« L’Assemblée internationaliste antimilitariste Paris-Banlieue » qui se dit « antiautoritaire » a tout d’un traquenard pour les antiautoritaires antimilitaristes.
En lisant leur appel public, on pourrait croire à première vue que cette assemblée pourrait constituer un espace où discuter et s’organiser contre la militarisation actuelle, mais non.
Il y a quelques mois, une partie (« quelques membres ») de l’Assemblée avait appelé à une discussion publique avec l’initiative de solidarité avec les déserteurs russes et ukrainiens Olga Taratuta, sur des positions internationalistes, antimilitaristes et anarchistes, notamment critiques des « anarchistes » ukrainiens rejoignant l’armée régulière nationale ukrainienne. Des positions qui manquent aujourd’hui dans un contexte de prolifération des logiques campistes. Avec le souvenir de cette intéressante discussion et des positions discutées lors de celle-ci, et en se fiant au texte d’appel de l’Assemblée qui indique que « l’AIA-PB est une assemblée ouverte, autonome et antimilitariste » « publique et rejoignable par toustes », quelques anti-autoritaires sont venus en décembre lors de la dixième assemblée, pour proposer de s’organiser collectivement, notamment contre le service militaire volontaire annoncé récemment par le gouvernement (en faisant pourquoi pas une assemblée publique sur ce sujet spécifique, en allant differ devant des lycées, des CFAs, des salons de recrutement…)
Mais lors de cette dixième assemblée, on préfère tout faire pour que l’intervention puisse être le moins possible abordée collectivement, on la force à être cantonnée dans des minuscules groupes de travail équivalents à des conversations signal (c’est ce qu’on appelle faire une assemblée « en étoile », ou comment bien garder le pouvoir avec une forme d’organisation complètement aliénante et anti-débordement directement héritée des start-up militantes comme les Soulèvements de la Terre ou Extinction Rebellion et des cabinets de conseil en ressources humaines). Puis, entre deux assemblées, seulement deux personnes d’un groupe de travail ont tout bonnement décidé, suite à aucune embrouille et sans la moindre explication, d’en virer trois autres. Voilà donc ce que ça permet, une assemblée « en étoile ». Et lors de la onzième assemblée, pour éviter de manière pro-active que des antiautoritaires tentent de faire bouger l’organisation figée, on les vire manu militari en ayant recours à de la calomnie plus que douteuse – comme, par exemple, que « même les juifs sionistes (entendre les pires juifs) nous détesteraient » – et à de la force physique en les repoussant à la porte.. Puis, comble du « zbeul » (car les trois anti-autoritaires ont été accusées de venir « zbeuler » l’AG d’une vingtaine de personnes alors qu’elles venaient simplement demander des explications sur le fait de s’être fait virer d’un groupe Signal sans aucune raison explicite), une parmi elles portait dans ses bras son bébé. Alors, pendant qu’il la poussait physiquement vers la porte en cherchant ridiculement à se faire intimidant et agressif, le jeune cheffaillon s’est senti investi de la mission de vigile et s’est permis de faire d’obscènes sermons à la mauvaise mère qui n’est pas bien « raisonnable » d’emmener un enfant dans une assemblée. Ben voyons ma bonne dame, n’aurait-elle pas pu rester chez elle à la maison à laisser tranquille la politique, comme toute bonne mère ? On sait depuis longtemps déjà que les tankies préfèrent les mères au foyer plutôt que dans les luttes.
La personne qui semble avoir la plus haute position de pouvoir dans cette AG « antiautoritaire » brandit alors son téléphone pour filmer les camarades virées. C’est scandaleux que de telles pratiques de fichage puissent avoir lieu dans nos aires politiques. Qui pourrait s’attendre à ce qu’une assemblée encore une fois dite « antiautoritaire » renferme en son sein des militants qui en prennent d’autres en vidéo ? S’agit-il de participer à la constitution d’un dossier d’instruction pour l’État français (ou d’un futur État bolchevique) ? Les images ont-elles été envoyées directement à un quelconque contact en civil ou en uniforme ? La plupart des personnes présentes s’en foutaient d’ailleurs royalement : sont-ce là des pratiques normales chez les tankies ?
En réalité, en y regardant de plus près, il semble que depuis la discussion sur la solidarité avec les déserteurs ukrainiens et russes, l’Assemblée ait changé son fusil d’épaule sur la question militariste. La tendance autoritaire et militariste de l’Assemblée a-t-elle réussi à faire fuir la tendance anti-autoritaire et antimilitariste ? En regardant l’assistance, beaucoup de camarades et de compagnons ne sont en effet plus là. L’« Assemblée antimilitariste antiautoritaire » publie maintenant des textes pro-militaristes d’autoritaires léninistes, comme le texte d’entretien intitulé « Perspectives antifascistes sur la lutte révolutionnaire au Myanmar » où la parole est donnée à une commandante d’une unité féminine de combat du Chinland, un État autonome avec un gouvernement, un parlement, des ministères et une armée nationale, qui contrôle la plupart du territoire de l’État Chin, une subdivision administrative de l’État du Myanmar, avec qui le Chinland a fait sécession. Quelques lignes sont aussi consacrées à un entretien avec un membre de l’AIF (Front internationaliste antifasciste), une formation armée qui participe à la guerre civile en soutien au Chinland et publie sur son compte instagram des vidéos de guerrillos en treillis, avec missiles et drones. On y apprend qu’il est formidable d’enseigner « la guerre par drones aux soldat’es locaux’ales » et le léniniste nationaliste Che Guevera est cité comme source d’inspiration. Rien de bien antimilitariste dans la promotion de discours de véritables armées foquistes, rien de bien antiautoritaire dans la promotion de proto-États « prolétariens ». C’est le même genre de position que l’on retrouve sur le blog « anarcho »-nationaliste et « anarcho »-militariste danslabrume.noblogs.org (et dans des groupes comme « Les peuples veulent »), mais sans l’« anarcho », position campiste à laquelle s’opposait à juste titre la proposition de discussion sur les déserteurs. Normalement, lorsque l’on tient une assemblée antimilitariste antiautoritaire, c’est un minimum de tenir des positions antimilitaristes et antiautoritaires : contre toute armée, contre tout militarisme, contre tout État.
Alors que le service militaire refait surface en France et partout en Europe, que les discours et pratiques patriotiques, militaristes et sécuritaires font une offensive massive, ne laissons pas les espaces militants antiautoritaires qui se posent sérieusement la question de l’intervention antimilitariste se laisser gangréner par les jeux de pouvoir bien connus de ce milieu.
Ne laissons pas régner les tankies avec leurs sales pratiques dégueulasses !
Mort aux chefs,
Vive la révolution
Des antimilitaristes antiautoritaires
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