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Boycott Israël
envoyé le 21/12/23 Mots-clés  antifascisme   proche et moyen orient   crimes de guerre  

Depuis le début de l’actuelle guerre entre Israël et la Palestine, on a pu voir de nombreux appels au boycott d’Israël diffusés sur les réseaux. Cet article revient sur la pratique du boycott et sa pertinence dans le cadre de la lutte palestinienne contre l’oppression israélienne.

Depuis le 7 octobre 2023, on a vu fleurir sur les réseaux sociaux et parfois sur les murs de nos villes* des centaines d’appels au boycott d’Israël et des marques impliquées dans le régime d’apartheid et dans le génocide perpétrés par l’État israélien contre les Palestinien.nes. Ces appels s’appuient souvent sur des campagnes préexistantes comme celle de BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), et sur des sites qui travaillent à mettre en lumière les liens qui existent entre les entreprises mondiales et l’État colonial, comme

whoprofits.org et investigate.afsc

Pourquoi un tel boycott est utile à la cause palestinienne ?

Commençons par souligner que la campagne de BDS, sans doute la plus puissante campagne de boycott d’Israël aujourd’hui dans le monde, présente dans plusieurs pays (France, Belgique, Espagne, Canada, Royaume-Uni, Allemagne...), est l’initiative d’organisations palestiniennes réunies en 2005. Ce mode d’action est le choix d’une partie de la résistance palestinienne pour lutter contre l’oppression israélienne. En tant que tel, il doit légitimement et sérieusement être pris en compte par quiconque se veut un allié de la Palestine.

Ensuite, le fait que, jusqu’au sommet de l’État israélien, on s’inquiète de ces campagnes de boycott indique clairement qu’elles sont perçues comme une menace stratégique aux intérêts d’Israël, ce qui est une preuve d’efficacité, a minima symbolique. En réalité, la portée de ce boycott dépasse le stade symbolique. Comme l’indique le journal Middle East Eye, l’ONU publiait en 2015 un rapport indiquant que les investissements directs étrangers en Israël avaient chuté de 46% entre 2013 et 2014, et ses auteurs attribuaient cette diminution à la fois à la guerre de 2014 à Gaza (« Opération Bordure Protectrice ») et aux boycotts subis par Israël, ce dont s’est félicité BDS. En 2017, le gouvernement israélien aurait approuvé un plan de 72 millions de dollars pour lutter contre le mouvement, le plus grand plan de lutte contre un boycott en Israël. Cela s’ajoute également à sa campagne de communication « Brand Israel », qui propose depuis 2008 de financer les déplacement d’artistes israéliens à l’étranger, lesquels doivent en échange faire la promotion des « intérêts politiques de l’État d’Israël à travers la culture et les arts ».

Pour autant, dans le répertoire des actions collectives, le boycott n’est pas toujours un succès. Pourquoi celui-ci aurait-il plus de chances de fonctionner ?

En partie pour des raisons propres aux dynamiques d’un boycott. Selon Americus Reed, professeur de marketing à l’université de Pennsylvanie, pour qu’un boycott soit un succès, il faut d’une part, que l’événement déclencheur soit à la fois visible et très grave ; d’autre part, que l’application du boycott ait de faibles conséquences financières et psychologiques pour les consommateurs. Pour Carole Gomez, juriste et chercheuse à l’IRIS, « le succès de cette mesure dépend d’une triple exigence : une forte publicité de l’appel, un soutien de la population et de la communauté internationale, une absence de résistance de l’entité visée ».

Le boycott d’Israël réunit la plupart de ces conditions : la population mondiale dans son immense majorité connaît la situation en Palestine et la considère comme très grave et intolérable. On a vu la vague immense de manifestations pro-palestiniennes à travers le monde depuis le 7 octobre, au-delà de toute appartenance communautaire, sapant par là le récit propagé par certains médias occidentaux d’un conflit déterminé par des aspirations ethno-religieuses.

La campagne de BDS appelle à un boycott stratégique ciblé et volontairement restreint pour plus d’efficacité. Sur son site internet on peut lire : « La plupart des listes d’une longueur prohibitive qui deviennent virales sur les réseaux sociaux font exactement le contraire de cette approche stratégique et percutante. Ils comprennent des centaines d’entreprises, dont beaucoup ne disposent pas de preuves crédibles de leur lien avec le régime israélien d’oppression des Palestiniens, ce qui les rend inefficaces ». Au contraire, BDS France appelle à boycotter :

- CARREFOUR
- PUMA
- SODA STREAM
- AXA
- HEWLETT PACKARD (HP)
- SIEMENS
- TEVA
- AHAVA COSMETICS
- RE/MAX
- GROUPE KETER
- ainsi que tous les PRODUITS ISRAÉLIENS EN VENTE EN SUPERMARCHE

Il est relativement facile d’éviter ces quelques marques, ce qui rend le coût psychologique et financier du boycott faible, et maximise les chances qu’il soit suivi, donc efficace. Par ailleurs, sur Google Chrome, l’extension PalestinePact, gratuite, permet d’identifier et de flouter les publicités de produits figurant sur la liste de BDS.

Quant à la publicité de l’appel, il est certain qu’elle a été très forte sur les réseaux sociaux. Rien que sur la plateforme TikTok, le hashtag #boycottisrael a généré plus de 376 millions de vues à travers le monde. L’inconvénient c’est que la plupart de ces publications proposent des listes trop longues et/ou mal vérifiées qui découragent vite les consommateurs et empêchent la campagne de réussir pleinement.

Néanmoins, plus les années passent, plus BDS gagne en influence, notamment après avoir remporté en juin 2020 le procès qui opposait onze de ses militants à la France, auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Cette dernière a en effet estimé qu’il était légal d’appeler au boycott d’un État en raison des politiques légitimement contestables de ce dernier. Le boycott d’Israël occupe donc de plus en plus de place dans l’espace médiatique et gagne en légitimité. Il s’agit dès lors de le mener stratégiquement.

Reste que l’entité visée ne se laissera pas faire, il faut en être certain, mais plutôt que d’y voir un signe de l’échec d’un boycott, voyons-y un indice de son efficacité et une réaction prévisible qu’il faut pouvoir intégrer dans une stratégie de lutte globale contre la politique israélienne. C’est signe qu’il faut continuer.

C’est le deuxième point : ce boycott a des chances de succès non seulement parce que de nombreux paramètres en font un boycott puissant mais aussi et surtout parce qu’il s’inscrit dans une lutte plus large contre la politique et les crimes d’Israël. C’est parce qu’il fait partie intégrante d’un vaste répertoire d’actions déployé depuis des années, allant du plaidoyer devant l’ONU à la lutte armée depuis la Palestine en passant par la manifestation de solidarité, qu’il trouve son sens stratégique et sa pertinence. Israël doit déjà faire face à une résistance déterminée dans les territoires palestiniens. Malgré sa supériorité militaire, il est vulnérable sur son propre sol ; c’est ce qu’ont montré les attaques du Hamas du 7 octobre. Cela ne changera pas après cette guerre. Sans reconnaissance de la Palestine, aucune paix n’est possible pour Israël.

Organiser un boycott méthodique au niveau international représente un front ouvert de plus pour Israël, un front extérieur qui le place sur la défensive et l’oblige à des efforts supplémentaires en dehors de son sol, des efforts à la fois budgétaires mais aussi diplomatiques, le contraignant à s’exprimer sur les boycotts qui le visent, publicisant et légitimant ceux-ci en retour. C’est aussi le principal moyen des Palestinien.nes pour isoler Israël à l’extérieur et le toucher économiquement et symboliquement en affaiblissant son soft-power. Il est notable à cet égard que les choix stratégiques du comité BDS France émanent directement du Comité National Palestinien de BDS, témoignant de la place centrale des premiers concernés dans leur lutte au-delà de leurs frontières.

C’est par la coordination répétée et renforcée de ces différentes actions au niveau international qu’Israël finira par céder devant le droit à l’autodétermination des Palestinien.nes, que celle-ci prenne la forme d’un État indépendant ou d’un État binational. Comme le rappelle Michel Gevers, la lutte contre l’apartheid sud-africain a été en partie initiée par un appel au boycott lancé à Londres en 1959 par des exilés sud-africains, boycott dont on sait qu’il a joué, adossé à la résistance interne à l’Afrique du Sud, un rôle substantiel dans la chute du régime.

Ici plus que jamais, la diversité des tactiques, violentes et non-violentes, est de mise. Rappelons d’ailleurs qu’il s’agit d’un des rares conflits où l’ONU elle-même reconnaît, depuis sa résolution 37/43 de 1982, « la légitimité de la lutte des peuples pour leur indépendance, leur intégrité territoriale et leur unité nationale et pour se libérer de la domination coloniale et étrangère et de l’occupation étrangère par tous les moyens à leur disposition, y compris la lutte armée ». En dehors de la Palestine, des moyens d’action non-violents, comme la grève ou le boycott ciblé, paraissent sans doute plus appropriés pour soutenir la résistance palestinienne. Il faut également souligner le rôle majeur que pourraient jouer les syndicats dans le blocage des échanges économiques, y compris des armes, entre la France et Israël, rôle qu’ils n’assument toujours pas à l’heure actuelle. Les syndicats, notamment ceux d’Australie et de Suède, avaient pourtant joué un rôle de premier plan dans le boycott du régime d’apartheid sud-africain, en refusant par exemple de décharger les navires venant d’Afrique du Sud ou en refusant de transporter sur leurs lignes aériennes les joueurs de l’équipe des Springboks.

La résistance à une oppression si longue et si féroce est quelque chose qu’on n’imagine pas depuis nos sociétés occidentales. Tant que des Palestinien.nes se battent, nous devons les soutenir par tous les moyens possibles et efficaces. C’est par la coordination d’une lutte de résistance intérieure déterminée et d’un appui international puissant basé sur les boycotts, la grève, la solidarité active, le soutien symbolique, que le régime d’apartheid israélien pliera comme a plié celui d’Afrique du Sud.

Les mots de Frederick Douglass, célèbre abolitionniste, lui-même ancien esclave, ont peut-être 150 ans mais ils résonnent tout particulièrement avec la situation palestinienne d’aujourd’hui :

“S’il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. Ceux qui professent vouloir la liberté, et pourtant critiquent l’action, sont des hommes qui veulent des récoltes sans labourer le sol. Ils veulent de la pluie sans tonnerre et sans foudre. Ils veulent l’océan sans la peur du rugissement de ses eaux immenses. Cette lutte peut être morale, ou elle peut être physique, ou être à la fois morale et physique, mais elle doit être une lutte. Le pouvoir ne concède rien sans une exigence. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais.”

* Avec des affiches de ce type par exemple, dont nous mettons le fichier PDF à libre disposition ci-dessous. Le site de BDS France propose également toute une série de visuels téléchargeables gratuitement.

Sources :

- https://www.bdsfrance.org/

- To Boycott or Not : The Consequences of a Protest - Knowledge at Wharton (upenn.edu)

- Le boycott, une arme non-violente à l’efficacité mitigée (huffingtonpost.fr)

- GOMEZ Carole, « Le boycott à l’heure du soft power et de la diplomatie d’influence », Revue internationale et stratégique, 2015/1 (n° 97), p. 119-127. DOI : 10.3917/ris.097.0119. URL : https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2015-1-page-119.htm

- Israel okays $72 million anti-BDS project | The Times of Israel

- « Nous sommes une menace pour Israël » : les militants BDS poursuivent leur combat pour la Palestine | Middle East Eye édition française

- Dix ans après son lancement, le BDS est une « menace stratégique de premier ordre » pour Israël | Middle East Eye édition française

- UN Report : Foreign Investment in Israel Dropped 46% Last Year - Tablet Magazine

- Résolution 37/43, 1982, Résolutions de la trente-septième session de l’Assemblée générale (un.org)

- Les Palestiniens ont un droit légal à la résistance armée - Stanley Cohen (chroniquepalestine.com)

- It Isn’t An Apartheid, It’s Worse - Lev Grinberg (lemkininstitute.com)

- Le boycott de l’Afrique du Sud : leçons pour la lutte contre l’apartheid en Israël ?, par Michel Gevers (club mediapart)


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