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A l’individualiste qui veut voter
envoyé le 30/01/22 par E. Armand Mots-clés  abstentionisme   anti-électoralisme   élections  

A l’individualiste qui veut voter


Notre ennemi, c’est notre maître.
Or, l’électeur nomme le maître.
Donc, l’électeur voilà l’ennemi.

J’ai sous les yeux un numéro de l’anarchie daté du 19 avril 1906. Les pages 3 et 4 de ce numéro sont occupées par une affiche intitulée : A L’HOMME QUI VEUT VOTER et de cette affiche j’ai extrait les trois lignes qui figurent en exergue. L’article de tête de ce numéro de l’anarchie est intitulé le Bétail électoral et il est de la plume de Libertad. En le relisant, je me demande si je ne rêve pas.

Oui, si je ne rêve pas. Ce n’est plus à « l’homme qui veut voter » qu’il est nécessaire que je m’adresse aujourd’hui, c’est à l’individualiste, à l’anarchiste QUI VEUT VOTER (sic).

Depuis 20 ans, depuis la guerre surtout, nous en avons parcouru, du chemin ! De nouvelles générations sont apparues qui font machine en arrière, nous ramènent à l’époque qui précédait 1848 et appellent cela du nouveau. A les en croire, les valeurs d’il y a vingt ans sont périmées et nous faisons fausse route en propageant l’anti-parlementarisme. Ils nous racontent gravement que ça vaut mieux, beaucoup mieux, d’être jeté en prison — quand on transgresse la loi — par les agents des légiférants de gauche que par les représentants des légiférants de droite. Que lorsqu’on est affamé, exploité, dominé, traqué, imposé par les patrons, les brasseurs d’affaires, les propriétaires, les petits boutiquiers libres-penseurs et francs-maçons du Bloc des Gauches — c’est bien préférable à être tondu, mangé, persécuté, réduit à la portion congrue par les faiseurs, les profiteurs, les mercantis, les détenteurs de l’assiette au beurre bien pensants du Bloc des Droites. Voter, se réfugier collectivement derrière l’Etat pour se dérober aux conséquences du contrat social ; déposer des projets de lois pour se garantir, en tant que corps distinct, des conséquences de leur rébellion contre les décrets de l’Autorité — voilà ce que ces néo-individualistes qualifient d’anarchisme individualiste ou d’individualisme anarchiste, je ne sais plus exactement.

Je vous répète, compagnons, que je ne sais pas si je rêve.

* * *

Avant la Guerre, en temps d’élections, on voyait bien un individualiste de mauvais aloi ou accepter de l’argent de quelque candidat fortuné et voué à l’insuccès et faire approximativement campagne en sa faveur — ou raconter qu’il fallait se compter sur son nom, bien entendu, afin de se rendre compte des résultats de la propagande anarchiste. On n’en faisait pas cas, on levait les épaules et c’était fini. Aux copains doués de la faculté de s’exprimer en public — candidats abstentionnistes — les périodes électorales étaient chères parce qu’elles leur permettaient d’exposer dans les préaux d’école — salles de réunions toutes trouvées — les idées, les opinions anti-autoritaires. Les candidats bourgeois et socialistes en prenaient pour leur grade, je vous l’assure. Aujourd’hui changement complet. Ce n’est plus l’électeur qu’il faut essayer de détourner des urnes, c’est..... le néo-individualiste. Essayons.

— o—

Tu as, camarade, conservé ton casier judiciaire intact. Cela veut dire que tu as ignoré jusqu’ici la forme la plus brutale sous laquelle s’exerce l’autorité gouvernementale : priver de sa liberté, empêcher de circuler le non-conformiste qui a troué en quelque endroit le filet du contrat social. Ta situation privilégiée par rapport à maint des nôtres te permet d’exercer ton « droit de vote », c’est-à-dire te met à même de favoriser l’élection à la Chambre des Députés d’un représentant d’un parti politique. Ce parti politique a pour but de s’installer au pouvoir et d’imposer sa conception de l’administration publique aux habitants du territoire soumis à son action, donc à nous-mêmes. Peu importe que le parti auquel appartient le candidat qui sollicitera « ta » voix se réclame de la droite ou de la gauche — il imposera sa méthode de gouvernement. Si ce parti n’est pas assez fort par lui-même pour occuper le pouvoir, il soutiendra celui qui lui fera le plus de concessions, qui se rapprochera le plus de la politique qu’il aurait imposée s’il avait été le plus fort.

Le parti du candidat auquel tu accorderas ton vote peut confirmer ou infirmer les lois confectionnées par le gouvernement qui occupait le pouvoir dans la précédente législature ; il peut les modifier, les réformer, les compléter ; elles seront exécutoires, autant pour ceux à qui elles plaisent que pour ceux auquels elles ne plaisent pas. Tous seront contraints de s’y soumettre sous peine de sanctions plus ou moins graves. Peu importe que le gouvernement qui émanera de la Chambre nouvelle se réclame du Bloc des Gauches ou du Bloc National, il se considérera comme le tuteur de l’ensemble de ses ressortissants : majorité, minorité, non-votants ; tuteur d’autant plus puissant et redoutable que le nombre des votants aura été plus considérable. Par rapport à l’Etat — ou à sa concrétisation : le Gouvernement — les occupants du territoire qu’il régit sont en tutelle. La question de Parti n’y est pour rien. Il n’y a ni à discuter, ni à ergoter, ni à raisonner : force est d’obéir. La main qui exerce la tutelle peut être plus ou moins brutale, plus ou moins gantée, plus au moins flatteuse : elle tient en en laisse.

En votant, camarade, tu ne te mets pas seulement sous la tutelle gouvernementale, tu nous y places, nous les anti-gouvernementaux. En contribuant à faire « passer » le candidat d’un parti, le représentant d’une politique tu nous contrains à subir le joug de ce parti, les directives de cette politique, nous les anti-parlementaires, nous les anti-politiciens. En diminuant le nombre des abstentionnistes, tu agis en faux frère à notre égard : tu renforces la puissance du faiseur et de l’applicateur de lois, le pouvoir du prononceur et de l’exécuteur de sentences, la force de celui qui emmure, déporte, torture, guillotine, fusille...

♦ ♦

Tu me fais remarquer, camarade, que dans tout milieu — fût-il composé d’individualistes anarchistes les plus conséquents — il peut être nécessaire en une circonstance donnée, de connaître l’avis de ceux qui le constituent — que cet avis ne peut être obtenu que par un mode de votation quelconque. Sans doute, mais l’adoption, par le vote, de telle ou telle règle de conduite n’engage que ceux qui se sont prononcés en sa faveur. Les non-consentants demeurent ou libres de ne point s’y conformer ou, si c’est impossible, de se retirer du milieu. Les votants n’engagent qu’eux-mêmes. Dans l’accord conclu, lors de sa création, entre les fondateurs du milieu individualiste, pareille éventualité a été prévue et les précautions prises pour y parer, de façon à ce que nul ne se trouve lésé ou contraint d’accomplir ce qui ne lui plaît pas.

Tu m’objecteras encore, camarade, que, dans la société que nous subissons, maint individualiste anarchiste, fût-il le plus farouche, est contraint de faire quelque concession à la légalité. Je ne l’ignore point. Nous savons déjà que ces concessions ne sont jamais qu’apparentes de sa part, non point définitives, qu’il les considère comme des expédients, des gestes de débrouillage personnel, uniquement circonstanciels. Mais quelque nombreuses et étendues que soient ces concessions, elles n’engagent que lui. Il n’est pas un individualiste, un anarchiste qui soit forcé de l’imiter ou le répéter.

♦ ♦

Tu sais parfaitement bien que pour les socialistes, radicaux-socialistes, républicains de gauche, du centre-gauche, du centre-droit ou d’ailleurs — tu sais parfaitement bien que pour les communistes comme pour les royalistes, pour les libéraux comme pour les conservateurs, nous serons toujours des adversaires, nous, les alégaux, les amoraux, les en dehors. Tu sais parfaitement bien qu’entre eux — qui font de l’autorité le facteur de l’existence des milieux humains et qui nions l’autorité, la maîtrise et qui ne voulons pas de maîtres — il n’est point d’entente possible. En devenant électeur, tu t’affilies au grand Parti des Maîtres, tu deviens un Maître, tu deviens notre ennemi.

E. Armand.

l’en dehors, 25 Avril 1924, 3e année, n°33-34.


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