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Le général Al-Raisi, adepte de la torture contre les opposants politiques, futur président d’Interpol à Lyon ?
envoyé le 22/10/21 Mots-clés  répression policière  

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se rappeler d’où vient Interpol. La coopération policière internationale n’est pas une idée neuve. L’une des premières réunions internationales contre la criminalité internationale s’est déroulée à Rome du 24 novembre au 21 décembre 1898. Dès l’intitulé, le ton est lancé : Conférence internationale de Rome pour la défense sociale contre les anarchistes. Elle fait suite à l’assassinat d’Élisabeth de Wittelsbach, dit “Sisi l’impératrice”, impératrice d’Autriche, par l’anarchiste italien Luigi Lucheni le 10 septembre 1898 à Genève, ainsi que toute une vague de « propagande par le fait » partout en Europe [1] [2] [3] [4]. Alors que toutes les puissances occidentales sont en plein conflit diplomatique sur les questions coloniales (partage de l’Afrique et de l’Asie) et frontalières (Alsace-Moselle entre la France et l’Allemagne par exemple), et que les prémisses de la Première Guerre mondiale s’installent (La Triplice, alliance conclue entre l’Empire allemand, l’Autriche-Hongrie et l’Italie est signée en 1882), toutes les puissances impérialistes trouvent un intérêt à faire collaborer leurs polices afin de lutter contre leurs “ennemis de l’intérieur”. Les anarchistes, les socialistes, les communistes, les indépendantistes et autres révolutionnaires menacent l’ordre capitaliste et autoritaire et profitent alors de l’absence de communication entre les polices nationales pour voyager et faire vivre leurs luttes au delà des frontières, entre idéal internationaliste et nécessité de fuir la répression policière. Les parcours souvent très internationaux des révolutionnaires du XIXe siècle en témoignent d’ailleurs. Si fuir la police des Etats autoritaires est une nécessité vitale pour éviter la prison ou la mort, il devient alors pour ces même Etats tout aussi nécessaire de trouver un accord pour lutter contre les révolutionnaires internationaux.

Le lyonnais Edmond Locard, qui fonde à Lyon en 1910 le premier laboratoire de police scientifique au monde, lance l’idée dès 1905 d’une police internationale lors du VIe Congrès d’anthropologie criminelle, à Turin, mais la première guerre mondiale vient perturber ses projets. Il faudra attendre la création de la Commission internationale de police criminelle (CIPC) en 1923, l’ancêtre d’Interpol, par Johann Schober, directeur de la police de Vienne, pour voir émerger la première police internationale. Mais cette première organisation sera englobée en 1938 par le Reich hitlérien suite à l’anschluss et servira d’outil de répression au sein des états inféodés au régime nazi. En 1946 sous l’égide de la France, de la Belgique, du Royaume-Uni et des pays scandinaves l’organisation renaît sous le nom d’Interpol et son siège est déplacé à Paris. L’organisation actuelle se dote de nouveaux statuts, notamment un rôle politiquement neutre qu’elle doit jouer. La constitution d’Interpol lui interdit d’intervenir sur des affaires ne concernant qu’un pays membre, ou concernant des crimes militaires, politiques, religieux ou raciaux. C’est sur cette base qu’après la guerre, Interpol donne l’ordre, en interne, de ne pas enquêter sur les crimes liés au régime nazi, sous le prétexte qu’ils étaient « de nature politique » [5].
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L’organisation policière croît avec les années, et en 1971 elle est reconnue en tant qu’organisation intergouvernementale par l’ONU. En 2021, elle regroupe pas moins de 194 pays membres, dispose d’un effectif d’environ 800 agents, et d’un budget de 113.000.000 $ en 2017. Son budget justement représente un problème depuis quelques années. Refusant d’augmenter la cotisation des états membres, l’organisation a un budget insuffisant et fait de plus en plus appel à des subventions privées. En juin 2011, la Fédération internationale de football (FIFA) lui a fait un don de 20 millions d’euros. Un an plus tard, en juin 2012, Interpol annonce un apport d’une enveloppe de 15 millions d’euros de la part du premier fabricant de cigarettes au monde, Philip Morris [6]. En mars 2013, des géants de l’industrie pharmaceutique tels que Sanofi, Pfizer et Novartis signent un chèque de 4,5 millions d’euros au service international de police Interpol, notamment pour financer la lutte contre le trafic international de médicament. Un bon moyen de lutter contre la concurrence tout en s’achetant une belle campagne de communication. Plus récemment, les Émirats Arabes Unis sont devenus l’un des plus gros contributeur de l’organisation, avec un don de 50 millions d’euros en 2016 [7]. Ces financements sont le signe de la privatisation rampante de l’organisation et de sa mise sous influence des pouvoirs économiques et de certains Etats, qui y voient des intérêts pour accéder à certaines données sensibles, ou dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, pouvoir placer certains alliés à des postes clefs.

C’est dans ce contexte que le général émirati Al-Raisi se trouve aujourd’hui pressenti pour la présidence de l’organisation. Un évènement d’autant plus alarmant que depuis quelques années, de vives critiques émergent sur l’utilisation des « notices rouges » d’Interpol à des fins de traques politiques à l’échelle internationale. En effet, des états autoritaires, tels que l’Égypte, l’Azerbaïdjan, les Émirats arabes unis, le Venezuela, l’Iran, l’Indonésie, le Bahreïn, la Russie, la Chine ou la Turquie en lançant des accusations de droit commun contre des opposant politiques, contournent la neutralité officielle de l’organisation et obtiennent ainsi le soutien de cette dernière pour traquer ces opposants politiques.

Parmi eux, figurent Dolun Isa, un leader ouïghour naturalisé allemand, longtemps tourmenté par une notice émise à la demande de la Chine, et l’auteur germano-turc Dogan Akhanli, bloqué plusieurs mois en Espagne en 2017 à la suite d’une demande d’extradition turque relayée par Interpol. [8]

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Le général Al-Raisi est depuis quelques années accusé de torture par Matthew Hedges, un étudiant britannique qui a été arrêté aux Émirats arabes unis en mai 2018 et affirme avoir été placé à l’isolement, torturé et contraint à faire de faux aveux. Il a été condamné pour espionnage, avant d’être libéré dans le cadre d’une grâce en novembre 2018 ; ainsi que par Ali Issa Ahmad qui a fait l’objet d’une détention aux Émirats arabes unis en janvier 2019 pour avoir porté un t-shirt avec le drapeau du Qatar lors d’un match de la Coupe d’Asie des nations.

Cellule sans fenêtre, contacts extrêmement limités avec sa famille, longs interrogatoires, menaces de représailles sur ses proches… Matthew Hedges affirme également que le dosage des opioïdes et des psychotropes qu’on lui a administrés était soudainement altéré afin de le placer en état de manque, et donc de détresse physique et psychologique. [9]

Aux coups de poing se seraient ajoutés des coups de couteau, des simulations d’étouffement dans un sac plastique, puis des privations de sommeil, d’eau et de nourriture et des tortures à l’électricité. [10]

La pratique de la torture aux EAU ne se limite pas qu’à ces deux cas, mais y est courante. En juin 2021, quatre ONGs : Gulf Center for Human Rights, The International Service for Human Righs, The International Campaign for Freedom in the United Arab Emirates, et l’Organisation mondiale contre la torture, présentaient un rapport au Comité contre la torture de l’ONU dénonçant les abus contre des défenseurs des droits de l’homme, activistes, journalistes dans les prisons et centres de détention secrets ouverts aux Émirats Arabes Unis pour faire taire toute voix dissidente ou critique.

Aujourd’hui, le gouvernement français d’Emmanuel Macron fait face aux critiques, notamment de 35 parlementaires écologistes, socialistes, communistes et LREM mais se refuse de tout commentaire [11]. Il faut dire que depuis quelques années, les EAU sont un partenaire prolifique et généreux du complexe militaro-industriel français. En 2020, les vendeurs de morts français ont vendu pour 287 millions d’euros d’armement aux Emirats arabes unis [12], armes qui sont utilisées actuellement, notamment contre les populations civiles dans la guerre civile yéménite [13]. Une opposition frontale de la part de Macron sur la question de la nomination du général Al-Raisi pourrait ainsi potentiellement faire perdre de juteux contrats. Après la crise des sous-marins australiens qui a fait perdre plusieurs milliards à Naval Group, société productrice de navires de guerre français, les intérêts financiers du complexe militaro-industriel français risquent malheureusement de primer sur les intérêts des libertés des opposants et militants politiques à travers le monde (Spécialement les contrats de Naval Group, dont les EAU reste un important client [14]).
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Gérald Darmanin était d’ailleurs ce 7 octobre à Lyon pour visiter les locaux d’Interpol à Lyon afin de soutenir cette si “prestigieuse” institution : “Je veux me réjouir qu’Interpol soit à Lyon. La France a la chance d’avoir à Lyon des centaines de policiers, de spécialistes qui à travers le monde lutte contre la criminalité, la pédophilie, le trafic de stupéfiants ou le terrorisme. Interpol demandait à ce qu’on l’aide à rénover son site et aujourd’hui, il n’y a que l’état, à la demande d’Emmanuel Macron, qui va mettre les moyens pour garder Interpol à Lyon et ce sera annoncé par le secrétaire général au mois de novembre”. Mais face aux dépenses potentielles occasionnées par la rénovation des bâtiments, il rajoute “nous souhaitons que les collectivités locales montrent leur amour pour Interpol également” [15]. Nos impôts locaux pour loger les polices politiques du monde entier, vous n’en rêviez pas, Darmanin le prépare. Bien entendu il n’a pas fait de commentaire sur la potentielle nomination du général Al-Raisi.
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Au final, la nomination du général Al-Raisi n’a rien d’exceptionnelle : ses prédécesseurs n’étaient déjà pas en reste au niveau magouille, crasse et traque des opposants politiques pour le compte des différentes dictatures dans le monde. En 2008, le président d’Interpol Jackie Selebi est accusé d’avoir été corrompu dans une histoire de trafic de drogue, et le 7 octobre 2018, Interpol annonce avoir reçu la démission de son président Meng Hongwei après une disparition de plusieurs semaines. L’office chinois de lutte contre la corruption annonce par la suite que Meng Hongwei fait l’objet d’une enquête pour violations présumées de la loi. Le 21 janvier 2020, il est condamné à 13 ans et six mois de prison. Une telle nomination ne serait qu’un pas de plus vers la concrétisation d’une police au service des politiques autoritaires de France et d’ailleurs, du complexe militaro-industriel français, des multinationales et des groupes de pression qui ont les moyens de s’acheter la capacité à établir des notices rouges contre ceux qui les dérangent. Si la flicaille est au service des puissants, la flicaille internationale est au service des puissances internationales. Peut être est-il temps de se remettre à chantonner :

Vous êtes reconnaissables

Vous les flics du monde entier

Les mêmes imperméables

La même mentalité

Mais nous sommes de Paris

De Prague et de Mexico

Et de Berlin à Tokyo

Des millions à vous crier

A bas l’état policier ! [16]


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