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La Comédie du vote
envoyé le 11/04/22 Mots-clés  abstentionisme   anti-électoralisme   élections  

La Comédie du vote

L’on ne saurait imaginer chose plus risible, plus amusante que la période électorale et il serait facile de se réjouir d’une telle comédie si elle n’évoquait pour nous un triste retour à une désagréable réalité.

Certes, ils sont inénarrables ces bons électeurs qui se préparent une fois de plus à se faire rouler par de quelconques malins. Certes les candidats nous dérident avec leur charlatanisme grossier. Mais il ne suffit pas de rire de ces fantoches et de ces pitres, auxquels les rôles qu’ils remplissent conviennent si parfaitement.

C’est à ce moment que nous pouvons comprendre de la façon la plus parfaite quelle est l’étendue de la bêtise du peuple. Leurs gestes d’électeurs nous édifient, nous voyons de quel côté sont les véritables inconscients, les seuls exploiteurs, les vrais tyrans.

Ils vont aller vers les urnes. Qu’importent le nom du candidat et la couleur du parti ! Qu’importent les turpitudes et les palinodies de la Chambre qui s’en va — elles ne seront pas supérieures à celles de la Chambre future. Qu’importent l’escroquerie des quinze mille — les duperies des candidats, les scandales des panamistes d’hier et des liquidateurs d’aujourd’hui, la faillite d’un parti ou la trahison d’un homme. Tout ceci, c’est de l’ornementation, ce ne sont que les décors ; les accessoires de la pièce qui va se jouer, la comédie du vote, répétition remaniée, mais toujours banalement invariable de la mascarade autoritaire. Par la force hier, par la roublardise maintenant, les usurpateurs règnent. Là-bas le Knout, ici le bulletin de vote sont les instruments de gouvernement usités pour conduire le troupeau humain qui n’a jamais su que gémir, bêler et... voter.

* * *

Le parlementarisme porte en lui-même toutes les tares, toutes les purulences. Pourquoi s’en étonner ? Le contraire serait-il possible ? Que non pas !

Les députés ne peuvent être que des jouisseurs, que des arrivistes, que des médiocres — parce que leurs électeurs ne sont pas autre chose et que les vices de l’élu correspondent absolument à ceux de son mandant.

L’électeur qui peste après le député qui l’a trompé, après le politicien qui s’engraisse aux dépens de tous, n’est il pas capable des mêmes errements ? Quel est celui qui refuserait une bonne aubaine, qui ne spéculerait sur autrui pour assurer sa propre existence ? La société présente est ainsi faite qu’elle oblige tous ses membres à fouler aux pieds le droit du voisin. C’est chacun pour soi — dans le mauvais sens du mot.

Tandis que le parlementaire trafique de son mandat pour mener ce que tous les imbéciles appellent la grande vie, l’électeur chasse à coups de pied la fille qui commit le crime d’aimer sans en référer à la paternelle autorité. L’électeur s’alcoolise, il espionne ceux qui l’entourent, les moucharde, il calomnie, il bave, il pratique la brutalité envers le faible, l’enfant, le malade et s’aplatit avec hypocrisie devant le fort, le supérieur, le brigadier, le contremaître, le riche. Qui osera dire que la vie du valet n’est pas aussi répugnante que celle de son maître ?

Le député touche les pots de vins, distribue des sinécures aux siens. L’électeur tire les pieds de biche, patiente dans les antichambres pour obtenir tout ce qu’il pourra de son élu — places, faveurs, décorations. Leurs mentalités sont semblables et l’anarchiste les trouve tous deux sur sa route — en ennemis.

Qu’on nous laisse donc tranquilles une bonne fois avec les boniments contre les députés. Dans la comédie qui se prépare, l’astuce de ceux-ci n’a de force que grâce à la stupidité des autres — les honnêtes, les prolos, les votards.

Eternellement sur la bêtise électorale fleurira la tyrannie gouvernementale. Aussi longtemps qu’il y aura des électeurs, il y aura des représentants qui ne pourront être que des fourbes, des incapables, des voleurs et des despotes.

Celui qui délègue son voisin au pouvoir est par définition même un inconscient. Il se reconnaît incapable de diriger sa vie, il a besoin d’un licol. Le choix de notre inconscient ne pourra être que mauvais, il portera sur une canaille ou un crétin. Il ne saurait choisir un homme capable et conscient, ne l’étant pas lui même. Et s’il était conscient, il ne voterait plus, il discuterait ; il n’imposerait plus sa volonté et examinerait celle des autres.

Tous les partis vont se disputer ce nigaud, cet électeur. Les arrivistes rouges, tricolores ou noirs vont rivaliser de zèle pour lui fourrer leur petit papier. Les uns vont lui promettre des réformes, d’autres lui feront entrevoir la révolution, tandis que de plus [mot illisible] se contenteront de lui payer sur le zinc d’abondantes libations.

On l’embarque pour le scrutin, on le suit, on surveille sa démarche titubante pour qu’il arrive au but... et qu’il vote ! Il pourrait être catéchisé en cours de route par un agent électoral concurrent... Aussi on le conduit jusqu’à la porte en soutenant son pas incertain. Populo fait usage de sa souveraineté !

* * *

Laissant de coté les déclarations des parlementaires et même celles des antiparlementaires, que trouvons-nous à la base du régime actuel ? L’ignorance, la bêtise, la résignation !

Voilà ce qu’il faut combattre. Que l’homme ouvre les yeux, il verra que la liberté politique est illusoire et factice et qu’il est l’esclave du possédant. La vraie liberté, celle qui consiste à s’unir en camaraderie aux autres hommes pour produire et consommer ne sera possible que par la suppression des barrières économiques : propriété, argent, capital.

Comédie que le vote ! Même s’il est élu, ton candidat ne pourra rien charger à la société, tu resteras asservi par le patron et opprimé par les détenteurs de la richesse.

Il faut changer tout cela ? Instaurer un milieu social meilleur ? Comédie encore que le vote ! Crois tu donc qu’un délégué puisse faire la révolution à ta place ? Les institutions qui t’empêchent de vivre ont leur cause en ta sottise, en tes respects craintifs, en ton obéissance servile. Ouvre les yeux, repousse les idées fausses, sois conscient, raisonne, discute, éduque toi et alors tu ne constitueras plus la matière malléable que pétrissent les roublards de toute sorte, fais la révolution en toi d’abord, chez les autres, chez les camarades ensuite. Et tu pourras te révolter au lieu de servir de dupe aux ambitieux qui te roulent depuis des siècles.

Réformes, lois ouvrières, améliorations ? Mensonges et blagues ! Il n’y a pas de réformes ni d’améliorations possibles en société capitaliste. On vous trompe, on vous endort avec ces balivernes, on vous empêche de vous éduquer et de vous révolter.

Le vote est une comédie dangereuse pour celui qui y participe. Il attend sa libération d’une force supérieure, d’une puissance autre que la sienne. Que ce soit le Parlement, la Sociale, la Révolution, la Religion, le Messie, rien n’est capable d’émanciper l’individu s’il ne veut devenir son propre rédempteur.

Le vote est une comédie autoritaire. Il sanctionne l’écrasement de la minorité par le plus gland nombre. Cela ne m’intéresse pas de remplacer la tyrannie de la soutane par celle du galon ou du bourgeois, la tutelle d’un roi par celle d’une république, la violence brutale par celle de la majorité démocratique. Je ne veux pas me courber, je ne veux accomplir que les gestes reconnus raisonnables par moi. Je me révolte contre toutes les craties, et surtout contre celle de la foule, anonyme, lâche et insensée. Il faudrait que je subisse les lois que l’on m’impose au nom de tous les poivrots, de tous les dégénérés, abrutis, maquereaux de toutes classes, ouvriers avachis ou syndiqués, piliers de cafés concerts ou de bordels, soldats orduriers et commerçants hargneux, au nom du peuple ? Jamais de la vie ! Et notre lutte contre la comédie du vote n’est qu’une forme de notre réaction contre l’autorité sous tous ses aspects.

Ce qui nous gène dans le parlementarisme, chez les candidats, chez les électeurs, dans les lois et dans la politique, c’est l’autorité qui en découle et qui prétend faire plier nos échines. Voilà pourquoi, anarchistes, nous sommes antiparlementaires, antisocialistes, comme demain nous serons conduits à être anticorporatifs, antisyndicalistes et à combattre ces formes nouvelles tendant à annihiler notre personnalité.

Substituer à la politique la discussion libre, la recherche critique, l’examen iconoclaste, voilà la besogne libératrice ; détruire la tyrannie par le savoir et la conscience individuelle.

* * *

Mais les électeurs ne feront pas cela. Et demain après avoir de leur bulletin de vote maintenu l’iniquité sociale, on les verra perpétuer l’usurpation patronale et capitaliste par leur ignorance. On les verra prendre le fusil — autre instrument de souveraineté nationale — pour fusilier leurs camarades en révolte. On les verra aider les flics à capturer l’homme qui, plus fier et plus impatient qu’eux, aura cherché la réalisation de sa vie en dehors du domaine de la légalité.

Allez, bons soldats, hommes honnêtes, maris brutaux, pères autoritaires, ouvriers syndiqués, mauvais camarades, brutes avinées, moutons prétentieux et méchants, allez voter, allez avec orgueil accomplir cet acte dont vous ne comprenez pas la portée oppressive.

La bêtise humaine créant l’autorité et perpétuant son existence, voilà la vérité sociale que la comédie du vote nous permet de contrôler à nouveau.

André LORULOT

l’anarchie — N° 261 — Jeudi 7 Avril 1910


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