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À propos d’anarchisme et (de crise) d’identité
posté le 02/02/18 par Finimondo Mots-clés  luttes sociales  

Un texte intitulé « Contre » l’anarchisme. Une contribution au débat sur les identités, déjà paru en novembre dernier en Espagne dans la revue Solidaridad Obrera (organe officiel de la CNT), a été traduit en français il y a peu et publié sur le site lundi.am (organe non officiel du Comité Invisible). Cette correspondance au sens trop ostensiblement politicard entre syndicalistes libertaires espagnols et intellectuels blanquistes français, tous deux avides d’organiser les autres, nous semble trop intéressante et trop intéressée pour être ignorée. Difficile de tomber sur une leçon plus hypocrite, donnée à qui ne trouve pas de place dans ce monde.
Nous avons pensé qu’il serait bon de rendre publique en Italie aussi ce texte embarrassant. Et nous avons pensé à mal de le faire suivre de notre contribution embarrassante.
 
Pour un anarchisme sans dépendances
 
Calimero, le petit syndicaliste libertaire, est en perpétuelle crise d’identité. Les autres habitants de la basse-cour ne le reconnaissent pas, le snobent, le mortifient. Il pleurniche, crie, tape des pieds, mais finalement il fait son baluchon et part en sautillant. Quelle rage, quelle impuissance ! Il voudrait devenir grand, fonder une famille, être respecté, se faire un nom et une place dans la société, et finalement... il reste petit, seul, souvent moqué. C’est vraiment trop injuste. Et vous savez à cause de quoi ? A cause de cette couleur noire qui lui colle à la peau. Noire, vous comprenez ? Comme les ténèbres, comme le crime, comme le Mal. Ça fait fuir les gggens ! Après des années d’expérience, Calimero s’en est rendu compte et veut y trouver un remède. La Tiqqunnine est arrivée à son secours, avec son lave-idées.
Même s’il fait le syndicaliste dans les quartiers pauvres, Calimero pense et s’exprime comme un courtier des quartiers riches. Pour lui, si on dépense du militantisme, c’est pour faire un investissement dans le mouvement. Ça n’en vaut la peine que s’il y a un gain, au moins en puissance. Voilà son souci, formulé magistralement dès le début : « Est-il intéressant ou stratégiquement recommandable d’arborer les drapeaux identitaires dans le marché des processus révolutionnaires ? ». Nooon, ça ne l’est pas. Tout ce noir sur les étals du marché doit être retiré. Il ne promet ni candeur ni gaieté, il souille. Là où il y a du noir, les clients s’effraient et ne s’approchent pas. Là où il y a du noir, la police vient faire des contrôles. Une évidence aux yeux de tous.
Calimero a aussi ses raisons. Seulement, il oublie un détail. Pour lui, le noir est la couleur d’une marchandise en vente qui périme et qui, un jour ou l’autre, ne sera plus à la mode. Pour lui, le noir est la couleur d’un uniforme qui, un jour ou l’autre, s’abîmera. Pour lui, le noir est la couleur d’une identité idéologique qui ne marche plus. Une sorte de suie qu’il faut nettoyer. Mais ceux qui ne font pas les syndicalistes courtiers, et ne sont absolument pas animés par un esprit politique, savent bien que « toute vraie liberté est noire ». 
Contrairement à ce que s’acharnent à répéter ses nombreux détracteurs, l’anarchisme n’est pas un complexe de données caractéristiques et fondamentales qui permettent une forme d’identification, c’est-à-dire une identité. C’est un ensemble d’idées et de pratiques portées par ceux qui pensent que la liberté est incompatible avec le pouvoir, et qui se battent pour affirmer la première contre le second. Être contre l’anarchisme signifie donc, d’une certaine façon, être en faveur de l’autorité, penser que celle-ci - sous une de ses multiples formes - puisse permettre, protéger, favoriser la liberté.
 
Il est évident qu’être anarchiste n’est pas une obligation. Ce n’est pas avantageux, ce n’est pas populaire, ce n’est pas commode, et ça peut être dangereux. Et en effet, la plus grande partie de l’humanité, qui sait à peine ce qu’est l’anarchisme, ne l’est certainement pas. Néanmoins, le peu qui le sont, ceux qui pensent que l’autorité haïe est l’ennemie mortelle de la liberté chérie et vice et versa, pourquoi devraient-ils avoir honte ? Pourquoi devraient-ils le cacher ? Pourquoi devraient-ils nier la réalité de leurs idées ? Peut-être parce que celles-ci ne « marchent » pas ? Ce serait une considération stupéfiante par sa double stupidité. D’abord parce que l’anarchisme a davantage à voir avec l’éthique qu’avec la politique (ce qui est juste est plus important que ce qui marche, au grand dam des calculs stratégiques), et ensuite parce qu’il ne nous semble vraiment pas qu’une quelconque configuration du pouvoir ait jamais « fonctionné » pour apporter de la joie aux êtres humains et de la beauté à la vie.
Calimero se définit libertaire, ses idées le pousseraient vers l’anarchisme. Mais c’est aussi un syndicaliste-courtier et ses affaires politiques le poussent bien loin de l’anarchisme. Cette contradiction – vieille de plus d’un siècle – le fait disjoncter, comme on peut l’apercevoir dans ses mots. D’abord il fait une distinction entre identités imposées par le “bio-pouvoir” et identités auto-imposées par les individus, puis il se débarrasse de cette distinction et la mélange allégrement. Sans peur du ridicule, il nous dit de manière candide que « se déclarer anti-système, anarchiste ou d’une quelconque étiquette similaire, signifie aujourd’hui entrer dans la logique du pouvoir » parce que, ce faisant, on se sépare du reste de la population et on facilite la répression. Plus qu’un concept stratégique, un raisonnement farfelu. Déjà, on ne comprend pas quel est le véritable nœud du problème, si c’est l’anarchisme en soi ou son affirmation publique ? Si c’est le fait qu’il nous isolerait de la population ou bien qu’il facilite la répression ? Là encore, on est en pleine confusion, Calimero brouille les cartes. Veut-il dire aux anarchistes qu’ils devraient arrêter d’être anarchistes, ou alors qu’ils devraient faire semblant de ne pas l’être pour mieux se mêler à la foule ? Pourtant, lui qui veut « revenir sur Terre d’urgence » devrait s’être rendu compte que beaucoup d’anarchistes déclarés ne finissent nullement dans le collimateur de la répression (qui n’est pas suffisamment idiote pour prendre en chasse tous ceux qui agitent un drapeau noir). De fait, il y a de nombreuse personnes respectables parmi les anarchistes déclarés, certains d’entre eux jouissent même d’une reconnaissance publique : universitaires, avocats, artistes, ouvriers dans des usines d’armes, assistants sociaux dans les prisons... (d’ailleurs chez les communistes, il y a même des flics et des magistrats). En outre, si en se déclarant ennemi du pouvoir on entre dans sa logique, alors que faudrait-il faire pour en sortir ? Se déclarer ses amis ? Se taire et laisser parler les autres, les zélotes de la pensée unique démocratique ? Mais, puisque le langage crée des mondes, de cette manière on ne ferait alors que se résigner au monde du pouvoir, voire carrément le confirmer.
Fiévreux, Calimero complique ultérieurement son raisonnement en soutenant que « Le pouvoir, avant de vouloir nous détruire [...] cherche bien davantage à nous produire. Nous produire comme sujets politiques : comme anarchistes, anti-systèmes, radicaux, etc. ». Donc les soi-disant anarchistes ne font pas seulement le jeu du pouvoir, ils en sont un produit ! Ils font son jeu parce qu’ils en sont les créatures ! Et bien oui, nous l’admettons : que le pouvoir produise des sujets politiques non seulement parmi les défenseurs de l’ordre, mais aussi parmi les subversifs, c’est indéniable. Il suffit de penser au passé, à des ministres comme Juan Garcia Olivier et Federica Montseny, ou bien au présent, à des conseillers municipaux comme Benjamin Rosoux et Manon Gilbert. D’ailleurs, tous ceux qui cherchent à conquérir le pouvoir, à l’administrer, à le conseiller, à le corriger, à le substituer, sont des sujets politiques produits par lui. Cela dit, il faut vraiment être des imbéciles pour croire que le pouvoir produit ceux qui veulent le détruire (s’il le fait, cela advient involontairement, exactement comme le nazisme produisait les partisans ; mais cela ne viendrait jamais à l’esprit de quelqu’un de soutenir que les partisans étaient « des identités idéologiques » qui se séparaient du reste de la population). De fait, le pouvoir ne produit que des autoritaires, mais parfois il arrive à « corrompre » certains anarchistes en les charmant avec ses sirènes.
Dans sa ferveur anti-anarchiste, Calimero arrive à une autre affirmation bizarre. D’après lui, ce n’est pas l’État « qui est responsable d’une bonne partie du désastre en cours », ni le capitalisme et autre ; la cause de l’aliénation de masse qui prédomine aujourd’hui n’a rien à voir avec la propagande et avec la technologie – non, c’est entièrement la faute de la « politique d’extraterrestres » mise en œuvre par les « identité[s] révolutionnaire[s] ». En somme, si le pouvoir domine incontesté sur la Terre, c’est grâce aux quelques isolés soi-disant révolutionnaires qui depuis la Lune incitent à l’abattre, mais pas du tout aux nombreux influents soi-disant non-révolutionnaires qui sur la Terre le soutiennent, le justifient, le consolident, le conseillent. Mystères de la dialectique.
À un moment donné, le courtier qui est en Calimero éclate, étonné que ne personne ne se soit posé la question clé de tout bon investissement : « Que nous apporte exactement le fait de nous déclarer anarchistes ? ». Exprimer ses propres idées pour commencer à défier l’idéologie dominante et créer son propre monde ne l’intéressant pas, Calimero demande seulement où est l’avantage, le profit, l’utilité. Nulle part, évidemment ! La police nous surveille et les clients font des achats sur d’autres stands du marché de la politique. Inspiré par la Tiqqunnine, pour nous faire comprendre quelle conclusion déduire, Calimero se sert de Foucault : « sans doute l’objectif principal aujourd’hui n’est pas le fait de découvrir, mais plutôt de refuser ce que nous sommes ». Refuser ce que nous sommes aux yeux de l’État, c’est à dire ses citoyens, c’est le minimum que l’on puisse faire. Mais refuser ce que nous sommes aux yeux de nous-même... et non pas par lâcheté ou hypocrisie, mais pour « un exercice d’humilité et de sincérité » ?
Embarrassant, vraiment. Il nous semble déjà l’entendre, la Tiqqunnine, avec sa voix de connasse : nous y revoilà, Calimero ! Tu n’est pas noir, tu es juste sale !
Une immersion enthousiaste dans une situation, un vigoureux coup de brosse du lave-idées, et hop ! Après un instant voilà Calimero qui ré-émerge sous une pluie d’applaudissement dans les nouveaux habits du citoyenniste souriant et candide comme la neige, prêt à pépier des louanges aux miraculeux effets blanchissants de la politique. On comprend trop bien pourquoi la Tiqqunnine autoritaire française a caressé le Calimero libertaire espagnol qui sur un hebdomadaire anarchiste a invité les anarchistes à refuser ce qu’ils sont, à se nettoyer de leur propre anarchisme.
Tant d’amitié politique dans leur réciproque recherche de consensus populaire !
Tant de mise en commun d’intention dans leur frénésie d’organiser un petit bout de société ! Tant d’intérêts partagés à faire en sorte que les gggens restent ainsi !
Cela nous a ému de voir cette harmonie entre ceux qui snobent les initiatives vouées à diffuser les idées (comme les conférences et les débats) et qui saluent celles vouées à satisfaire les besoins (tel que le logement ou le travail). Parce ce que remplir l’estomac d’autrui procure de la reconnaissance, de la main d’œuvre, de la réputation, comme le savent aussi bien les prêtres (voués à l’assistantialisme caritatif dans les paroisses) que les boutiquiers militants (engagés dans le travail politique sur le territoire). La conscience, en revanche, à quoi sert-elle ? Elle ne se contrôle pas, elle ne s’organise pas, elle est même dangereuse car elle pourrait se révéler un jour contre-productive. À force de réfléchir, d’ailleurs, quelqu’un pourrait arriver à des conclusions inconfortables. Par exemple, que l’on n’arrive pas à la liberté à travers l’autorité. Qu’il est ridicule de partir avec un sac plein à craquer de désirs insurrectionnels, d’aspirations subversives et de radicalité rhétorique si cela génère des postes municipaux et des interviews aux médias (mais, ne fallait-il pas passer inaperçus ? Mais, n’était-il pas impossible de dissocier la lutte et la vie ?). Qu’il est hypocrite d’évoquer combien est « complexe, dynamique et en certaines occasions contradictoire » le processus révolutionnaire dans le but de cacher l’opportunisme de ses fins stratèges qui divisent les moyens d’une lutte de ses objectifs (mais, la séparation n’était-elle pas la logique du pouvoir ?).
 
Balancés dans une réalité externe aberrante et effrayante, les anarchistes sont marqués du sceau de la diversité. Ils ont un corps disgracieux, une grosse tête toujours dans les nuages, un langage barbare, qui leur rappellent qu’ils non pas le droit d’appartenir à la complaisante communauté du Papa Peuple et de la Maman Politique. Que dans un monde totalement formaté par l’autorité et par la marchandise, ils sont des perdants-nées.
Souffrances et frustrations marquent le parcours du Vilain Petit Canard anarchiste, lequel est conscient des difficultés, de l’effort, et aussi des rares probabilités de réussir, un jour, à devenir un cygne.
Mais il n’y a pas d’alternatives, il ne peut pas et il ne compte pas ôter et renier ce qu’il est. Il refuse l’illusion d’un monde bonifié par un changement de couleur et un peu de politique, d’une liberté sans conscience. Il méprise l’aberration d’une existence humaine mesurée par les stratégies du marché. L’affirmation facile d’une forme-de-vie plus balourde que joyeuse est une affaire bien misérable, surtout en considérant que le prix à payer est la perte de toute individualité et autonomie, liée à l’impossibilité de progresser dans une connaissance destinée à la compréhension de soi-même et de ce qui nous entoure. « Une autre manière d’habiter le monde » ne nous intéresse pas. Nous rêvons, nous désirons, nous voulons réaliser un monde qui soit tout autre, où la vie soit tout autre, où les rapports soient tout autres. « Rara avis in terris nigroque simillima cycno » est la phrase du poète latin Giovenale dont est tirée la locution qui était utilisée dans les discussions philosophiques du XVI siècle pour indiquer un fait considéré comme impossible ou pour le moins improbable : le cygne noir.
La rencontre entre l’anarchisme et l’insurrection, la seule possibilité de balayer toute autorité, aussi minuscule soit-elle, de la face de la terre.

[Trad. de finimondo. org]


posté le 2 février 2018  par Finimondo  Alerter le collectif de modération à propos de la publication de cet article. Imprimer l'article
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