsi, nous ne subissons pas les modifications réglementaires puisque nous les devançons. Du coup, nos prestataires ont pris l’habitude de nous proposer leurs innovations de manière spontanée. » Le patron a aussi instauré un rapport différent à l’argent : ici, le plus haut salaire n’est pas plus de quatre fois supérieur au plus bas. »

« Ecologie, Pochéco a pris le pli » Libération, 14 mai 2015
 

Il y aurait, en soi, beaucoup à dire sur les déclarations de l’intéressé et le réenchantement du rapport salarial qui est promu dans les interventions citées (et bien d’autres).

Néanmoins, il y a, dans ce discours relayé avec complaisance, un problème et un constat. Votre moteur de recherche préféré suffit à cerner le problème : par exemple, ce document, intitulé « Pocheco. Performance économique et RSE, moteurs de l’entreprise », en date de 2013.

Au chapitre « Droits de l’homme : respecter les droits fondamentaux de la personne », on trouve l’item suivant : « Insertion professionnelle : sous-traitance confiée à des détenus en maison d’arrêt ». C’est déjà, en soi, grotesque, sauf pour ceux qui pensent que les prisons françaises sont de hauts-lieux de respect des droits fondamentaux. À ceux-ci, nous n’avons rien à dire ni à exprimer, sinon notre plus profond mépris.

Mais pour les autres (dont les sources citées plus hauts se targuent visiblement de faire partie), si l’on se réfère à la page 4, que lit-on ? « L’entreprise favorise l’insertion professionnelle en travaillant depuis plus de 30 ans avec les maisons d’arrêts. Depuis 10 ans, 80 à 120 détenus en attente de jugement à la maison d’arrêt de Douai travaillent pour POCHECO à temps plein dans le cadre de l’activité de sacs façonnés main. »

Il y a ensuite le rapport du Contrôleur General des Lieux de Privation de la Liberté (dont le gauchisme n’est que relatif) concernant la maison d’arrêt de Douai. Le document est un peu daté, puisque la visite des équipes du CGLPL a été réalisée entre les 9 et 13 décembre 2013. Cependant, ces mêmes équipes ont eu l’intéressante idée de compiler les données des fiches de salaire des 48 personnes détenues travaillant, dans cette prison, pour Pocheco. Vous trouverez le tableau en annexe.

Sachez, Mesdames, Messieurs, que le salaire horaire minimum imposé par l’administration pénitentiaire est « signalé comme étant de 4,21 euros », ce qui ne paraîtra légitime qu’à la première catégorie de personnes que nous évoquions plus haut. En annexe, vous trouverez le tableau récapitulatif reformaté par nos soins pour ne garder que les lignes correspondant à la sous-traitance pour Pocheco, étant souligné que la concurrence ne fait guère mieux en la matière.

Nous savons que ces pratiques perdurent aujourd’hui encore, dans le même établissement. Pocheco, fer de lance de la RSE, de la citoyenneté et de l’écologie dans la belle région des Hauts-deFrance, enrôle, avec succès et bénéfices5, l’enthousiasme des spectateurs de « Demain ». Cette même entreprise se permet de verser aux personnes détenues auprès desquelles elle sous-traite une partie de sa production le coquet salaire horaire net moyen de 1,96€. Il n’est pas nécessaire de revenir sur les limites de la « convivialité » et « la citoyenneté » dans l’entreprise que nous vend le propriétaire de celle-ci, ni de s’interroger sur le respect de ces principes dans les ateliers Pocheco de la maison d’arrêt de Douai. Voici en ce qui concerne le problème.

Le constat est également dérangeant.

Nous voulons bien croire en la sincérité de « Demain », de Libération, de La Voix du Nord, de RTL et de France 3 Nord-Pas-de-Calais, parmi tant d’autres. Cependant, il y a là quelque chose qui, pour le dire vite et avec optimisme, relève de l’acceptation trop rapide du discours de l’entreprise et du défaut d’enquête. Quelles que soient les causes de cette absence de référence aux activités de sous-traitance carcérale de Pocheco6 (enthousiasme lénifiant, négligence professionnelle, conditions de travail des journalistes, …), il nous semble qu’il rend nécessaire une rapide mise au point de la part de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Nous osons espérer que ces derniers verront les choses sous le même angle. Nous demandons également aux médias précédemment cités d’infirmer ou de confirmer auprès de leurs publics la validité journalistique des contenus qu’ils ont proposés.

Il est certain que « les sous-traitants ne font pas partie de l’entreprise, contrairement aux salariés » ne saurait apaiser que les hypocrites et les crapules.

Nous dénonçons ce colossal oubli, sans cesse reproduit, qui caractérise les discours « sur » et « de » Pocheco. Nous ne cherchons pas spécialement querelle à ces médias ni aux salariés de l’entreprise. Nous affirmons, par contre, qu’il est dans leur meilleur intérêt de clarifier au plus vite leurs positions sur l’ « entreprise-star » au risque de cautionner, par omission, la réalité lamentable du travail carcéral, la rémunération honteuse et l’absence de droit du travail en prison.

Nous affirmons aussi que de tels démentis doivent être exigés par nous-mêmes, ainsi que par toutes celles et tous ceux qui, face aux pratiques de l’entreprise et de ceux qui s’en font les relais, peuvent légitimement s’estimer trompés et mal informés.

La propagande par l’infect

 


posté le 6 juillet 2017  par La Progagande par l'Infect  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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